Une copie du plafond du Cabinet des bains de l’Hôtel Lambert conservée à Cluny

Didier Rykner
Savinien Petit (1815-1878)
Copie du plafond de l’Hôtel Lambert
Huile sur treize morceaux de toile
Photographie ancienne
Paris, Musée de Cluny
Voir l´image dans sa page

Le 15 mars 1851, le ministère de l’Intérieur commandait à Savinien Petit, élève d’Auguste Hesse (voir l’article qui lui était consacré à l’occasion d’une exposition de ses dessins) une copie grandeur nature du plafond peint par Le Sueur dans le Cabinet des bains de l’Hôtel Lambert [1]. Celui-ci était en effet menacé de démolition, et l’Etat voulait ainsi en conserver un souvenir. 160 ans plus tard, après l’incendie qui a ravagé les combles du monument et détruit entièrement le Cabinet, la copie de Savinien Petit, exécutée directement à partir de l’original, devient un témoignage particulièrement précieux pour la connaissance de cet ensemble.

C’est François Macé de Lépinay, dans un article du Bulletin de la Société de l’Histoire de l’Art français consacré à Savinien Petit, qui a donné le plus de détail sur les conditions de cette commande. Peint sur treize morceaux de toile, après avoir envisagé de l’installer au Louvre, le plafond fut finalement installé dans une pièce du Musée de l’hôtel de Cluny. Il y resta sans doute jusqu’en 1927 lorsque ce plafond fut bêtement déposé pour être mis en réserve. Dans son article, François Macé de Lépinay publie une photo ancienne de celui-ci (ill.), déjà déposé mais encore entier. Aujourd’hui, il est conservé en treize parties dans des réserves modernes, communes à Cluny et à Ecouen, dans d’excellentes conditions même si son état de conservation peut être qualifié de très moyen. Malgré les manques et les usures, l’œuvre est de très belle qualité comme on peut le voir dans le film que nous présentons ci-dessous (réservé, pour l’instant, aux abonnés). Manifestement, Savinien Petit a tenu à réaliser une copie la plus fidèle possible. Si l’on compare cependant la partie centrale décorée de fleurs et de volutes, le fond que l’on voit sur les photos du vrai Cabinet apparaît d’un bleu ciel très clair alors que la copie est beaucoup plus foncée. S’agit-il d’une impression donnée par le jaunissement des vernis ou le copiste a-t-il reproduit les couleurs qu’il voyait alors sur un plafond peut-être lui même recouvert de vernis ? Les restaurateurs qui se pencheront, on peut l’espérer prochainement, sur l’œuvre nous en diront sans doute davantage.



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Car cette œuvre délaissée devrait logiquement retrouver une nouvelle jeunesse. Il serait plus que dommage de la laisser en caisse et de ne pas la faire découvrir au public qui ne pourra plus (à supposer qu’il l’aurait pu, compte-tenu de la fermeture hermétique de l’Hôtel Lambert) jamais voir l’original. Ne pourrait-on pas imaginer d’installer ce plafond après restauration au Muséee Carnavalet ? Il y aurait parfaitement sa place, en tant que témoin unique d’une œuvre ayant orné un hôtel particulier parisien.
Certains parlent déjà de faire une reconstitution du Cabinet des bains, une idée absurde de nos jours, d’autant qu’elle ne pourrait être faite qu’à partir de photographies. Bien au contraire, cette œuvre de Savinien Petit est historique, elle témoigne du goût du XIXe siècle pour la copie des grands modèles et de sa dévotion à Le Sueur (au même titre que les copies d’après Raphaël et Michel-Ange à l’Ecole nationale des beaux-arts) et elle a été réalisée d’après l’original. Espérons que son importance n’échappera pas au ministère de la Culture.

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