La quatrième partie du parcours permanent du Musée Gadagne vient donc d’ouvrir, ce qui a été pour nous et pour beaucoup l’occasion de découvrir la totalité de ce nouvel aménagement. Et dès la première salle, un panneau donne le ton : on est bien ici dans une démonstration politique, qui n’a rien de neutre, et qui est en parfaite résonance avec l’orientation de la mairie et de son maire, l’écologiste Grégory Doucet. Est-ce le rôle d’un musée d’histoire de faire l’apologie d’un parti ? Poser la question, c’est y répondre. Cette section est donc la plus détestable d’un musée qui l’était déjà.

« Lyonnaises, Lyonnais ! Pouvoirs et engagements dans la cité »
Photo : Didier Rykner
Voilà ce qu’on peut donc lire sur ce panneau, avec évidemment un bel exemple de l’écriture dite « inclusive » (qui n’utilise même pas le point médian, mais le point habituel, nouvelle preuve de l’inconséquence des promoteurs de cette écriture qui ne respectent même pas les consignes qu’ils veulent imposer) : « Habitant.e.s de Lyon ou d’ailleurs, découvrez à travers l’histoire politique de la ville comment la gouvernance de la ville s’est faite dans la coopération ou les rapports de force entre structures politiques et organisations collectives, entre gens de pouvoir et Lyonnais.es engagé.e.s, mobilisé.e.s dans les luttes sociales et citoyennes ».
Ce texte, d’une banalité effrayante, est écrit avec les pieds (répétition du mot ville à cinq mots d’écart par exemple), et oppose les « gens de pouvoir » (comprendre les méchants, qui d’ailleurs ne méritent même pas le qualificatif de Lyonnais tant ils sont méchants) et les « Lyonnais.es engagé.e.s, mobilisé.e.s » (là encore, même l’écriture « inclusive » n’est pas maîtrisée), les gentils donc. Il n’a rien à faire dans un musée.
On parle donc d’abord de « féminisme » avec une fois de plus des reproductions de tracts et d’affiches qu’on pourrait trouver un peu partout en France. S’il s’agissait d’originaux, ils n’auraient pas grand intérêt ; comme reproductions, ils n’en ont aucun. Autant écrire un livre… Quant au texte qui accompagne cette présentation, il est non seulement d’une grande pauvreté intellectuelle, mais il pourrait là encore concerner n’importe quelle ville, ce qui est aussi vrai pour celui concernant l’environnement. Et, bien sûr, à Gadagne la lutte pour l’environnement c’est avant tout celle contre l’énergie nucléaire. Est-ce, encore une fois, le rôle d’un musée d’histoire d’entrer dans un tel débat ? Surtout quand la plus grande menace pour le climat, l’émission de CO2, est la plus faible en France grâce à aux centrales nucléaires, et la plus forte en Allemagne qui y a renoncé et est obligé de développer le charbon pour compenser l’inefficacité des éoliennes. Quelle que soit l’opinion de chacun à ce sujet, cela n’a rien à faire ici.
Quant au panneau « C’est quoi l’engagement ? » (encore cette incapacité à écrire correctement le français !), on ne sait qu’en dire : des petits ronds, avec des mots, comme « violence », « insoumission », « désobéissance »… On se croirait dans un congrès de Jean-Luc Mélenchon, et les salles suivantes ne démentent pas cette impression. Nous nous contenterons d’en donner des photos, tant cela sort du champ d’un site consacré à l’art et aux musées.
Remarquons tout de même celle consacrée aux « Confluctualités : Lyon entre guerres et crises ». La section intitulée « décennies contestataires 1960-1980 » (luttes anticoloniales et contestations de l’ordre social notamment...) est mise sur le même plan que la lutte contre l’occupant nazi, qui n’est présente en tout et pour tout que sur un panneau, sans d’ailleurs que le nom de Jean Moulin soit prononcé une seule fois, sur les panneaux et les cartels (il l’est peut-être dans les livrets…). On s’étonne ici que la bataille pour l’écriture inclusive à Lyon ne donne pas lieu à un développement, tout cela est bien mou, finalement.
La dernière salle présente beaucoup de tableaux de personnalités lyonnaises. Des tableaux, mais quels tableaux ? On ne le saura pas, car la borne interactive qui donnait le nom du peintre et le personnage représenté par chacune de ces œuvres ne fonctionnait pas le jour de notre visite. Et, pour dire vrai, on s’en fiche un peu, tant la plupart des toiles sont médiocres, sans même parler des faux tableaux, l’un où l’on peut mettre la tête pour être photographié (il s’adresse aux enfants car il est très bas), l’autre avec un rideau où cette fois un adulte peut s’amuser aussi : c’est ludique, on vous l’avait annoncé dès le début.

selon le Musée Gadagne
(très peu d’œuvres à sauver ici)
Photo : Didier Rykner

Photo : Didier Rykner
Sans doute fallait-il accrocher des tableaux moches, car ces « gens de pouvoir » sont méchants, on l’a déjà dit et sont en plus presque tous des hommes (donc encore plus méchants). Un panneau fort utile nous apprend en effet que oui, historiquement, les femmes avaient moins de pouvoir que les hommes, ce qui est une révélation bouleversante et tout à fait méconnue… On apprend décidément des choses, au Musée Gadagne.
Pour oublier cette visite désolante, on se console dans les salles suivantes qui sont les plus intéressantes du musée car elles sont entièrement vides, mais finalement moins vides que le parcours que nous venons de terminer. Dans un dernier article à venir, nous tirerons le bilan de cette véritable catastrophe culturelle que constitue le Musée Gadagne.








