Un tableau de Willem de Poorter acquis par The Frances Lehman Loeb Art Center


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Willem de Poorter (1608 – après 1649/1651)
Le Grand Prêtre Coresus se sacrifiant
pour sauver Callirhoe
, 1635
Huile sur panneau - 69,5 x 45,5 cm
Poughkeepsie, The Frances Lehman Loeb Art Center
Photo : Haboldt Gallery

26/8/14 - Acquisition - Poughkeepsie, The Frances Lehman Loeb Art Center - Rendue célèbre par Fragonard, l’histoire de Corésus et de Callirhoé est rarement représentée au XVIIe siècle et encore moins dans la peinture néerlandaise. Seul Willem de Poorter illustra ce sujet tiré de la Description de la Grèce de Pausanias (VII, 21, 1-5) dans un tableau acheté par The Frances Lehman Loeb Art Center à la galerie Haboldt lors de la TEFAF 2014. L’œuvre, qui était passée par la collection du comte Joseph Truchsess1 au XIXe siècle, a reparu dans une vente à Monte-Carlo le 15 décembre 2012. L’institution américaine a par ailleurs acquis des dessins en 2014, notamment à la TEFAF, sur lesquels nous reviendrons.

Épris de Callirhoé et repoussé par elle, le grand prêtre Corésus supplia Dionysos de changer les sentiments de la jeune fille à son égard. Le dieu décima la ville de Calydon d’une folie mortelle et, afin que cesse la malédiction, exigea le sacrifice de Callirhoé ou de quiconque accepterait de se substituer à elle. N’ayant trouvé personne pour la remplacer, elle s’offrit en expiation ; Corésus brandit alors son couteau, hésita, et le retourna finalement contre lui. Callirohé, prise de remords, se donna la mort à son tour.

On sait peut de chose sur la vie de Willem de Poorter : sa présence à Haarlem est attestée en 1631 où il devint membre de la Guilde de Saint-Luc en 1634. On le présente souvent comme un élève de Rembrandt, ce qui est aujourd’hui contesté, bien qu’il fût sans doute influencé par les premières œuvres du maître. Il aurait travaillé avec Hendrick Pot (vers 1580-1657) comme l’indique la notice de la galerie Haboldt et est enfin signalé à Wijk en 1645 et en 1649.
Pour ce panneau, peut-être le peintre a-t-il lu le texte latin, mais il est plus probable que le sujet lui ait été dicté par un érudit. Il prend en tout cas quelques libertés, volontaires ou non, puisqu’il place le sacrifice au pied de Diane et non de Dionysos.
Le contraste des ombres et des lumières, l’éloquence des gestes, la diversité des expressions des visages, la disposition des personnages sur des marches, sont autant d’éléments qui participent de la théâtralité de la scène. Ce thème du sacrifice brillamment orchestré est récurrent dans l’œuvre de l’artiste, à qui l’on doit le Sacrifice de Salomon aux idoles (Amsterdam, Rijksmuseum), celui offerts aux Saints Paul et Barnabé à Lystres ou encore le Sacrifice de la fille de Jephté.
Le tableau du Rijksmuseum présente de nombreuses similitudes avec celui de Poughkeepsie : on retrouve la sculpture d’une divinité dressée sur un piédestal orné d’atlantes, un feu sur un autel cubique, les personnages disposés en gradins, l’auteur du sacrifice vêtu d’une grande toge blanche et couronné de feuillages, des pièces d’orfèvrerie enfin, que la lumière fait scintiller et que l’artiste reprend et détaille dans des peintures de natures mortes.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mardi 26 août 2014


Notes

1Reichserbtruchsessen Joseph Franz Anton, Graf von Waldburg-Zeil-Wurzach, 1748-1813.





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