Les portraits sculptés en buste dans des médaillons, qu’il s’agisse de portraits de rois, de princes, ou de particuliers, sont légion, particulièrement à la fin du XVIIe siècle. On remarque que tous ces médaillons, à notre connaissance, présentent leur sujet sur son profil droit.

Portrait de Louis XIV, vers 1680-1685
Marbre - D. 82 cm
Paris, Mobilier national
Mis en dépôt à Saint-Cloud, Musée du Grand Siècle en 2026
Photo : F. de La Moureyre
Or le Mobilier National a en sa possession un grand médaillon en marbre où figure le roi Louis XIV montré sur son profil gauche (ill. 1). Monsieur Bruno Serrette, inspecteur des collections, a eu l’amabilité de me le présenter. Beaucoup plus grand que les médaillons connus, en général d’un diamètre d’environ 60 à 70 cm., comme par exemple ceux sculptés par Antoine Coyzevox, François Fontelle ou Jean-Baptiste Poultier, publiés dans les French Sculptors de François Souchal, celui-ci offre un diamètre de 82 cm. Son épaisse bordure montre qu’il était destiné à être présenté dans un cadre mouluré, en bois ou en un autre matériau. La partie supérieure du cadre présente une échancrure en demi-lune (ill. 2).

Portrait de Louis XIV (détail), vers 1680-1685
Saint-Cloud, Musée du Grand Siècle
Photo : F. de La Moureyre
Sur le rebord inférieur du cadre, à droite, se lisent, gravées, les lettres P C (ill. 3), qui ne sauraient correspondre à une signature du XVIIe siècle, ces dernières étant toujours d’une graphie bien différente. Ces initiales pourraient être celles du lieu où le commanditaire ou le possesseur du médaillon avait décidé de l’installer, comme par exemple un dessus de cheminée, ce que justifieraient ses grandes dimensions ainsi que l’échancrure en demi- lune dans la partie supérieure du cadre.

Portrait de Louis XIV (détail), vers 1680-1685
Saint-Cloud, Musée du Grand Siècle
Photo : F. de La Moureyre
Le roi est vêtu d’une cuirasse que recouvre partiellement une écharpe ; un col enserre son cou et développe deux pans minutieusement brodés. De même que ceux-ci, les boucles de sa perruque sont animées de coups de trépan (ill. 4) ; elles descendent depuis son chef sur son épaule gauche et s’envolent devant son épaule droite comme les rayons du soleil, emblème de Louis XIV. Le visage du roi, avec son nez bourbon, est délicatement et vigoureusement modelé et permet de dater ce portrait d’environ 1680-1685. Ses lèvres surmontées d’une légère moustache, esquissent un sourire. La pupille de l’iris de son œil est creusée. Ce portrait exprime une exceptionnelle vivacité, trop rare dans ce type d’œuvre.

Portrait de Louis XIV (détail), vers 1680-1685
Saint-Cloud, Musée du Grand Siècle
Photo : F. de La Moureyre
La qualité de la facture de ce médaillon est remarquable et ne peut être que le fait d’un excellent sculpteur. Or un sculpteur du Roi, Jacques Prou (1655-1706), a eu l’occasion de sculpter le portrait du roi. Issu d’une famille de menuisiers bien connue de la cour et de Nicolas Fouquet, il obtint en 1676 un premier prix à l’Académie qui lui permit un séjour à Rome en tant que pensionnaire qui dura plus de deux ans. A son retour, il se présenta en 1680 à l’Académie royale avec plusieurs modèles qui lui valurent son agrément ; pour sa réception, le sujet imposé auquel le Premier peintre, Charles Le Brun ne fut certainement pas étranger, fut l’Union de la Peinture et de la Sculpture. Ce bas-relief en marbre (conservé au Louvre), approuvé en 1682, fit de lui un académicien ayant titre de sculpteur du roi (ill. 5 et 6). Prou reçut aussitôt plusieurs commandes pour Versailles, Marly et Trianon. En 1681, il avait épousé la fille de Jean-Baptiste Tuby, l’un des sculpteurs les plus en vue du règne et proche de Charles Le Brun.

La Sculpture présentant à la Peinture le médaillon du Roy, 1682
Marbre - 90,2 x 70 x 9,8 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN-GP/Louvre
Dans le morceau de réception de Prou, la Sculpture, assise, tient en ses mains un médaillon ovale où est représenté le buste du roi couronné de lauriers ; à l’instar de notre médaillon, le roi figure sur son profil gauche. Sa représentation y est plus académique que celle de notre médaillon, ce qui est normal, vu le contexte d’un tel morceau de réception à l’Académie : aussi n’y trouve-t-on aucun coup de trépan pour animer les boucles de la perruque et les broderies du col, et aucun sourire ne s’esquisse sur ses lèvres ; mais on remarque que le dessin du sourcil et le double menton sont semblables. Le manteau de la Peinture est lui aussi bordé d’une fine broderie. Mais surtout, la même fermeté que celle de notre médaillon préside au modelé du visage.

La Sculpture présentant à la Peinture le médaillon du Roy (détail), 1682
Marbre - 90,2 x 70 x 9,8 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN-GP/Louvre
Après la mort de Prou, survenue le 7 mars 1706, un inventaire après décès fut dressé par le sculpteur Théodon le 20 mai 1706 (ce même Théodon qui l’avait accompagné jadis à Rome), inventaire conservé au Minutier central des Archives nationales, ét. XXIV, liasse 536. Cet inventaire révèle dans l’atelier de Prou la présence de deux portraits du roi et de la reine en marbre dans leur cadre de bois mouluré et doré, prisés 100 livres, une médaille en marbre inachevée figurant le roi, prisée la somme considérable de 250 livres, trois médailles inachevées avec les portraits de Monsieur frère du roi, prisés 30 livres.
Les portraits du roi et de sa famille semblent avoir été la spécialité de Jacques Prou. Aussi proposons nous de lui attribuer, à lui plus qu’à un autre, le beau médaillon du Mobilier national qui offre de plus les mêmes qualités sculpturales que nous lui connaissons. Le Mobilier National met ce médaillon en dépôt au Musée du Grand Siècle où sa restauration est en cours. Dans moins d’un an, nous aurons l’occasion de l’admirer.