Visiter un musée ne doit pas devenir un parcours du combattant. Ils sont beaucoup trop nombreux à oublier cette composante essentielle pour la délectation artistique : le confort.
Même en faisant abstraction de la trop grande foule (qui pourrait, par exemple au Louvre, être mieux régulée et orientée vers les salles qui restent très peu fréquentées), pour bien voir les œuvres, il faut pouvoir flâner, s’arrêter, s’asseoir confortablement, prendre son temps.
Une des meilleures expériences possibles était - cela fait longtemps que nous ne l’avons pas vu, il faut espérer que c’est encore le cas - le Musée des Beaux-Arts de Montréal, où certaines salles étaient dotées de canapés qui permettaient de contempler les tableaux sans risquer à tout moment le mal de dos dû au piétinement (cela arrive, hélas, avec les années).

La Flagellation du Christ, vers 1606-1607
Huile sur toile - 134,5 x 175,5 cm
Rouen, Musée des Beaux-Arts
Photo : Domaine public
Et que dire des verres qui couvrent de plus en plus souvent les peintures ? Outre les reflets, on a souvent l’impression de ne plus regarder qu’une image et pas une œuvre d’art. Si certains verres antireflets sont assez performants (les Offices les ont déployés largement), le mieux reste tout de même l’accès direct à l’œuvre, que rien ne peut remplacer. L’augmentation des opération d’activistes prétendument écologistes incite certains musées à aller toujours davantage dans ce sens, comme si c’était inéluctable. Au contraire, cela les encourage : puisque les œuvres sont protégées, pourquoi se gêner ? Ceux qui ont aspergé la Joconde de soupe il y a quelques jours n’ont été condamnés qu’à une faible amende : après tout, ils n’avaient pas abimé l’œuvre ! Pourquoi donc s’arrêter en si bon chemin puisque tout le monde parle d’eux. À cette exception près, nous même refusons de leur faire de la publicité, raison pour laquelle nous n’écrivons jamais sur ces événements. Le risque zéro n’existe pas, et multiplier les protections illusoires, rendant les visites des musées toujours plus inconfortables, est inutile et nuisible.

Photo : Didier Rykner
C’est pour cette raison qu’il faut féliciter les musées de Rouen [1] pour deux décisions excellentes.
Tout d’abord, La Flagellation du Christ de Caravage (ill. 1), qui avait été recouverte d’un verre protecteur à l’occasion d’un prêt il y a plusieurs années, va enfin en être libérée ! Nous le demandions depuis longtemps, et récemment encore à l’occasion de l’exposition qui lui était consacrée (voir l’article).
Deuxième bonne nouvelle : non seulement ce tableau sera enfin vraiment visible, mais on pourra s’asseoir confortablement devant lui et devant beaucoup d’autres (ill. 2 et 3). Plusieurs canapés et fauteuils ont commencé à être déployés dans plusieurs salles du musée, et ce mouvement devrait se poursuivre, y compris dans les autres musées rouennais. Le guide des collections et d’autres publications du musée sont même mises à disposition de ceux qui voudraient s’asseoir dans ces salles pour se reposer au milieu des œuvres.
Nous ne pouvons que féliciter le nouveau directeur Robert Blaizeau pour ces deux initiatives dont on espère qu’elles se poursuivront et qu’elles donneront des idées à d’autres musées, dans d’autres villes. Et pourquoi pas dans les grands établissements parisiens où la visite devient de plus en plus pénible, pas uniquement en raison de leur surfréquentation ?
