Agrandissement de la Piscine : Roubaix continue dans l’excellence

Didier Rykner

Le Musée de Roubaix est, depuis son ouverture, un des plus exemplaires des musées français. Voilà une ville qui reste l’une des plus pauvres de France et qui, pourtant, investit dans la culture. Avec succès : à quoi pense-t-on lorsque l’on dit Roubaix ? À son musée ! Quel meilleur ambassadeur pour une ville qu’un établissement comme celui-ci ? Quoi de mieux pour y attirer les touristes (qui furent regrettés pendant la période de fermeture due aux travaux).
Certes, le caractère original du bâtiment, une ancienne piscine Art déco, joue en sa faveur. Mais le lieu ne fait pas tout : il faut encore les personnes adéquates pour les faire vivre. Un directeur dynamique et intelligent : le musée l’a ; une équipe de conservation douée : le musée l’a ; des élus conscients de cette richesse et qui lui donnent les moyens d’exister et de se développer : manifestement, quels que soient les maires qui se succèdent, le musée les a…
Et la nouvelle aile, inaugurée il y a un peu plus de trois mois, est une réussite éclatante de plus à mettre à leur actif, en leur associant l’architecte Jean-Paul Philippon, qui est aussi celui qui avait déjà assuré la transformation de la piscine en musée. Nous n’aurons, c’est très simple, que des louanges pour cette nouvelle réalisation.


1. La galerie des sculptures, nef principale de l’agrandissement
du Musée d’Art et d’Industrie André-Diligent de Roubaix (La Piscine)
Photo : Didier Rykner
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Commençons par l’architecture : très neutre extérieurement, ne cherchant ainsi pas la rupture à tout prix avec le monument historique auquel elle s’accole. Loin d’un geste vain qui n’aurait d’autres ambition que de se mettre en valeur lui-même, elle se place entièrement au service des œuvres et réussit ainsi à être belle et fonctionnelle, peut-être même belle car fonctionnelle. La nef baignée de lumière naturelle (ill. 1) forme un écrin particulièrement adapté aux sculptures qui y sont exposées. Quant à la reconstitution de l’atelier d’Henri Bouchard (ill. 2 et 3), transposition homothétique de celui qui a quitté Paris, il permet de redécouvrir ce sculpteur et de lui assurer désormais la renommé artistique qu’il mérite, sans que le musée ne cherche à cacher ses errements politiques pendant la Seconde guerre mondiale [1]. Henri Bouchard est un des bons sculpteurs de l’Art déco, et il trouve toute sa place dans un musée qui possède l’une des plus importantes collections de ce courant important du XXe siècle, hélas si méprisé par le Musée national d’Art moderne.


2. Reconstitution de l’atelier Bouchard
dans le Musée d’Art et
d’Industrie André-Diligent
Photo : Didier Rykner
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3. Reconstitution de l’atelier Bouchard
dans le Musée d’Art et
d’Industrie André-Diligent
Photo : Didier Rykner
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Déjà fort riche dans sa présentation permanente, la Piscine possédait pourtant encore des trésors dans ses réserves. Une grande partie est donc désormais accessible dans les nouveaux espaces, qui ont permis aussi d’agrandir les salles d’expositions temporaires, et de gagner des espaces du côté de l’ancienne entrée du bâtiment. On y trouve en effet exposés désormais, dans une salle qui servait de salle pour des expositions-dossiers, des œuvres de l’école de Roubaix, artistes qui sortent cependant de notre champ chronologique. Plusieurs institutions ont par ailleurs accordé des dépôts pour renforcer la collection.


4. Panorama de la Grand-Place de Roubaix
par l’atelier Jambon-Bailly, 1911
Roubaix, Musée d’Art et d’Industrie
André-Diligent (La Piscine)
Photo : Didier Rykner
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5. André Laoust (1843-1924) et
Hippolyte Lefebvre (1863-1935)
Maquette de la partie supérieure de
l’Hôtel de Ville de Roubaix
, avant 1910
Plâtre - 99 x 158,3 x 28,2 cm
Roubaix, Musée d’Art et d’Industrie
André-Diligent (La Piscine)
Photo : Didier Rykner
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Les espaces de la nouvelle aile montrent beaucoup de sculptures, mais la peinture n’en est pas absente, notamment une gigantesque vue de la Grand-Place de Roubaix (ill. 4) peinte par l’atelier Jambon-Bailly [2]. Il s’agissait d’une commande de la Chambre de Commerce, en 1911, pour l’inauguration de l’Hôtel de Ville que l’on voit sur ce panorama. L’œuvre avait été retrouvée roulée et en mauvais état il y a quelques années, mais le musée n’avait pas la place de l’exposer. L’agrandissement a été l’occasion de la restaurer et de lui trouver un emplacement à sa mesure.
Dans cette première grande salle consacrée essentiellement à l’histoire de Roubaix et qui ouvre sur deux galeries parallèles, on peut voir de nombreuses vues peintes de la ville mais aussi des maquettes de monument, comme celle du haut de la partie haute de l’Hôtel de Ville (ill. 5).


6. Paul Cornet (1892-1977)
Projet de monument avec un poilu, vers 1920
Plâtre
Roubaix, Musée d’Art et d’Industrie André-Diligent (La Piscine)
Photo : Didier Rykner
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La première galerie, à gauche lorsque l’on vient de cette salle, est essentiellement dédiée à de petites esquisses en plâtre ou en terre cuite, et encore des maquettes comme celle d’un monument à la gloire de l’Infanterie française par Bouchard, qui ne fut jamais construit. On y voit aussi un très étonnant Projet de monument avec un poilu presque cubiste (ill. 6), par un sculpteur méconnu, Paul Cornet, dont la famille a donné tout un ensemble au musée en 2018 (nous y reviendrons plus en détail dans un futur article). On y admirera aussi des œuvres de Carlo Sarrabezolles, Émile Bourdelle ou des moins connus René Iché, Jean-René Carrière ou Émile Peynot.


7. Carlo Sarrabezolles (1888-1971)
Pallas Athéné, 1925
Bronze
Roubaix, Musée d’Art et d’Industrie André-Diligent (La Piscine)
Photo : Didier Rykner
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8. Henri Lagriffoul (1907-1981)
L’Ange qui pleure, 1946
Plâtre - 93 x 57,5 x 46 cm
Roubaix, Musée d’Art et d’Industrie André-Diligent (La Piscine)
Photo : Didier Rykner
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9. Antoine Bourdelle (1861-1929)
Les Muses, 1911-1912
Bronze - 54,5 x 87,5 x 6,8 cm
Roubaix, Musée d’Art et d’Industrie André-Diligent (La Piscine)
Photo : Didier Rykner
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Sarabezolles (ill. 7), Bourdelle et bien d’autres encore se retrouvent dans la principale galerie du nouveau bâtiment, ce que nous appelions plus haut la nef. De cet ensemble très abondant, nous reproduirons ici un ange absolument splendide d’Henri Lagriffoul (ill. 8), maquette d’une statue ornant un monument funéraire, celui du docteur Marcille au cimetière de la commune de Bondaroy, ainsi qu’un relief en bronze d’Antoine Bourdelle (ill. 9), étude pour une frise du théâtre des Champs-Élysées.
Il est par ailleurs amusant de constater que certaines œuvres d’artistes considérés comme plus modernes s’insèrent parfaitement dans cet ensemble de sculptures plutôt classiques : ainsi, on verra dans une vitrine (ill. 10) une terre cuite de Jacques Lipchitz (ill. 11) qui cohabite parfaitement avec des esquisses peintes de Marthe Flandrin, un bas-relief de Pierre Dionisi et un autre plâtre de Paul Cornet pourtant moins original que son monument au poilu.


10. Vitrine avec des esquisses de Marthe Flandrin, un relief de Pierre Dionisi, des maquettes de Léon Baudry, un plâtre de Paul Cornet et le Prométhée de Jacques Lipchitz (ill. 11)
Roubaix, Musée d’Art et d’Industrie
André-Diligent (La Piscine)
Photo : Didier Rykner
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11. Jacques Lipchitz (1891-1973)
Prométhée étranglant le vautour, 1936
Terre cuite patinée
Roubaix, Musée d’Art et d’Industrie
André-Diligent (La Piscine)
Dépôt du Centre Pompidou
Photo : Didier Rykner
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On retrouve Paul Cornet, avec un Autoportrait (ill. 12) également offert par sa famille, dans une petite galerie dédiée à ce genre du portrait sculpté, mais aussi, à côté d’œuvres plus attendues, des figures se rapprochant de l’art africain, dont un très beau marbre par Gustave Miklos (ill. 13).


12. Paul Cornet (1892-1977)
Autoportrait, vers 1920
Plâtre
Roubaix, Musée d’Art et d’Industrie André-Diligent (La Piscine)
Photo : Didier Rykner
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13. Gustav Miklos (1888-1967)
Tête de femme
Marbre
Roubaix, Musée d’Art et d’Industrie André-Diligent (La Piscine)
Photo : Didier Rykner
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Après cet espace, un autre est consacré aux expositions-dossier, avant d’arriver à la présentation de l’atelier d’Henri Bouchard. Celui-ci se prolonge par une section consacrée à la technique de la sculpture (ill. 14), qui peut bénéficier de l’important fonds d’atelier pour réussir à être parfaitement didactique.
L’ancienne salle d’exposition temporaire est toujours consacrée à cet usage, et se voit ajouter de nouveaux espaces qui permettront de créer des salles modulaires en fonction des événements qui y seront organisés. Aux expositions qui viennent de se terminer (« L’Homme au mouton de Picasso » et « Hervé di Rosa ») succéderont bientôt notamment « L’Algérie de Gustave Guillaumet » en mars (dont nous avions parlé dans sa première étape à La Rochelle - voir l’article) et « Jules Adler » en juin, ainsi que des expositions-dossier comme cela était le cas auparavant.


14. Salle présentant les techniques de la sculpture
Roubaix, Musée d’Art et d’Industrie André-Diligent (La Piscine)
Photo : Didier Rykner
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Nous invitons non seulement nos lecteurs à se rendre au Musée de Roubaix s’ils ne le connaissent pas, mais ceux qui y sont déjà allés à y retourner (rappelons que celui-ci est accessible en métro à partir de Lille). Non seulement ils verront toutes ces œuvres et bien davantage (à Roubaix, comme à Stockholm ou comme à Besançon dont nous parlerons d’ici quelques jours, on aime les œuvres d’art et on en montre beaucoup), mais ils en découvriront encore beaucoup de nouvelles dans les autres salles du musée qui n’ont pourtant pas changé. Nous reviendrons, comme nous l’annoncions, dans un prochain article sur les nombreuses acquisitions récentes, tant des achats que des dons. Un musée vertueux attire toujours beaucoup de donations, et Roubaix l’est particulièrement.

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