Ribera à Rome, autour du premier Apostolado


Rennes, Musée des Beaux-Arts, du 7 novembre 2014 au 8 février 2015.
Strasbourg, Musée des Beaux-Arts, du 28 février au 31 mai 2015.

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1. Jusepe de Ribera (1591-1652)
Saint Jude Thaddée, vers 1609-1610
Huile sur toile - 111,2 x 88,6 cm
Rennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Rennes

L’achat par le Louvre du Saint Jean l’Évangéliste de Ribera (voir la brève du 27/3/12), puis celui par le Musée des Beaux-Arts de Rennes du Saint Jude Thaddée (ill. 1) faisant partie du même Apostolado (voir la brève du 13/1/14), la présence dans une collection particulière parisienne d’un troisième tableau de cette série et, enfin, la découverte il y a quelques années dans une église bretonne d’un quatrième apôtre, provenant également de cet ensemble dispersé ont permis aujourd’hui cette exposition.

Une exposition-dossier certes, mais qui sur le plan de l’intérêt scientifique vaut bien certaines grandes rétrospectives. Il s’agissait ici, en partant de ce Christ et de ces trois apôtres conservés en France, auxquels se sont rajoutés celui du Musée des Beaux-Arts de Budapest et un autre naguère sur le marché de l’art madrilène (et qui vient d’être acquis par un collectionneur privé), de montrer les œuvres de Ribera jeune dans les collections publiques et privées françaises, dont la plupart ne faisaient pas partie de l’exposition « El joven Ribera » au Prado il y a trois ans.


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2. Jusepe de Ribera (1591-1652)
Le Christ et la Samaritaine, vers 1612
Huile sur toile - 118 x 153 cm
Paris, collection particulière
Photo : D. R.

Rappelons ici pour mémoire que les œuvres de jeunesse de Ribera étaient autrefois réunies sous le nom de convention du Maître du Jugement de Salomon forgé par Roberto Longhi, d’après un tableau de ce sujet conservé au palais Corsini à Rome. L’artiste fut longtemps considéré comme français et figurait comme tel dans l’exposition « Valentin et les caravagesques français » même si, comme le rappelle Guillaume Kientz dans l’excellent texte du catalogue, Jean-Pierre Cuzin et Arnauld Brejon de Lavergnée remarquaient déjà la proximité avec l’œuvre de Ribera.
Une des choses que nous rappelle cette exposition, c’est que la solution était pourtant devant nous, inscrite sur le tableau du Musée des Beaux-Arts de Strasbourg (le plus connu de l’ensemble réuni ici) qui porte une signature… Ribera. Mais comme on était certain que l’artiste était français, celle-ci fut considérée comme une inscription postérieure. Il faut parfois croire ce que l’on voit.
Dans la première salle (l’exposition en compte deux) ce Saint Pierre et saint Paul est accompagné de plusieurs toiles peu connues de l’artiste : un tableau d’une collection particulière parisienne, un autre conservé à Saint-Omer et un troisième que nous avons vu encore cet été au Musée des Beaux-Arts d’Angers exposé sous le nom de Fracanzano mais qui a été rendu à Ribera par Guillaume Kientz1, attribution qu’il avait déjà porté jadis et nom qui, là encore, apparaît sur une signature.



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La salle suivante est consacrée à l’Apostolado, aujourd’hui donc réduit à six tableaux contre probablement treize à l’origine (même si, parfois, Saint Paul complète l’ensemble). Il est particulièrement intéressant de voir ces tableaux réunis ici pour la première fois depuis leur dispersion à une date inconnue : encadrés différemment, dans des états de conservation variables, leur réunion est néanmoins fort cohérente.
On peut espérer que cette exposition permettra, qui sait, à d’autres toiles de la série de refaire surface. Il est probable, voire certain que cela arrivera un jour, sans doute en France puisque la réapparition de plusieurs d’entre elles dans notre pays laisse penser qu’elle y fut un jour conservé comme un ensemble.


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3. Anonyme romain (vers 1620-1640)
Un docteur d l’Eglise orientale ?
Huile sur toile - 108 x 80 cm
Paris, Collection Motais de Narbonne
Photo : Jean-Manuel salingue/
Musée des Beaux-Arts de Rennes

À ces retrouvailles, qui suffiraient à justifier une visite de l’exposition, s’ajoutent deux tableaux : un anonyme très beau, récemment exposé au Louvre avec la collection Motais de Narbonne (voir l’article) et pour lequel certains ont prononcé le nom de Ribera qui n’est cependant pas retenu ici, certainement avec raison même s’il est probablement né à Rome dans les années où le peintre espagnol s’y trouvait.
Plus remarquable encore car à peu près inconnu puisqu’il n’a été identifié, dans les réserves du Musée Ingres de Montauban, que très récemment par Michel Laclotte et jamais exposé comme tel, un superbe saint, non identifié car sans phylactère ni attribut évident est sans doute la plus belle révélation de cette petite rétrospective. Son attribution a été confirmée par Gianni Papi et il vient d’être restauré par le C2RMF.

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4. Anonyme français ou italien
(fin du XVIIe-début du XVIIIe siècle)
Saint Barthélémy
Huile sur cuivre - 22,6 x 16,9 cm
Paris, église Saint-Louis-en-l’Île
Photo : J.- M. Moser/COARC/Roger-Viollet

L’exposition se conclut sur un ensemble de douze petits tableaux, plus anecdotiques, représentant les douze apôtres, un Apostolado complet (ou presque puisqu’il manque seulement le Christ resté fixé à un tabernacle) provenant de l’église Saint-Louis-en-l’Isle à laquelle il avait été offert au XIXe siècle par l’abbé Bossuet. Probablement italiens du début du XVIIIe siècle, ces tableaux sont d’une qualité plus modeste mais ils montrent à quel point cette pratique de peindre les douze apôtres réunis autour du Christ s’était répandue, même hors d’Espagne (on peut penser à beaucoup d’exemples, allant de Greco à Georges de la Tour).

Devant les coûts de plus en plus élevés des expositions, et les coupes budgétaires non moins impressionnantes que connaissent certains musées, il est probable que les expositions de cette nature se développeront dans les prochaines années. Il n’est pas sûr que ce soit une mauvaise nouvelle : mieux vaut peu d’œuvres mais bien choisies et apportant quelque chose à l’histoire de l’art qu’une réunion de centaines d’objets dont on ne comprend parfois pas vraiment à quoi elle sert. Le catalogue, écrit par Guillaume Kientz, Guillaume Kazerouni et Dominique Jacquot est amené à devenir une pièce essentielle dans la bibliographie sur Ribera. Le Musée des Beaux-Arts de Strasbourg, après Rennes, accueillera l’événement en y retranchant l’Apostolado de Saint-Louis-en-l’Isle mais en y ajoutant l’autre grande composition de l’artiste conservée en France, le Christ parmi les docteurs naguère dans l’église Saint-Martin de Langres, aujourd’hui déposé au musée de cette ville.


Commissariat : Dominique Jacquot, Guillaume Kazerouni et Guillaume Kientz.


Sous la direction de Guillaume Kazerouni et Guillaume Kientz, Ribera à Rome, autour du premier Apostolado, Musée des Beaux-Arts de Rennes/Musée des Beaux-Arts de Strasbourg, 138 p., 17 €. ISBN : 9782901430544.

Ce catalogue n’est pas diffusé en librairie. On peut cependant l’acheter ici.


Informations pratiques : Musée des Beaux-Arts de Rennes, 20, quai Émile Zola, 35000 Rennes. Tel : +33 (0)2 23 62 17 45. Ouvert du mercredi au dimanche de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h, le mardi de 10 h à 18 h. Tarif : 5 € (réduit : 3 €).


Didier Rykner, mardi 18 novembre 2014


Notes

1Celui-ci nous signale d’ailleurs que la première à avoir fait récemment cette attribution, indépendamment, est Viviana Farini dans Viviana Farina, Al sole e all’ombre di Ribera. Questioni di pittura e disegno a Napoli nella prima metà del Seicento 1, Castellamare di Stabia, 2014.





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