Le Salon du Dessin, du XVIIe au XXe


Paris, Palais de la Bourse, du 22 mars au 27 mars 2017.

Parmi les œuvres que nous souhaitons mettre en exergue pour la nouvelle édition du Salon du Dessin, nous en comptons pas moins de trois datant du XXe siècle, toutes trois réalisées par des peintres ayant travaillé dans le grand décor et la peinture d’histoire, preuve que celle-ci a perduré bien au delà de ce que l’on considère habituellement.
C’est ainsi que Vincent Lécuyer proposait - l’œuvre a été très vite vendue comme la plupart de celles que nous reproduisons ici - un extraordinaire portrait d’homme assis par Lucien Jonas, celui de son beau-frère, le peintre Jean Bedorez (ill. 1). Ce fusain date de 1908, au début de la carrière de Jonas qui n’a que vingt-huit ans et qui mourut en 1947. Grand décorateur (nous renvoyons à l’article que nous avions écrit sur l’exposition du musée Carnavalet en 2003), Jonas prouve avec ce dessin monumental qu’il est également un important dessinateur et portraitiste.


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1. Lucien Jonas (1880-1947)
Mon ami Jean, 1908
Fusain et craie sur toile - 145 x 110 cm
Galerie Vincent Lécuyer
Photo : Galerie Vincent Lécuyer
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2. George Desvallières (1861-1950)
Jeanne d’Arc prend le drapeau de la France, 1914
Huile, essence et encre - 72 x 51,5 cm
Galerie Mathieu Néouze
Photo : Galerie Mathieu Néouze
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Une huile sur papier, par George Desvallières (ill. 2), était présentée à la récente exposition rétrospective du Petit Palais (voir notre article). Elle représente Jeanne d’Arc, grande figure patriotique souvent invoquée au début de la guerre de 1914, date de la création de cette œuvre, présentée par Mathieu Néouze.
Le troisième dessin du XXe siècle que nous reproduisons ici (ill. 3) a été vendu très rapidement par la galerie Marty de Cambiaire. Cette œuvre superbe, là encore de grande taille, était proposée pour 4500 €. Le galeriste voulait ainsi montrer qu’il est possible de collectionner à des prix relativement bas (même au Salon du Dessin) des feuilles de qualité. Cette grande étude prépare un décor religieux qu’exécuta en 1934 le peintre palois René-Marie Castaing dans l’église Saint-Magne de Bizanos (Pyrénées-Atlantique).


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3. René-Marie Castaing (1896-1943)
Homme vu de dos
Pastel et craie - 76 x 108 cm
Galerie Marty de Cambiaire
Photo : Galerie Marty de Cambiaire
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4. Giuseppe Cesari, dit le Cavalier d’Arpin (1568-1640)
Étude d’homme nu
Pierre noire et sanguine - 40,2 x 27,2 cm
Galerie Marty de Cambiaire
Photo : Galerie Marty de Cambiaire
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Mais le Salon propose aussi, bien sûr, beaucoup de dessins anciens. Nous en avons retenu trois du XVIIe siècle dont, également présentée par Marty de Cambiaire, une feuille exceptionnelle du Cavalier d’Arpin. On sait que cet artiste, dans l’atelier duquel travailla un temps Caravage, fut un peintre inégal. Il est en revanche, en général, un excellent dessinateur. Et dans cette étude d’homme nu (ill. 4), il s’est surpassé.
Une autre feuille, sur le stand d’Antoine Tarantino, est particulièrement rare et importante : il s’agit du seul autoportrait dessiné connu de Simon Vouet (ill. 5), jusqu’ici inédit. Celui-ci est d’autant plus intéressant pour l’histoire de l’art qu’on le connaissait à travers une gravure publiée dans L’Iconographie de Van Dyck dont la lettre indiquait que l’auteur du portrait était le peintre flamand. Ce n’est finalement pas lui qui dessina Vouet, mais bien Vouet lui même. La question que se posaient les historiens sur la date de la rencontre des deux artistes n’est peut-être pas pertinente, rien n’indiquant finalement qu’ils se soient connus directement. Il est possible que Vouet ait envoyé ce dessin à Van Dyck qui l’estima suffisamment abouti pour le faire graver directement.


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5. Simon Vouet (1590-1649)
Autoportrait, vers 1634
Pierre noire - 25 x 17,5 cm
Galerie Antoine Tarantino
Photo : Galerie Antoine Tarantino
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6. Michel Corneille II, dit le Jeune (1642-1708)
Saint François en prière
Encre brune, lavis brun, rehauts de gouache
blanche, pierre noire - 42 x 32 cm
Galerie Artur Ramon
Photo : Galerie Artur Ramon
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Le troisième dessin du XVIIe que nous retiendrons est français. Il s’agit d’une grande feuille de Michel Corneille II (ill. 6) présentée par Artur Ramon. Corneille le jeune, dessinateur abondant et habile, est néanmoins rarement arrivé à ce degré de qualité. On admirera, dans ce Saint François en prière, le côté très pictural que l’artiste réussit à lui donner grâce au jeu du lavis et des rehauts de blanc.
Nous signalerons aussi un beau dessin néoclassique de Leonor Mérimée (ill. 7, le père de Prosper dont nous savions qu’il était peintre mais dont nous connaissons peu d’œuvres, même s’il a peint un décor au Louvre (Diane rendant à Aricie Hippolyte ressuscité par Esculape) qui se trouve dans la salle de Diane. Des Voyageurs trouvant dans une forêt les ossements de Milon de Crotone (on voit à gauche le squelette dont la main est restée coincée dans l’arbre) est préparatoire au premier tableau réalisé par Mérimée, qui disparut malheureusement dans l’incendie de la maison de Prosper Mérimée en 1871. Cette composition était néanmoins connue par une gravure de Normand publiée par Landon.
Enfin, revenons au XXe siècle, ou plutôt à l’extrême-fin du XIXe puisque le dessin est daté de 1900. Il s’agit d’un pastel remarquable par Paul-Édouard Rosset-Granger (ill. 8), encore un décorateur qui participa au décor du Train Bleu. Ce nocturne représentant un petit marchand de plâtre sur un pont se trouve sur le stand de W. M. Brady.


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7. Léonor Mérimée (1757-1836)
Des Voyageurs trouvant dans une forêt
les ossements de Milon de Crotone
, 1790
Plume, encre brune, crayon noir, lavis brun,
rehauts de gouache blanche - 27,3 x 40 cm
Galerie Terrades
Photo : Galerie Terrades
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8. Paul-Édouard Rosset-Granger (1853-1934)
Le Petit marchand de plâtre traversant le pont de l’Alma, 1900
Pastel - 31,5 x 41 cm
W.M. Brady & Co., Inc.
Photo : W.M. Brady & Co., Inc.
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Comme chaque année, le salon expose des dessins appartenant à un collectionneur ou à une institution. Il s’agit cette fois de l’École des Beaux-Arts, et d’une présentation qui nous intéresse tout particulièrement : il s’agit d’une large sélection parmi les quelque cent feuilles acquises par le « Cabinet des amateurs de dessins de l’École des Beaux-Arts », association de mécènes qui par leur cotisation permettent d’enrichir ses collections. Le bilan apparaît remarquable, et nous regrettons de ne pas avoir parlé davantage sur ce site des acquisitions effectuées (seules certaines ont été signalées). Nous reviendrons dans un prochain article sur le catalogue qui a été publié à cette occasion et nous nous contenterons de reproduire ici la photo d’une sanguine de Greuze (ill. 9) acquise en 2013 chez Nicolas Schwed.


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9. Jean-Baptiste Greuze (1725-1805)
Tête d’enfant regardant avec effroi
Sanguine - 42,1 x 31,8 cm
Paris, École nationale supérieure des Beaux-Arts
Photo : ENSBA
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10. Anne-Louis Girodet-Trioson (1767-1824)
Étude de draperie
Mine de graphite, craie blanche - 47,8 x 56 cm
Nantes, Musée des Beaux-Arts
Photo : D. R.
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Mais exceptionnellement, cette année, une autre institution est invitée par le Salon du Dessin. Il s’agit du Musée Girodet de Montargis qui, à l’occasion d’une exposition-dossier réunissant plusieurs feuilles préparatoires pour le Déluge prêtées par plusieurs musées, lance un nouvel appel au mécénat pour accélérer la restauration des dessins abimés lors des inondations désastreuses de l’année dernière (voir notre article). Que vous visitiez on non le Salon, vous pouvez participer à cette bonne action.

Site du Salon du Dessin pour les modalités pratiques.


Didier Rykner, jeudi 23 mars 2017





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