22/8/24 - Acquisition - Paris, Musée Carnavalet - En 2022, le Musée Carnavalet a acquis, auprès du marchand Ivan Rinaldi, une importante esquisse peinte de Philippe de Champaigne (ill. 1) préparatoire pour la tapisserie représentant La Naissance de la Vierge (ill. 2) autrefois à Notre-Dame et vendue, avec les treize autres de la même tenture, à la cathédrale de Strasbourg où elle est aujourd’hui conservée. Cette tapisserie était récemment exposée à Paris, au Mobilier National, dans l’exposition « Grands décors restaurés de Notre-Dame de Paris » (voir l’article).

La Naissance de la Vierge, 1638
Huile sur toile - 64 x 94,7 cm
Paris, Musée Carnavalet
Photo : Paris Musées (domaine public)
Le cardinal de Richelieu avait commandé à Philippe de Champaigne quatre cartons de tapisserie, dont seuls deux furent exécutés : La Naissance de la Vierge (ill. 3) et La Présentation de la Vierge au temple conservés au Musée des Beaux-Arts d’Arras (dont le format a changé après avoir été coupés). La mort du prélat interrompit l’entreprise, et ce ne fut que dix ans plus tard que Michel Le Masle, le chanoine de Notre-Dame qui avait été également secrétaire de Richeliu, la poursuivit. Jacques Stella réalisa un carton tandis que les onze autres étaient confiés à Charles Poerson.

The Birth of the Virgin, 1640
Wool and silk - 460 x 623 cm
Strasbourg, cathédrale Notre-Dame
Photo : Didier Rykner
Si la genèse de la tenture est donc bien connue et étudiée, celle de la première tapisserie, La Naissance de la Vierge, l’était beaucoup moins. On n’avait en effet retrouvé jusqu’ici aucune étude d’ensemble pour la composition. Seul un dessin au Louvre la reprend entièrement, mais s’il est aujourd’hui catalogué dans la base des collections comme de la main du peintre, son autographie et son caractère préparatoire sont beaucoup moins sûrs. Il s’agit peut-être d’une copie ou d’une œuvre de l’atelier comme le proposent respectivement Frédérique Lanoë (la spécialiste de l’artiste qui prépare la monographie à paraître aux éditions Arthéna) et Guillaume Kazerouni.
Le tableau achetée par le Musée Carnavalet, en raison des variantes et de son style assez libre, est en revanche incontestablement une esquisse préparatoire. Pour Frédérique Lanoë [1], il s’agirait même de la première pensée de l’artiste.

La Naissance de la Vierge, 1638
Huile sur toile - 435 x 430 cm
Arras, Musée des Beaux-Arts
Photo : Wikimedia (domaine public)
Celle-ci vient s’ajouter, dans les collections du musée parisien, aux quatre peintures de Charles Poerson en lien avec d’autres cartons de la série, toutes acquises ces quarante dernières années : L’Annonciation en 1987, La Nativité en 1991, Les Noces de Cana en 2003 (voir la brève du 10/12/03) et Le Repos pendant la fuite en Égypte en 2006 [2] (voir la brève du 15/7/06).
Notons néanmoins que, par rapport à ces œuvres, qui sont probablement plutôt des ricordi que des bozzetti, celle qui vient d’être acquise possède déjà sa bordure, conçue donc dès l’origine par Philippe de Champaigne plutôt que par un autre artiste spécialisé dans ce domaine comme c’est souvent le cas.