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- Laurence des Cars devant la Commission culturelle du Sénat
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Nous reviendrons en détail très rapidement sur les deux auditions devant la Commission culturelle du Sénat, celle de Jean-Luc Martinez le mardi 16 décembre, et la deuxième de Laurence des Cars, le 17 décembre. Ces deux séances, très longues, appellent en effet des commentaires développés. Mais nous voulons d’abord revenir sur une déclaration proprement ahurissante de l’actuelle présidente-directrice du Louvre, qui concerne La Tribune de l’Art et, au-delà, la liberté de la presse.
Celle-ci s’est faite en effet menaçante, non directement contre nous - elle ne nous cite d’ailleurs pas explicitement - mais contre la personne qui nous renseigne. Car dans son délire, elle pense que nous n’avons qu’une source, ce qui est évidemment une première erreur.
Voilà exactement ce qu’elle a dit : « Trop de documents sensibles fuitent du Louvre, je n’ai pas besoin d’insister, dans les médias, voilà, c’est totalement inadmissible, totalement inadmissible. Donc ça veut dire aussi que c’est une culture de sûreté et de responsabilité, rappeler aux uns et aux autres qui travaillent dans cet établissement leur devoir, de discrétion, de réserve, lorsqu’ils manipulent des informations sensibles. C’est très clair, j’ai d’ailleurs fait déposer une plainte contre X parce qu’un organe de presse a publié - ce n’est pas contre l’organe de presse - mais simplement, si nous identifions la personne qui a fait fuiter des documents extrêmement sensibles du Louvre, il y aura là évidemment, une action. C’est totalement évident. »
À l’exception du rapport Van Cleef & Arpels, révélé par Le Monde, que nous ne possédons pas et n’avons jamais pu consulter, et qui ne semble pas ici être en cause, nous sommes, sauf erreur, les seuls à avoir utilisé de nombreux documents internes pour nos articles, en publiant parfois certaines pages en illustration, voire en PDF. Bien évidemment, nous avons toujours pris soin de ne rien montrer qui pourrait mettre en danger la sécurité du musée (la plupart de ces documents n’étant d’ailleurs plus d’actualité). Notre but était uniquement, à chaque fois, de démontrer les mensonges proférés par la présidente-directrice, notamment sur l’absence de certains éléments dans les avant-projets définitifs. Il s’agit bien d’un objectif légitime d’information du public, et les personnes qui nous renseignent jouent ici un rôle de lanceur d’alerte. Les menacer d’une action en justice constitue une volonté, même pas camouflée, de leur faire peur et ainsi de nous priver d’informations essentielles. Bien évidemment, toutes nos sources sont protégées. Nous n’avons jamais et ne révélerons jamais qui nous informe de ces dérives. Et ces informations sont bien sûr vérifiées et recoupées comme cela est normal pour un journaliste.
Il est absolument ahurissant, et il faut espérer que les sénateurs en ont conscience, que la présidente-directrice du Louvre, lourdement responsable de ce qui se passe actuellement dans ce musée, prétende, alors qu’elle est mise en cause à juste titre, s’attaquer à ceux qui sont à l’origine de cette prise de conscience. Jusqu’à quand le président de la République, la ministre de la Culture, les sénateurs et les députés vont-ils supporter une telle attitude sans prendre les sanctions qui s’imposent ? Notons une bonne nouvelle à ce sujet : l’Assemblée nationale a officiellement décidé de mettre en place une Commission d’enquête sur la sécurité des musées, et notamment sur celle du Louvre. Laurence des Cars sera donc, une nouvelle fois, amenée à témoigner, et cette fois sous serment. On comprend que nos révélations la gênent : elles l’obligeront à dire la vérité, pour ne pas se parjurer de manière trop visible.