L’état des églises parisiennes (3) : Saint-Merri


Construite en style gothique flamboyant au XVIe siècle, l’église Saint-Merri fut au XVIIIe transformée par Boffrand qui construisit une grande chapelle sur le côté sud, décorée de sculptures par Paul-Ambroise Slodtz. Désaffectée à la Révolution, elle fut restaurée et décorée au XIXe siècle, les sculptures de sa façade furent refaites, et plusieurs de ses chapelles peintes notamment par trois des principaux élèves d’Ingres : Théodore Chassériau, Henri Lehmann et Eugène-Emmanuel Amaury-Duval.


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1. Les riants abords de l’église Saint-Merri
Photo : Didier Rykner
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2. La façade de l’église Saint-Merri sous ses filets
Photo : Didier Rykner

Comme l’église Notre-Dame-de-Lorette (voir ici), Saint-Merri vient d’être placée par le World Monument Fund sur la liste des bâtiments en péril (voir notre article). Même l’environnement immédiat de l’église est une honte : à gauche de la façade, les murs sont entièrement recouverts de tags (ill. 1). Une grande partie de ses peintures murales se trouvent dans un état proche de la destruction pure et simple, une situation d’autant plus préoccupante que, contrairement à Notre-Dame-de-Lorette, la couverture de l’église n’a pas encore été refaite et que cette étape est indispensable avant de pouvoir restaurer ces peintures qui vont donc continuer à se dégrader. La mairie n’a prévu pour l’instant aucun travaux, à l’exception de la façade qui va faire l’objet d’une restauration. Celle-ci était de toute façon obligatoire : elle devenait dangereuse, ce qui a nécessité sa mise intégrale sous filets protecteurs (ill. 2). Comme pour Saint-Paul-Saint-Louis, seule l’urgence due aux menaces sur la sécurité des personnes physiques oblige la ville à intervenir.


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3. Henri-Léopold Lévy (1840-1904)
Paris, église Saint-Merri
Photo : Didier Rykner
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4. Pierre-Paul-Léon Glaize (1842-1932)
Paris, église Saint-Merri
Photo : Didier Rykner

En revanche, les fidèles n’ayant rien à craindre des peintures murales qui se détruisent ou qui s’écaillent, ce n’est pas le problème de la municipalité.
Faute d’éclairage, les décors qui se trouvent dans les chapelles du côté sud du déambulatoire ou dans l’axe de l’église, dus à Jacques-Émile Lafon, Henri-Léopold Lévy (ill. 3), Léon Glaize (ill. 4) et Louis Matout, sont difficilement visibles sont presque invisibles ; ils sont aussi très abimés.
Quant aux trois ensembles peints les plus précieux, seul celui de Théodore Chassériau est à peu près dans un état correct, celui d’Amaury-Duval (ill. 5) et, surtout, celui d’Henri Lehmann (ill. 6) étant proches de la ruine. C’est tout un pan de l’histoire artistique de Paris qui est en train de disparaître ici. Ces décors sont classés monument historique : devant l’abandon de la ville, il est urgent que le ministère de la Culture fasse son devoir et impose des travaux d’office en forçant la mairie à restaurer les toitures pour freiner, dans un premier temps, les dégradations.


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5. Eugène-Emmanuel Amaury-Duval (1808-1885)
Paris, église Saint-Merri
Photo : Didier Rykner
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6. Henri Lehmann (1814-1882)
Paris, église Saint-Merri
Photo : Didier Rykner

À cette situation déjà dramatique viennent se rajouter les négligences du clergé qui traite cet édifice comme s’il s’agissait d’une maison de quartier. Les chapelles servent de débarras (ill. 7), celle de la communion (ill. 8), décorée par Slodtz, semble être utilisée comme salle de réunions pour des associations de bricoleurs du dimanche ou de pépiniéristes. Même le monument aux morts est utilisé pour exposer des photos et stocker des cageots ! Sans même parler du respect dû à un lieu de culte (ce n’est pas ici notre propos), il y a une négation totale de la fonction religieuse de cette église et de son caractère de monument historique. Le film qui accompagne cet article (réservé pendant quinze jours aux abonnés du site) le démontre abondamment.


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7. Une chapelle débarras de l’église Saint-Merri
Octobre 2013
Photo : Didier Rykner
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8. Chapelle de la Communion de l’église Saint-Merri
À droite, le monument aux morts
Octobre 2013
Photo : Didier Rykner

Que peuvent penser les touristes qui s’aventurent dans cette église, en plein Paris ? L’un des plus beaux édifices religieux de la capitale meurt lentement, dans l’indifférence de la municipalité, qui s’intéresse davantage à l’organisation de la nuit blanche (les pépiniéristes, c’était ça !) qu’à restaurer son patrimoine.



Saint-Merry par latribunedelart


Didier Rykner, mercredi 9 octobre 2013





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