Enseignement de l’histoire de l’art : un pas en avant, trois pas en arrière !

Didier Rykner
François Hollande lors de son discours
du 19 janvier 2012 sur la culture
Photo extraite de la captation vidéo
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« C’est une question pertinente » et « la réflexion est en cours » ! Voilà les seuls commentaires que nous avons pu obtenir du ministère de l’Éducation nationale à propos de la mise en œuvre de la promesse de François Hollande dans son discours du 19 janvier 2012 sur l’histoire de l’art, affirmant que celle-ci devait « devenir une discipline à part entière, avec ses concours de recrutement ». Soit la proposition « révolutionnaire » de faire enseigner l’histoire de l’art par... des historiens de l’art.

Nous n’avons même pas pu obtenir cette réponse par écrit. Il faut dire que son caractère vague correspond en réalité, selon toute vraisemblance, à l’absence de toute réflexion et de toute volonté de tenir les engagements du président de la République [1].
Une concertation est actuellement en cours au ministère de l’Éducation nationale pour « refonder l’école ». Mais, et ce n’est pas nouveau, les hauts fonctionnaires de cette administration, qui avaient il y a plusieurs années fait échouer la mise en place d’une agrégation d’histoire de l’art, ne veulent pas entendre parler de cette discipline. Le lobbying intense des professeurs d’art plastique vient renforcer cette opposition, chacun confondant - ou feignant de confondre - pratique d’un art avec histoire de l’art. Lors d’une réunion récente de concertation portant sur « le renforcement de l’éducation artistique, culturelle et scientifique » où les débats étaient dirigés par un Inspecteur général de l’Éducation nationale, celui-ci a explicitement préconisé de remplacer, dans le préambule du texte de 2008 instituant l’histoire des arts, le terme « histoire des arts » par « histoire culturelle ».
La grande réforme de l’enseignement risque donc dans ce domaine d’aboutir simplement à la suppression même du terme « histoire des arts » pour le remplacer par « histoire culturelle, artistique et scientifique » où l’histoire de l’art serait encore davantage marginalisée qu’elle ne l’est aujourd’hui, et pour laquelle il n’y aurait définitivement plus besoin d’historiens de l’art [2].

Alors que la refondation annoncée aurait été le cadre idéal pour enfin obtenir cette reconnaissance réelle de l’histoire de l’art dans les programmes grâce au recrutement d’enseignants spécialisés, comme le préconisait le livre blanc de l’APAHAU, comme le demandait une lettre ouverte parue dans Libération le 12 juillet dernier, et, surtout, comme l’avait promis François Hollande, le risque est grand, désormais, de faire marche arrière. D’autant qu’il n’y aura sûrement pas de sitôt une autre loi de refondation de l’école.
Ce ne sera pas la première promesse du président de la République à ne pas être tenue (voir ici et ici). Ce discours du 19 janvier 2012 restera décidément dans les annales comme un exemple remarquable de mensonge politique et électoral.

Didier Rykner

Notes

[1Ce qu’a confirmé d’ailleurs Vincent Peillon lors de sa conférence de presse de rentrée le 29 août en déclarant « je n’ai pas de réflexion particulière [sur l’enseignement de l’histoire de l’art] à soumettre pour l’instant » (signalé par Le Quotidien de l’art du jeudi 30 aout 2012).

[2Nous avions déjà dénoncé plusieurs fois ici cette dénomination « histoire des arts » dont l’objectif en réalité était de noyer l’histoire de l’art au milieu d’autres matières. Il est aujourd’hui d’autant plus facile de remplacer le concept flou d’« histoire des arts » par celui non moins vague d’« histoire culturelle ».

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