Les questions que nous aimerions beaucoup poser à Franck Riester

Didier Rykner

Mise à jour le 9 avril : nous avons eu confirmation aujourd’hui d’un rendez-vous avec Franck Riester le 24 avril prochain. La conclusion de cet article, dubitative, est donc peut-être erronée, c’est en tout cas ce que nous espérons. À suivre...

Mise à jour le 11 juin : nous n’avons toujours pas eu, à ce jour, de rendez-vous avec Franck Riester. Il est clair que les questions s’enrichiraient encore (mais au moins une disparaîtrait : celle sur le conservatoire, qu’il a décidé de protéger, ce dont nous le félicitons).

Franck Riester, ministre de la Culture
Photo : Actualitté (CC BY-SA 2.0)
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Malgré de nombreux contacts avec le cabinet de Franck Riester, qui nous avait même proposé un rendez-vous avec celui-ci, annulé parce qu’il était souffrant, nous n’avons pas encore pu rencontrer le ministre de la Culture. Cela devient une habitude : soit nous n’avons rien à demander aux ministres (c’était le cas de plusieurs d’entre eux, comme récemment Françoise Nyssen) car leurs actes parlaient pour eux (et pas en bien), soit nous demandions une interview qui ne venait jamais, comme ce fut le cas avec Frédéric Mitterrand dont nous avions publié les questions que nous aurions beaucoup aimé lui poser. Si nous avons fini par rencontrer celui-ci, ce ne fut que peu de temps avant son départ et alors qu’il n’avait déjà plus aucune autorité.

Il faut croire que les ministres n’aiment pas beaucoup les journalistes qui posent des questions un peu trop précises, et dont ils savent qu’ils ne se contenteront pas de réponses langue de bois… Si nous souhaitons encore avoir une interview avec Franck Riester, c’est parce que pour l’instant, sur tous les sujets qui nous préoccupent, il n’a absolument rien fait, et rien dit. Cela fait pratiquement six mois qu’il est ministre. Compte-tenu de la longévité moyenne des occupants de ce ministère depuis 1993 et Jacques Toubon, soit 2 ans et demi, on peut considérer que son mandat est déjà bien entamé. Et pourtant on ne sait encore rien de sa politique…

Voici donc les questions que nous aimerions lui poser s’il consent un jour à nous accorder cette interview…

La mairie de Clichy souhaite construire une tour au-dessus d’un monument historique (la Maison du Peuple - voir ces articles). Vous avez même reçu ses promoteurs. Pourquoi le ministère de la Culture ne dit-il pas clairement qu’on ne construit pas au-dessus d’un monument historique, encore moins une tour ? Comment pouvez-vous justifier une telle atteinte aux lois de protection du patrimoine ?

La même question d’apathie du ministère, qui laisse se développer des projets de municipalité qui vont contre la protection du patrimoine, se pose à Chartres pour la construction que le maire veut faire devant la cathédrale (voir ces articles). Pourquoi laissez-vous faire ?

Même question à nouveau à Chambord, sur la rénovation des lanternons du château qui sont en bon état, pour les reconstituer dans un état qui n’a rien d’historique (voir ces articles).

De très nombreux monuments historiques parisiens sont dans un état de conservation dramatique (voir ces articles, ou celui-ci). Pourquoi le ministère n’impose-t-il pas à la Mairie de Paris des travaux d’office, ce que la loi permet. Plus largement, pourquoi les travaux d’office ne sont-ils jamais mis en œuvre pour les monuments appartenant à des collectivités territoriales ?

Vous n’êtes jamais intervenu dans le dossier du contournement de Beynac (voir ces articles), qui menace pourtant non seulement un paysage extraordinaire mais aussi plusieurs monuments historiques. Quelle est votre opinion à ce sujet ?

Vous n’êtes jamais non plus intervenu sur la question du secteur sauvegardé de Perpignan, très menacé par la municipalité de cette ville (voir ces articles). Quelle est votre opinion à ce sujet ?

Où en est la demande faite par les associations de classement de l’ancien conservatoire de musique (aujourd’hui conservatoire national d’art dramatique), qui est menacé d’être vendu sans protection alors qu’il s’agit d’un monument historique très important ? (voir ces articles)

Le ministère de la Culture ne cesse de mettre des bâtons dans les roues de l’association Sites & Monuments et de La Tribune de l’Art pour avoir accès aux documents en rapport avec les trésors nationaux (voir encore récemment cet article). Êtes-vous solidaire de vos prédécesseurs dans cette absence de transparence ? Et si oui pourquoi ? Le ministère de la Culture, pour ne pas communiquer ces documents, a menti sur plusieurs points, et nous avons démontré ces mensonges (voir cet article). Êtes-vous solidaire des mensonges de votre administration ?

Le projet du Grand Palais (voir cet article) est extrêmement coûteux pour un résultat dont l’utilité nous paraît tout sauf évidente. Quelle est votre opinion à ce sujet ?

Le Louvre a récemment refusé le don (fait qui plus est par une fondation étrangère qui ne déduit rien fiscalement) d’un fragment de tombeau royal (voir cet article). Quelle est votre opinion à ce sujet ?

Le Louvre ferme de plus en plus de salles en prétextant des travaux imaginaires, faute de gardiens (voir cet article), alors qu’il recrute de plus en plus de cadres de direction (voir cet article). Cela vous parait-il une bonne politique ?

Le financement du patrimoine est une question récurrente, qui n’a pas été résolue par le loto patrimoine même si l’argent supplémentaire (50 millions d’euros tout de même) est le bienvenu. Que pensez-vous de deux idées que je relaie depuis quelque temps (voir cet article) ? Une augmentation de la taxe de séjour de 50 centimes, et une taxe sur les mises des jeux de la Française des Jeux de 1,8%, équivalente à celle donnée au sport, qui serait prélevée sur les gains des joueurs. Ces deux mesures pourraient procurer à elles seules 472 millions d’euros de manière indolore, notamment pour le budget de l’Etat, et résoudraient si on les rajoute aux 300 millions de budget annuel, définitivement la question de la restauration du patrimoine en France.

Les musées de province ont un budget d’acquisition très réduit et les œuvres d’art importantes continuent à sortir de France. L’État ne pourrait-il pas être plus généreux envers ces musées de province ? Tous les chefs-d’œuvre doivent-ils finir dans les musées parisiens ?

Les procédures d’acquisition sont très longues et il n’est pas possible pour les musées d’acquérir rapidement une œuvre réapparue et passant aux enchères. Ne faudrait-il pas prévoir un fonds de roulement qui permettrait d’acheter rapidement pour les musées ?

Le gouvernement d’Édouard Philippe multiplie les attaques contre le patrimoine : loi Elan qui réduit les pouvoirs des architectes des bâtiments de France (voir cet article), abandon des sites classés qui seraient confiés uniquement aux préfets (voir cet article sur le site de Sites & Monuments et celui-ci dans Le Figaro), multiplication des éoliennes au mépris des monuments historiques et des paysages… N’est-il pas compliqué d’être en charge du patrimoine dans ce gouvernement ?

J’aurais évidemment bien d’autres questions à poser au ministre, mais il me semble que s’il pouvait déjà répondre à celles-ci, nous aurions bien avancé. Curieusement, quelque chose me dit que nous n’obtiendrons jamais de réponses. La balle est dans le camp de Franck Riester…

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