Paris Tableau (à Bruxelles)


Paris Tableau à Bruxelles, cela a tout d’un oxymore. Il pouvait paradoxal en effet d’organiser en Belgique (à peine plus d’une heure de TGV de Paris il est vrai) une manifestation d’origine française, d’autant que le marché des tableaux anciens à Bruxelles n’est pas connu pour être très actif. Des amis belges historiens de l’art se réjouissaient de voir dans cette foire de nombreux tableaux italiens et français des XVIIe et XVIIIe siècles, rarement montrés dans les galeries du pays.


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1. Carlo Saraceni (vers 1579-1620)
Saint Charles Borromée
Huile sur toile - 146 x 99 cm
Colnaghi
Photo : Colnaghi
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2. Gioacchino Assereto (1600-1650)
Saint Jean-Baptiste
Huile sur toile - 113 x 93 cm
Galerie Jacques Leegenhoek
Photo : Galerie Jacques Leegenhoek
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3. Livio Mehus (1630-1691)
La Bataille entre les Grecs et les Troyens, vers 1670
Huile sur toile - 149 x 222 cm
Galerie Lullo-Pampoulides
Photo : Galerie Lullo-Pampoulides
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Une tentative d’explication d’abord : il semble que l’accord passé l’an dernier avec la Biennale (qui n’a semble-t-il pas été entièrement concluant) interdisait cette année au moins à Paris Tableau de se tenir à Paris. Un constat ensuite : peu importe ces considérations, le Salon est d’une très belle tenue en dépit de l’absence de quelques poids lourds qui faisaient partie des éditions parisiennes, et alors que plusieurs galeries françaises et étrangères, dont quelques-unes belges, participaient pour la première fois à l’événement.

Dans chaque stand ou presque, on trouve plusieurs œuvres de superbe qualité dont beaucoup n’avaient pas été vues auparavant. Nous commencerons cette recension avec ce qui nous semble le plus beau tableau de la foire, même s’il n’est pas bien mis en valeur puisqu’il se trouve au revers d’une cimaise : un Saint Charles Borromée récemment découvert de Carlo Saraceni proposé par la galerie Colnaghi (ill. 1). On admirera notamment la très belle gamme colorée mauve et rouge du manteau du saint, agenouillé en oraison devant un paysage à la Gaspard Dughet.
Les italiens du XVIIe siècle sont particulièrement bien représentés. Ainsi, Maurizio Nobile propose pas moins de deux toiles d’Alessandro Turchi, Jacques Leegenhoek montre un beau Saint Jean-Baptiste par Gioacchino Assereto (ill. 2), un Mars par Luca Giordano orne le stand de la galerie Porcini, un rare et grand tableau de Livio Mehus (ill. 3) est exposé par une nouvelle galerie londonienne, Lullo-Pampoulides. La galerie Canesso, spécialisée il est vrai dans la peinture italienne, a mis à la place d’honneur un grand chef-d’œuvre de Francesco Rustici (ill. 4).`


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4. Francesco Rustici (1592-1626)
Salomé avec la tête de saint Jean-Baptiste
Huile sur toile - 240 x 166,5 cm
Galerie Canesso
Photo : Galerie Canesso
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5. Nicolas de Plattemontagne (1631-1706)
Le Miracle de saint Paul et Sylas en prison
Huile sur toile - 111 x 90 cm
Photo : D. R.
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La peinture française du XVIIe siècle est moins abondante mais on note toutefois, dans une autre galerie, un remarquable tableau de Nicolas de Plattemontagne (ill. 5), réplique autographe d’un des Mays de Notre-Dame, ou chez Franck Baulme, nouvel exposant, une toile de Louis de Boullogne. Chez ce même marchand, nous retiendrons cependant un beau tableau danois de la seconde moitié du XIXe siècle représentant une vue de l’Etna à travers les ruines de Taormine (ill. 6).


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6. Carl Frederik Aagaard (1833-1895)
Vue de l’Etna à travers le théâtre grec
de Taormine
, 1871
Huile sur toile - 100 x 72 cm
F. Baulme Fine Arts
Photo : F. Baulme Fine Arts
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7. Antonio Gianlisi le jeune (1677-1727)
Nature morte avec paniers de raisins, de fleurs
et de biscuits sur un tapis

Huile sur toile - 95 x 130 cm
Galerie Terrades
Photo : Galerie Terrades
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Cela nous donne l’occasion de revenir vers l’Italie, plusieurs œuvres du XVIIIe siècle étant également présentées, comme une Vierge de Pompeo Batoni chez Carlo Virgilio (qui montre également deux très grandes toiles, assez impressionnantes, d’Ippolito Caffi), ou chez Terrades une impressionnante nature morte par Antonio Gianlisi le jeune (ill. 7), artiste actif au début du XVIIIe siècle.


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8. Théophile Lybaert (1848-1927)
La Vieille Flandre
Huile sur toile - 81 x 61 cm
Galerie Aaron
Photo : Didier Rykner
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9. Merry-Joseph Blondel (1781-1853)
Zénobie trouvée mourante sur les
bords de l’Araxe
, vers 1812
Huile sur toile - 82 x 64,5 cm
Galerie Michel Descours
Photo : Galerie Michel Descours
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La peinture française du XVIIIe siècle, en revanche, est abondamment représentée. On pourra voir galerie Aaron un tableau d’un artiste très peu connu (comme il y en a étrangement beaucoup à cette époque) : La Mort d’Adonis par François-Nicolas Mouchet, signé et daté de 1788. Mais on préférera reproduire ici, de ce marchand, un étonnant tableau belge du début du XIXe siècle, représentant La vieille Flandre (ill. 8), que l’on verrait bien accroché sur les murs d’Orsay. Chez Michel Descours, on peut admirer un Merry-Joseph Blondel représentant Zénobie trouvée par les bergers sur la rive du fleuve Araxe (ill. 9). Ce tableau est particulièrement intéressant puisqu’il s’agit d’une version réduite d’une toile du Salon de 1812 détruite au Musée de Saint-Malo en 1944. Chez Talabardon & Gautier, nous retiendrons une tête de cerf de Veyrassat (ill. 10) qui rappelle les œuvres de Courbet.


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10. Jules-Jacques Veyrassat (1828-1893)
Tête de cerf
Huile sur toile
Galerie Talabardon & Gautier
Photo : Didier Rykner
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11. Jean-Baptiste Monnoyer (1634-1699)
Nature morte de fleurs avec un singe et un perroquet
Huile sur toile - 78 x 123 cm
Costermans
Photo : Costermans
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Paradoxalement, nous n’avons pas beaucoup parlé de peintures nordiques. Plusieurs marchands belges sont pourtant présents (Jan Muller Antiques, Lowet de Wotrenge…), qui présentent des œuvres essentiellement flamandes ou néerlandaises. Nous reproduirons, accrochée chez Costermans, une splendide nature morte d’un Français : Jean-Baptiste Monnoyer (ill. 11) et une seule œuvre nordique, que l’on trouve chez une galerie originellement à Bruxelles (De Jonckheere), un panneau de Jan van Kessel, typique de son art, représentant des papillons (ill. 12).
Quant à l’Espagne dont les liens avec les Flandres ne sont pas minces, elle est bien représentée par un panneau de Juan de Borgoña le jeune (ill. 13), de la galerie Ana Chicana.


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12. Jan van Kessel (1626-1679)
Étude de papillons
Huile sur panneau - 13,5 x 19 cm
Galerie De Jonckheere
Photo : Didier Rykner
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13. Juan de Borgoña le jeune (vers 1500-1565)
L’apparition de Saint Jacques le Majeur
à la bataille de Clavijo

Huile sur panneau - 99,4 x 81,2 cm
Galerie Ana Chiclana
Photo : Galerie Ana Chiclana
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Cette édition bruxelloise de Paris-Tableau est accompagnée à l’étage d’une exposition consacrée à David à Bruxelles dont le commissariat est assuré par Alain Jacobs. Son titre est sans doute un peu exagéré puisqu’on y voit en tout et pour tout un dessin de David, ce qui n’enlève rien à l’intérêt de cet accrochage qui révèle beaucoup de tableaux (et quelques dessins et sculptures) appartenant à des collections privées. Leurs auteurs sont des élèves belges de David comme François-Joseph Navez ou Joseph Paelinck, et des artistes marqués par son passage en Belgique comme Louis Gallait.


Didier Rykner, vendredi 9 juin 2017





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