La politique patrimoniale parisienne vue par l’« international »


JPEG - 154 ko
Merry-Joseph Blondel (1781-1853)
Décor de la chapelle des Morts
Paris, église Notre-Dame-de-Lorette
Photo : Didier Rykner

« Ces dernières années, certains projets sont devenus des modèles à l’international » pouvait-on lire, on s’en souvient, dans le livre-programme à la gloire d’Anne Hidalgo et Bertrand Delanoë publié par l’association Oser Paris, constituée par l’équipe de campagne de la candidate à la Mairie (voir l’article). Évidemment, il était beaucoup plus difficile de prouver que cela était vrai et rien ne venait étayer cette affirmation pour le moins audacieuse.

Ce qui est avéré, en revanche, ce sont les deux claques que vient de recevoir de l’« international » la municipalité parisienne.
La première, nous en avons déjà parlé, est celle infligée par le World Monument Fund qui a décrété en péril deux églises dont on rappelle que la charge de l’entretien et de la restauration incombe à leur propriétaire, c’est-à-dire la Ville elle-même. Pour que ces églises - d’autres ont été envisagées, notamment Saint-Augustin, Saint-Germain-des-Prés et Saint-Jacques-de Charonne - soient retenues par l’association, il fallait déposer des dossiers, ce qui a été fait par des personnes privées qui se sont regroupées dans cet objectif. Évidemment, contrairement à ce qu’a écrit à ce propos Le Journal des Arts, jamais la Ville de Paris, c’est-à-dire ses représentants élus, qu’il s’agisse de Bertrand Delanoë, d’Anne Hidalgo ou de Danièle Pourtaud (adjointe en charge du patrimoine et des musées) n’a encouragé, discrètement ou pas, cette inscription sur le World Monument Watch. Comme les représentants européens de cette ONG nous l’ont confirmé, les seuls contacts qu’ils ont eu avec l’administration parisienne ont été pour avoir - avec beaucoup de mal d’ailleurs - des éléments sur les budgets nécessaires à d’éventuelles restaurations (ils les ont obtenus in extremis pour Notre-Dame-de-Lorette, mais pas pour Saint-Merri).

L’autre gifle a été donnée par l’UNESCO, par la voix de son sous-directeur général pour la Culture, Francesco Bandarin, qui a déclaré le 3 octobre l’opposition claire de cette organisation internationale aux tours, qu’elles soient aux portes de Paris ou ailleurs. « Cela ne concerne pas seulement les berges de la Seine, qui sont inscrites au patrimoine mondial, c’est une conception de la ville à son échelle. » a-t-il notamment déclaré. Il a également confirmé ce que nous avons déjà écrit plusieurs fois : Paris est une des villes les plus denses du monde, et les tours ne permettent pas de densifier : « Une tour, parce qu’elle a besoin de beaucoup de services, de parkings, n’est pas plus dense qu’une ville compacte ». Il a également souligné le caractère non écologique de ce type de construction avant de conclure : « Ce n’est pas un bon modèle. Ce n’est pas le futur. »1

Bien entendu, on attend encore la réaction de la municipalité à cette déclaration de M. Bandarin qui engage l’UNESCO, comme on attend aussi celle concernant les églises. Il est évidemment plus simple pour Anne Hidalgo de prétendre être un modèle que de reconnaître qu’on est en réalité un repoussoir et l’exemple même de ce qu’il ne faut pas faire. Les Parisiens ne pourront pas dire qu’ils n’ont pas été informés de la désastreuse politique patrimoniale qu’elle propose.


Didier Rykner, mardi 22 octobre 2013


Notes

1Signalons aussi que Norman Foster, que l’on peut difficilement qualifier d’être contre les tours a déclaré au Figaro : « Je ne vois pas en quoi Paris aurait besoin de gratte-ciel ».





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Éditorial : Disons non aux Panthéonades !

Article suivant dans Éditorial : Quand le Musée d’Orsay punit La Tribune de l’Art !