L’état des églises parisiennes : le World Monument Fund dénonce le scandale


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Détail d’une peinture murale de Henri Lehmann
dans l’église Saint-Merri à Paris
Photo : Didier Rykner

8/10/13 - Patrimoine menacé - Paris, églises parisiennes - Le World Monument Fund s’est donné pour mission de contribuer à la sauvegarde de chefs-d’œuvre architecturaux gravement menacés, à la fois en aidant à leur restauration en collaboration avec les organismes officiels en charge de leur conservation, et en publiant tous les deux ans une liste de monuments en péril dont la survie est gravement compromise en raison des « cataclysmes naturels et de l’impact du changement social, politique et économique »1.

À New York, aujourd’hui 8 octobre, le World Monument Fund a donc révélé sa liste pour 2014. Et parmi ces monuments en péril, il a retenu deux églises parisiennes, Notre-Dame-de-Lorette et Saint-Merri. On ne peut dire pourtant qu’elles sont mises en danger par un cataclysme naturel, ni par un changement social, politique ou économique. La ville de Paris n’est pas pauvre, loin de là. Elle a simplement d’autres priorités que d’entretenir son patrimoine. Le cataclysme n’est pas naturel, il est politique. Et les premiers responsables sont Bertrand Delanoë, son maire depuis douze ans, et Anne Hidalgo, sa première adjointe en charge de l’urbanisme et de l’architecture.
Il s’agit d’une véritable claque pour la municipalité parisienne qui voit ainsi une grande association non gouvernementale internationale proclamer son incurie depuis New York. Le World Monument Fund aurait pu d’ailleurs inscrire encore d’autres églises sur sa liste : Saint-Augustin, Saint-Jean-de-Belleville, Saint-Séverin, Saint-Vincent-de-Paul... On ne compte plus les monuments parisiens en grand danger.

Nous avions, il y a près de trois ans, commencé avec Saint-Philippe-du-Roule, une série sur ce sujet. Pris par d’autres urgences, nous nous étions interrompu. La décision du World Monument Fund d’inscrire ces deux églises sur leur liste de monuments en danger nous impose de la poursuivre et nous publierons d’ici demain deux articles consacrés à chacune de ces deux églises, chacun accompagné d’une vidéo édifiante.
Depuis ce premier article, la situation a encore empiré malgré les quelques restaurations menées à bien par la Coarc, le service de la ville chargé de la conservation des objets d’art religieux et civils. Faute de budget pour restaurer la toiture de Saint-Philippe-du-Roule (il fallait bien construire la Canopée aux Halles ou le stade Jean-Bouin...), cette église s’est vu affublée d’une couverture provisoire, supportée par un échafaudage. On peut imaginer le coût d’une telle installation, qui ne sert même pas à la restauration, et apprécier la rigueur de la gestion de la mairie de Paris.

Le débat, à quelques mois des élections municipales, doit avoir lieu. Non content de ravager Paris par des démolitions (piscine Molitor, Samaritaine, place de la République...), de menacer encore la capitale avec d’autres destructions (jardins des Serres d’Auteuil...) ou des constructions monstrueuses (tour Triangle, Canopée des Halles), la mairie se désintéresse à peu près totalement de son patrimoine historique. Elle doit désormais rendre des comptes, même en dehors de nos frontières.

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Didier Rykner, mardi 8 octobre 2013


Notes

1« The forces of nature and the impact of social, political, and economic change »





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