À Langres, un Fra Angelico par Michel Dumas vient en rejoindre un autre


7/4/15 - Acquisition - Langres, Musée d’Art et d’Histoire - D’abord élève de l’École des beaux-arts de Lyon, sa ville natale, où il fréquenta les cours de Michel Grobon et de Jean-Claude Bonnefond, Michel Dumas se rendit ensuite à Paris pour entrer dans l’atelier d’Ingres en 1834. Après le départ de son maître à Rome, il devint assistant de Victor Orsel et Alphonse Périn sur le chantier de Notre-Dame-de-Lorette, puis finit par rejoindre Ingres en Italie bien qu’il ne fut jamais lauréat du Prix de Rome. Après seize ans passés dans la ville éternelle, il s’installa à Paris où il eut une prolifique carrière de peintre religieux mais finit par retourner à Lyon où il termina sa vie1.


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1. Michel Dumas (1812-1885)
Fra Giovanni Angelico da Fiesole, 1845
Huile sur toile - 209 x 173 cm
Langres, Musée d’Art et d’Histoire
Photo : Musée d’Art et d’Histoire
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2. Attribué à Michel Dumas (1812-1885)
Fra Giovanni en prière, vers 1845-1850
Huile sur toile - 66 x 46,5 cm
Langres, Musée d’Art et d’Histoire
Photo : Galerie La Nouvelle Athènes

Au Salon de 1845, il exposa un toile représentant Fra Giovanni Angelico da Fiesole (ill. 1), une commande royale qui fut, dès 1850, envoyée à Langres où elle se trouve toujours aujourd’hui.
Peint avec un grand style très puriste et dépouillé qui doit sans doute davantage à Orsel et Périn qu’à Ingres, le moine artiste est représenté dans son atelier, vêtu de sa robe blanche de frère dominicain, assis en méditation sur un banc, devant une Crucifixion en cours d’exécution.

Très récemment a resurgi sur le marché de l’art parisien un tableau anonyme représentant le même Fra Angelico, agenouillé en prière, dédiant ses pinceaux à Dieu (ill. 2). Tout, dans cette œuvre, évoque le tableau de Langres, aussi bien du point de vue stylistique que par la manière dont est composée la scène. Comme dans la première toile, divers ustensiles nécessaires au peintre animent la composition, tandis que s’y ajoute un crâne. Bien que ni signée ni datée, il est évident qu’il s’agit d’une peinture de Michel Dumas qui offre ici une variation sur le thème du moine peintre. Prudemment (trop à notre avis), les galeristes de la Nouvelle Athènes l’ont cependant proposée simplement comme « attribuée à » cet artiste au Musée d’Art et d’Histoire de Langres qui l’a fort opportunément acquis.
S’agit-il d’une première pensée pour le tableau de 1845 ? Le fait qu’il s’agisse d’une commande royale aurait pu amener l’artiste à préparer soigneusement cette composition en essayant plusieurs solutions. Le fait que le tableau, bien que beaucoup plus petit que celui du Salon, ne soit pas esquissé mais apparaisse achevé, peut laisser penser qu’il s’agit en réalité d’une version peinte indépendamment (d’autant que ses proportions sont différentes). Mais il est difficile, en l’état actuel de la question, de trancher définitivement.
Signalons enfin que l’idée de représenter Fra Angelico, non seulement peintre mais aussi dominicain, n’est pas réellement étonnante de la part d’un artiste lyonnais actif à Rome, ami de Claudius Lavergne et de Victor Orsel, et qui devait être comme eux proche de Lacordaire.


Didier Rykner, mardi 7 avril 2015


Notes

1Sur Michel Dumas, on consultera notamment le catalogue de Georges Vigne et Marie-Hélène Lavallée, Les élèves d’Ingres, où nous avons repris l’essentiel de sa biographie.





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