Dans Notre-Dame silencieuse...

1. La fontaine dessinée par Viollet-le-Duc dans le square de l’archevêché, et à l’arrière la grande grue (9 mars 2020)
Photo : Didier Rykner
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Alors que le ministère de la Culture avait toujours refusé de nous laisser entrer dans Notre-Dame, c’est grâce à l’établissement public et au général Georgelin que nous avons enfin pu, quelques jours seulement après le début du confinement qui a entraîné une nouvelle interruption du chantier de mise en sécurité de l’édifice, pénétrer dans le monument, et monter sur les tours. Cela se faisait dans le cadre, notamment, de notre livre sur l’incendie qui devait paraître initialement le 10 avril chez Gourcuff-Gradenigo.

Pour des raisons facilement compréhensibles, la publication est repoussée, probablement au mois de septembre. Nous modifierons bien sûr le manuscrit que nous avons rendu afin de prendre en compte les derniers développements, mais nous en profitons aussi pour proposer dès maintenant quelques photos de Notre-Dame que nous avons pu prendre à l’occasion de cette visite (ill. 1). Le chantier ne s’étant poursuivi que quelques jours après ces prises de vue, ces images sont encore parfaitement d’actualité.


2. Les barnums sur le parvis de la cathédrale (9 mars 2020)
Photo : Didier Rykner
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3. Intérieur d’un barnum sur le parvis de la cathédrale, avec des éléments de la charpente calcinée (9 mars 2020)
Photo : Didier Rykner
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Sur le parvis, les « barnums », c’est-à-dire de grandes constructions temporaires, abritent encore une partie des débris tombés sur le sol de la cathédrale lors de l’incendie et dont le tri s’est terminé fin décembre (ill. 2 et 3).


4. La nef de Notre-Dame
(9 mars 2020)
Photo : Didier Rykner
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5. Le bas-côté droit de Notre-Dame
(9 mars 2020)
Photo : Didier Rykner
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6. Le trou à la croisée du transept, avec la vue sur l’échafaudage (9 mars 2020)
Photo : Didier Rykner
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Entrer dans la cathédrale, surtout hors de la présence des ouvriers qui étaient alors en pause déjeuner, est une expérience étrange lorsque l’on se rappelle le bruit qui y régnait lorsque les touristes s’y trouvaient. Il est vrai que, depuis, nous nous sommes habitué au silence des endroits naguère animés. Mais ce qui frappe également, c’est l’état somme toute correct de la nef (ill 4) et des bas-côtés (ill. 5), malgré les filets qui protègent d’éventuelles chutes de pierres de la voûte et, surtout, les deux trous qui la percent, au niveau de la croisée du transept (ill. 6) et de la nef, là où est tombée la flèche. Il faut y ajouter le trou dans le bras du transept gauche, bras où se voient encore au moins trois œuvres : les tableaux de Laurent de La Hyre, le may de 1635 Saint Pierre guérissant les malades de son ombre (ill. 7), et de Guido Reni (Le Triomphe de Job, ainsi que la sculpture représentant Saint Denis prêchant la foi de Nicolas Coustou (ill. 8).


7. Le bras gauche du transept avec le May de Laurent de La Hyre (9 mars 2020)
Photo : Didier Rykner
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8. Le bras gauche du transept avec le Triomphe de Job de Guido Reni et le Saint Denis de Nicolas Coustou (9 mars 2020)
Photo : Didier Rykner
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Ces trois œuvres n’ont pu être encore évacuées car la voûte au-dessus du transept comme de la nef doit encore être sécurisée, mais la plupart des autres tableaux ont été évacués de la cathédrale. On peut néanmoins encore y voir, dans une chapelle du déambulatoire, le superbe Magnificat de Jean Jouvenet (ill. 9), qui ne craint rien là où il est, en face du Mausolée du comte d’Harcourt de Jean-Baptiste Pigalle (ill. 10 à 12).


9. Le Magnificat de Jean Jouvenet
toujours en place (9 mars 2020)
Photo : Didier Rykner
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Si les stigmates de l’incendie sont visibles dans la nef et le transept, il n’en va pas de même dans le déambulatoire (ill. 13) : on pourrait croire, en s’y promenant, qu’il ne s’est rien passé. Plus surprenant encore : les très rares visiteurs peuvent voir les œuvres comme c’était impossible lorsque la cathédrale était ouverte, et que les chapelles étaient pour l’essentiel fermées au public. Au moins, ce drame aura-t-il servi à cela : le diocèse réfléchit déjà, avec la DRAC, à un parcours de visite plus ouvert lorsque la cathédrale sera rendue au culte.


10. Le Mausolée du comte d’Harcourt par Jean-Baptiste Pigalle (9 mars 2020)
Photo : Didier Rykner
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11. Le Mausolée du comte d’Harcourt par Jean-Baptiste Pigalle, détail (9 mars 2020)
Photo : Didier Rykner
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12. Le Mausolée du comte d’Harcourt par Jean-Baptiste Pigalle, détail (9 mars 2020)
Photo : Didier Rykner
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13. Déambulatoire de Notre-Dame de Paris
(9 mars 2020)
Photo : Didier Rykner
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La Vierge du pilier a rejoint l’église Saint-Germain-l’Auxerrois qui fait désormais, temporairement, office de cathédrale de Paris. Mais on voit encore la colonne qui la supporte et qui rappelle que cette sculpture insigne, qui n’a pas été touchée par l’effondrement partiel de la voûte (pas davantage d’ailleurs que les stalles ou les sculptures du Vœu de Louis XIII), a été miraculeusement épargnée à quelques centimètres près (ill. 14).


14. Vue du chœur de Notre-Dame avec les stalles (à gauche), les sculptures du tour de chœur (à droite), et au premier plan à droite le pilier de la Vierge au pilier (9 mars 2020)
Photo : Didier Rykner
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Nous avons donc pu monter dans les tours, en arrivant par la tour sud où se trouve également encore en place un tableau (ill. 15) que nous n’avons pas répertorié et dont nous n’avons pas retrouvé l’identité, si ce n’est qu’il semble du XVIIe siècle, et qu’il représente Moïse sauvé des eaux. Dans cette grande pièce, on trouve aussi sur un autel quatre boiseries sculptées (ill. 16) qui [1] semblent être des stalles du chœur. Ont-elles été déposées à l’époque de Viollet-le-Duc ?


15. Tableau du XVIIe siècle représentant Moïse sauvé des eaux dans la tour sud de Notre-Dame (9 mars 2020)
Photo : Didier Rykner
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16. Éléments de stalles dans la tour sud de Notre-Dame (9 mars 2020)
Photo : Didier Rykner
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De cette tour, et avant de parvenir sur la suivante, nous pouvons nous rendre sur la tribune de l’orgue où la vision de la nef est faite cette fois au-dessus du filet de protection (ill. 17 et 18). Puis nous passons dans la tour nord et pouvons monter jusqu’à l’extérieur, un endroit où sont forcément passés les pompiers qui, avec leurs lances, ont réussi à empêcher le feu de prospérer dans cette tour, et probablement sauvé ainsi tout l’édifice. Les sculptures faites sous la direction de Viollet-le-Duc sont toujours là, certaines contemplant l’étendue des dégâts.


17. Nef de Notre-Dame vue de la tribune de l’orgue (9 mars 2020)
Photo : Didier Rykner
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18. Trou dans la voûte de la nef causé par l’effondrement de la flèche (9 mars 2020)
Photo : Didier Rykner
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Nul ne sait, pour l’instant, quand le chantier pourra reprendre. À l’heure où nous publions cet article, il est désormais question - ce qui est logique - que le confinement dure en tout six semaines, ce qui signifie au moins jusqu’à fin avril. Dans le meilleur des cas donc, les travaux pourraient reprendre en mai, ce qui amènerait jusqu’au mois de septembre pour que l’échafaudage en partie fondu soit, une fois pour toutes, enlevé.


19. Pélican de l’atelier de Geoffroy-Dechaume, d’après Viollet-le-Duc
avec vue sur le toit de Notre-Dame (9 mars 2020)
Photo : Didier Rykner
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20. Éléphant de l’atelier de Geoffroy-Dechaume, d’après Viollet-le-Duc
(9 mars 2020)
Photo : Didier Rykner
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21. Stryge de l’atelier de Geoffroy-Dechaume, d’après Viollet-le-Duc
(9 mars 2020)
Photo : Didier Rykner
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22. Sculptures de l’atelier de Geoffroy-Dechaume, d’après Viollet-le-Duc
(9 mars 2020)
Photo : Didier Rykner
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