14/2/24 - Acquisitions - Roubaix, La Piscine et Paris, Musée d’art moderne de la Ville de Paris - Il sera présenté au sein de l’accrochage thématique « Les enfants de la Piscine » que le musée roubaisien s’apprête à dévoiler parallèlement à l’exposition Les enfants impressionnistes du Musée d’Orsay qu’il accueillera du 17 février au 26 mai. Ce portrait d’un Jeune garçon au ballon de Félix Del Marle (ill. 1) est la première œuvre de l’artiste à rejoindre les collections de La Piscine. Il a été acquis grâce au soutien de la Société des Amis du musée et du FRAM Hauts-de-France, emporté 5 000 euros marteau lors de la vacation organisée par Maîtres Debacker et Richmond à l’hôtel des Ventes de Boulogne-sur-Mer le 11 novembre 2023 [1].

Jeune garçon au ballon, portrait de Jean-Pierre Dobelle, 1932
Huile sur toile - 116 x 89 cm
Roubaix, La Piscine
Photo : Roubaix, La Piscine
Artiste protéiforme qui embrassa de nombreuses esthétiques au cours de sa carrière tout comme de nombreux domaines - peinture, dessin, architecture et mobilier - Félix Del Marle, est passé à la postérité avant tout pour son adhésion au futurisme - dont il fut l’un des rares représentants français - puis au néo-plasticisme dans les années 1910 puis au début des années 1920. Daté de 1932, le portrait en pied qui rejoint Roubaix relève d’une période moins connue, celle de son « retour à l’ordre » à la fin des années 1920 et au début des années 1930. L’artiste revint alors - dans des portraits, des scènes de fêtes foraines ou des compositions religieuses - à la figuration et à un certain classicisme, avant de découvrir le surréalisme puis de revenir après la seconde guerre mondiale à la peinture abstraite d’abord explorée aux côtés de De Stijl. Natif de Pont-sur-Sambre, entre Valenciennes et Maubeuge, Félix Del Marle se forma très tôt aux Beaux-Arts de Valenciennes avant de brièvement s’engager dans la Marine marchande. Il s’installa ensuite à Bruxelles où, devenu peintre en bâtiment, il poursuivit sa formation artistique dans différentes écoles des beaux-arts, différents cours de peinture et divers ateliers d’artistes. Il s’établit par la suite à Lille puis à Paris à partir de 1911. Il y fit la connaissance d’Apollinaire et se lia avec Gino Severini dont il partagea un temps l’atelier. Vinrent alors la Guerre et le front où il réalisa des croquis des villes traversées et des portraits de ses compagnons de régiment. Reniant le futurisme il produisit par la suite des caricatures politiques pour la presse, teintées de ses convictions socialistes. A partir de 1924 il vécut entre Lille et Paris. Il rencontra Kupka, se consacra à la peinture non-objective, fréquenta Piet Mondrian et César Domela, s’enthousiasma pour les théories du néo-plasticisme, adhéra à De Stijl et fonda la revue Vouloir et le Groupe d’avant-garde portant le même nom tout en rejoignant le mouvement du musicalisme fondé par Henri Valensi.
Station de métro Montparnasse, 1914
Pastel - 64 x 49 cm
Paris, Musée d’art moderne de la Ville de Paris
Photo : Paris, Musée d’art moderne de la Ville de Paris
Si la toile acquise par Roubaix porte, non seulement la signature de l’artiste, en bas à droite, mais aussi le nom du modèle « Jean-Pierre Dobelle MCMXXXII », en bas à gauche, et une mention au revers précisant « Quand nous étions petits Loulou et Lulu à Jean Pierre en souvenir », l’identité exacte du jeune modèle dont seul le nom est connu n’est pas établie à ce jour. Le musée fait paraître en ce sens un appel à documentation sur nos pages (voir l’annonce). Quoi qu’il en soit le nouveau portrait est destiné - une fois l’accrochage temporaire sus-cité achevé à la fin du printemps - à rejoindre la salle du parcours permanent consacrée au thème de l’enfance et à son traitement par les artistes à la fin du XIXe et au XXe siècle. La toile permettra d’évoquer différents sujets tels l’histoire du jouet - son émergence dans les foyers privilégiés puis sa diffusion dans les différentes strates sociales - ou l’histoire du costume enfantin, la collection mode et textile du musée conservant des vêtements fort proches de ceux portés par le jeune Jean-Pierre Dobelle, qui pourront être rapprochés du portrait. La nouvelle effigie de Félix Del Marle évoquera également différents portraits Art Déco déjà conservés et présentés dans le parcours permanent tels la Vénus verte de Braïtou-Sala, La robe d’argent de Paul-Albert Laurens ou le Portrait de Georges Menier par Boutet de Monvel.
Métro, gare d’Orléans, vers 1912-1914
Encre noire, gouache et pastel - 65 x 50 cm
Paris, Musée d’art moderne de la Ville de Paris
Photo : Paris, Musée d’art moderne de la Ville de Paris
Comme le précise la notice de La Piscine, si Félix Del Marle est assez bien représenté dans les collections publiques françaises, aucune des œuvres relevant de son « retour à l’ordre » du début des années 1930 ne semblait jusqu’alors y figurer, au contraire de ses œuvres futuristes, néo-plastiques ou abstraites. Comme nous le soulignions récemment (voir la brève du 1/10/18), le musée des beaux-arts de Valenciennes conserve des toiles de ses périodes futuristes et néo-plastiques, le Musée de Grenoble un vaste corpus de dessins et de pièces de mobilier attaché à l’esthétique De Stijl mais aussi plusieurs toiles abstraites des années 1920 et une grande toile d’inspiration surréaliste des années 1940 tandis que le Centre Pompidou compte notamment un petit ensemble de mobilier en acier tubulaire des années 1930. Ajoutons que le Musée d’art moderne de la Ville de Paris a récemment préempté deux grandes feuilles futuristes de l’artiste pour 58 220 euros lors de la vacation organisée par Maître Blouet à l’hôtel des Ventes de Mayenne le 17 janvier 2021. Nous les reproduisons ici (ill. 2 et 3). Toujours d’après la notice du musée, doivent être citées quant à la production figurative des années 1930 de l’artiste, les peintures monumentales qui furent destinées à des églises et y demeurent aujourd’hui conservées, telles les deux fresques de l’église paroissiale Sainte-Thérèse à Saint-Etienne-au-Mont.