7/3/23 - Acquisition - Bordeaux, Musée des Beaux-Arts - La toile la plus célèbre d’Henri Gervex intitulée Rolla fit scandale au Salon de 1873 au point d’en être exclue. Elle figurait dans l’exposition un peu trop légère qu’Orsay avait consacrée à la prostitution en 2015 (voir l’article). Conservée au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux, elle a été rejointe en 2022 par une autre peinture de l’artiste, Femme au miroir achetée à la Galerie Charvet à Paris.

Femme au Miroir, années 1880
Huile sur toile - 65 x 54 cm
Bordeaux, Musée des Beaux-Arts
Photo : MBA Bordeaux
Cette œuvre montre encore une fois que Gervex est un peintre inclassable, jonglant entre académisme et modernité. Le tableau mêle en effet des factures différentes, très lisse pour traduire la peau marmoréenne du modèle, plus libre pour évoquer le négligé du vêtement et l’arrière-plan vibrant ; les coups de pinceau rapides et larges ne sont d’ailleurs pas sans rappeler la touche de Manet que Gervex admirait. La blancheur de la peau contraste avec la chevelure rousse de la jeune femme, le mouvement de la chemise qui tombe sur l’épaule contraste avec celui des cheveux relevés en chignon. Cette composition est comparable à celle de la Jeune Fille rousse au miroir : également présentée en buste et de profil, elle est plus sensuelle, sa chemise laisse apparaître un sein et ses cheveux sont détachés.
Le thème des demi-mondaines est récurrent dans la peinture de Gervex, lui qui fut un ami de Valtesse de la Bigne. Le motif du miroir lui permet d’introduire une mise en abyme : celle qui se regarde est elle-même regardée. Le peintre a décliné le sujet en variant la mise en scène d’un tableau à l’autre : le cadrage est plus ou moins serré, le modèle est en buste ou en pied, déshabillée ou au contraire très apprêtée, femme fatale ou grisette, seule ou accompagnée, d’un homme évidemment ; c’est le cas de Nana, toile inspirée de Zola, qui lui-même regarda Gervex.
L’artiste ne représenta pas que des femmes coquettes ou sensuelles accaparées par leur reflet. Il figurait dans l’exposition « Les Villes ardentes. Art, travail, révolte » à Caen, avec Le Coltineur de charbon peint en 1882, préparatoire au grand décor qu’il conçut pour la salle des mariages de la Mairie du XIXe arrondissement de Paris (voir l’article).