Décès de Pascale Dubus

25/11/20 – Disparition – Un hommage a eu lieu le 23 novembre au Centre Saint-Charles à Paris en mémoire de Pascale Dubus, dont la nouvelle du décès soudain le 25 octobre dernier à l’âge de 62 ans ne nous était pas parvenue plus tôt.

Maître de conférences en histoire de l’art moderne à l’École des arts de l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne (UFR 04), habilitée à diriger des recherches (HDR), Pascale Dubus était spécialiste de l’art de la Renaissance italienne. Elle avait effectué tout son cursus dans l’université où elle enseignait, à l’exception de sa thèse, soutenue à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) en 1997. Elle animait depuis 2019 un séminaire à l’Institut d’histoire moderne et contemporaine (IHMC) consacré à « La culture des peintres à la Renaissance ». On lui doit de nombreuses publications parmi lesquelles le monumental Domenico Beccafumi (2000), Qu’est-ce qu’un portrait ? (2006) et L’Art et la mort. Réflexions sur les pouvoirs de la peinture à la Renaissance (2006 - voir l’article. Elle avait publié une édition scientifique du Dialogo di pittura de Paolo Pino. Son érudition et sa connaissance pointue des théories de l’art et de la langue italienne lui permettaient de travailler au plus près des textes et du contexte historique et artistique des XVe et XVIe siècles italiens. Elle avait codirigé le colloque La Réception des Vite de Vasari, publié en 2017. Ses travaux subtils portaient sur une interprétation originale de l’iconographie des Éléments, en relation avec le contexte philosophique et politique des cités italiennes. Elle préparait un ouvrage intitulé Peindre la tempête. Les météores dans la peinture du Cinquecento.

Outre son travail scientifique, qui compte également de nombreux essais et communications, Pascale Dubus était très active au sein de l’Université ; elle fut ainsi secrétaire de l’APAHAU de 2009 à 2016. Enseignante très aimée de ses étudiants et dévouée à sa discipline, elle était aussi une femme engagée et n’hésitait pas à militer pour défendre sa conception de l’enseignement supérieur et de l’histoire de l’art face aux réformes erratiques et technocratiques qui pouvaient, à ses yeux, les mettre à mal. Elle avait manifesté cette vision active de la vie intellectuelle dès le début de ses études avec la fondation de la revue L’Écrit-Voir en 1982, un organe ouvert aux étudiants et qui voulait promouvoir une approche interdisciplinaire. Cette chercheuse enthousiaste laisse un souvenir ému et plein de regrets à ses proches et à ses étudiants.

Qu’il soit cependant permis à l’auteur de ces lignes d’ajouter quelques mots, plus personnels. Il est regrettable que les hautes compétences de Pascale Dubus n’aient pas été mieux considérées et qu’elle ait été si mal traitée par le système. Tout ou presque fut fait pour tenter d’empêcher Pascale Dubus de soutenir sa thèse puis son habilitation ; on essaya également de retarder son élection à un poste de maître de conférence et elle n’intégra en effet jamais un département d’histoire de l’art à proprement parler. On parvint enfin à la priver pour toujours d’un poste de professeur qu’elle méritait évidemment. Pascale Dubus, femme aux avis tranchés, au caractère affirmé et à la personnalité sans concessions, ce qui pour nous est plus une qualité qu’autre chose, était une femme passionnée et désintéressée. Elle repose en paix désormais loin d’un monde qui pour être « de l’art » n’est certes pas fait que de beauté.

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