Les Amis du Louvre interdits d’entrée au Louvre

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1. Extrait du site internet
des Amis du Louvre
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Nous n’aurions pas cru voir cela un jour, et même du temps de Jean-Luc Martinez nous ne l’avions pas vu. Mais tout arrive et désormais les Amis du Louvre ne sont plus les bienvenus au Louvre. Mieux encore : devant réserver obligatoirement l’entrée entre le 1er juillet et le 8 septembre, ils sont refoulés même s’il leur est impossible de réserver par internet !

Reprenons depuis le début le parcours d’un Ami du Louvre aujourd’hui 3 juillet 2024.

Il est donc obligatoire pour tout le monde, y compris les visiteurs bénéficiant de la gratuité, comme c’est indiqué sur le site du musée, de réserver en ligne sur la période, soit plus de deux mois. Même donc, pour les Amis du Louvre, ce qui est déjà problématique, ceux-ci bénéficiant normalement d’un « accès libre et illimité aux collections permanentes et aux expositions temporaires » (ill. 1). Mais admettons - nous verrons plus loin que c’est probablement en partie inexact - qu’il s’agisse d’une obligation de la Préfecture de Police comme nous a répondu le Louvre.


2. Écran que l’on obtenait cette après-midi en tentant de réserver au Louvre via les navigateurs Firefox et Chrome
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Nous avons donc essayé de réserver par internet [1]. Cela ne fonctionnait ni sur le navigateur Firefox, ni sur Chrome (ill. 2). Nous aurions pu arrêter là (et beaucoup le font sans doute, Amis du Louvre ou pas). Mais si l’on passe par Safari, le site est cette fois accessible, indiquant néanmoins qu’il faut patienter « en raison d’un très grand nombre de connexions » (ill. 3). On reconnaît là des problèmes qui existaient déjà il y a cinq ans pour l’exposition Leonardo avant même l’arrivée du Covid (voir l’article). Manifestement, le Louvre n’a toujours pas progressé en informatique.
Au bout de quelques minutes, on arrive à un écran qui permet, avec une grande générosité de réserver... pour demain, 4 juillet (ill. 4). Donc pas le 3 juillet après-midi quand nous souhaitions justement nous y rendre pour profiter de notre accès « libre et illimité ».


3. Écran que l’on obtenait cette après-midi en tentant de réserver au Louvre via le navigateur Safari (1/2)
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4. Écran que l’on obtenait (après celui de l’ill. 3) cette après-midi en tentant de réserver au Louvre via le navigateur Safari (2/2). Pas de réservation possible pour les Amis du Louvre
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5. L’entrée réservée aux « porteurs de carte » mais pas à ceux qui n’ont pas réservé faute d’ailleurs de pouvoir le faire
Photo : Didier Rykner
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Nous avons donc décidé de nous rendre au Louvre pour essayer, malgré tout, d’y entrer, fort de notre bonne foi et de notre carte. Nous sommes donc passé par l’entrée réservée aux Amis du Louvre passage Richelieu où jamais, à aucun moment les Amis du Louvre ne doivent faire la queue, bénéficiant de l’accès prioritaire qui leur est promis également dans les avantages auxquels la carte d’adhérent leur donne droit (ill. 5).
Impossible. L’agent de surveillance, qui manifestement a reçu des consignes, interdit le passage à toute personne n’ayant pas de réservation. Même les Amis du Louvre, même en l’absence de toute file d’attente. Même s’ils ont droit à l’entrée gratuite, illimitée, et prioritaire. On ne plaisante pas avec le nouveau règlement, imposé paraît-il par la Préfecture de Police, que le Louvre s’efforce avec un grand sérieux de mener à son terme : empêcher les Amis du Louvre d’entrer au Louvre.

Rappelons bien entendu que même par jour de grande affluence, le Louvre est en grande partie vide, les visiteurs se concentrant sur la Grande Galerie, les salles de peintures monumentales du XIXe et celle de la Joconde, ainsi que le département des Antiquités Égyptiennes. Rien, absolument rien n’interdit d’accueillir les Amis du Louvre et de limiter le nombre de réservations disponible.
On constate donc que c’est bien la politique menée par le Musée du Louvre qui interdit à ses amis (l’amitié n’est pas très réciproque) d’y entrer, en infraction d’ailleurs avec le contrat qui les lie, et pas uniquement la Préfecture de Police.


6. Information sur le site internet du Louvre nous expliquant que celui-ci « se met à l’heure des Jeux Olympiques » et « offre à tous les visiteurs des conditions d’accès, d’accueil et de visite optimales ».
À quelques exceptions près, dont les Amis du Louvre...
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Nous avons interrogé cette dernière. Manquant absolument de transparence, elle a refusé de répondre à nos questions sur les contraintes qu’elle imposait aux musées (nous l’interrogions sur le Louvre et Orsay) en nous renvoyant vers eux pour toutes nos questions. Nous sommes donc condamné à croire ce que nous a raconté le Louvre, qu’il était obligé de mettre en place une réservation obligatoire pour tous du 1er juillet au 8 septembre 2024 (ill. 6).
Si cela était vrai, cette consigne de la Préfecture de Police serait totalement délirante. Car quel événement à proximité du Louvre interdirait, au moins jusqu’à la mi-juillet, d’entrer au Louvre comme à l’ordinaire ? Allons même plus loin : en quoi l’organisation des Jeux Olympiques place de la Concorde empêcherait-elle d’ouvrir le Louvre sans réservation, dans une ville dont on sait qu’elle est à peu près complètement désertée par les touristes habituels, ceux qui visitent les musées ? Seule, effectivement, l’organisation de cérémonie d’ouverture sur la Seine le 26 juillet pourrait entraîner des restrictions. Elle les impose d’ailleurs : le musée sera fermé les 25 et 26 juillet.

Mais que se passe-t-il pour Orsay ? Il n’est pas dans le périmètre de la Concorde mais il est au bord de la Seine. Et s’il met bien en place la réservation obligatoire, ce sera uniquement sur une période très courte, du 18 au 24 juillet, et il sera aussi fermé les 25 et 26 juillet. Six jours donc à Orsay de réservation obligatoire, contre plus de deux mois pour le Louvre. Comment justifier cela ?
Le Louvre explique cette durée par « la proximité géographique du Louvre et du jardin des Tuileries par rapport au site olympique de la Concorde », ajoutant, car nous l’avions interrogé sur la différence avec Orsay : « ce qui est une différence notable avec le musée d’Orsay ».


7. Les zones de circulation restreintes : ni les entrées du Louvre, ni Orsay
ne s’y trouvent, en revanche l’Orangerie est dans le secteur le plus restreint
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Pourtant, si l’on regarde les « périmètres de sécurité » (ill. 7) mis en place pour les Jeux Olympiques, ni le Louvre, ni Orsay ne se trouvent dans une zone d’accès limité [2]. Si les deux ailes du Louvre au-delà du Carrousel sont néanmoins dans la zone bleue, les entrées du musée sont dans une zone non restreinte. Et le périmètre bleu n’interdit aucune circulation piétonne (ill. 8). La seule contrainte concerne les véhicules y pénétrant qui doivent, grâce à un justificatif qu’ils signent eux-même (on se croirait revenu au bon temps du Covid), justifier d’une raison pour s’y rendre. Manifestement, visiter le Louvre n’est pas une raison suffisante (on s’en serait douté), mais en quoi cela impose-t-il une réservation obligatoire ? Celles-ci n’ont donc aucune justification réelle, le Louvre et la Préfecture de Police ayant d’ailleurs été incapables de nous en fournir une, si ce n’est, pour le Louvre, « le contexte » et la nécessité de « garantir au mieux les conditions de sécurité et de visite, de limiter au maximum les potentielles files d’attente et de fluidifier l’accès au musée ». Et il y a encore moins de raisons aux conditions bien plus strictes imposées par le Louvre, en comparaison du Musée d’Orsay.
Où est la cohérence ? Et qui est responsable de ces décisions absurdes ? La Préfecture de Police comme nous le dit le Louvre ? Ou le Louvre comme le laisse entendre, en refusant de nous répondre, la Préfecture de Police ? Probablement les deux qui, je cite le Louvre, « travaill[ent] en très étroite collaboration avec la Préfecture de police sur la question de l’accueil et de la sécurité des nombreux visiteurs attendus »


8. Les restrictions de la zone bleue (ni le Louvre, ni Orsay n’en font partie)
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9. Un des arbres coupés par la mairie de Paris sur les quais
Photo : @marvismjacuzzis
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Tout cela est absolument délirant et participe encore davantage de ce vaste chaos que constituent les Jeux Olympiques. Jeux Olympiques qui viennent d’ailleurs de provoquer l’abattage de plusieurs grands arbres (ill. 9) notamment sur les quais de l’Hôtel de Ville. Des arbres « malades » bien entendu comme a communiqué, devant le tollé général, la Mairie de Paris, alors qu’ils ne figuraient pas sur la carte des arbres malades de la municipalité. De là à penser que ces arbres ont été coupés pour rendre plus facile l’organisation de la cérémonie d’ouverture sur la Seine (qui a toutes les chances de ne pas s’y tenir en raison du courant trop fort et de la pollution trop importante) il n’y a qu’un pas que nous franchirons allègrement lorsque l’on connaît la manière dont la mairie de Paris traite les arbres.

Oui, décidément, ces Jeux Olympiques Paris 2024 seront une grande fête culturelle et écologique !

Didier Rykner

Notes

[1Rappelons que la réservation obligatoire au Louvre est une hérésie, ce que nous démontrions dans cet article.

[2Au contraire de l’Orangerie, qui dépend du Musée d’Orsay et se trouve dans le périmètre gris, le plus contraignant. Les restrictions concernant l’Orangerie semblent fluctuantes ; il était d’abord question d’une réservation obligatoire pendant un mois, et désormais le serait du 14 juillet au 1er septembre, ce qui est beaucoup mais moins que le Louvre.

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