Au Louvre, une console portant un bronze s’effondre


16/8/14 – Accident – Paris, Musée du Louvre – Une fois de plus, il faut rappeler aux musées que leurs collections appartiennent à tous. Et que le « secret défense » qui règne autour d’eux est intolérable1. Quand un accident arrive, il devrait être signalé plutôt que honteusement occulté, comme s’il n’était jamais arrivé, en cachant la vérité aux visiteurs.


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1. France, vers 1713
Console
Bois doré, marbre - 90 x 145 x 64 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN-GP/T. Ollivier
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2. Cartel de la console
16 août 2014
Photo : Didier Rykner

Ainsi, dans les nouvelles salles des objets d’art du Louvre, dans la pièce Le Bas de Montargis précisément, où Jacques Garcia a refait plus des deux tiers du décor2, deux objets sont signalés absents, l’un pour restauration : une console du début du XVIIIe siècle (ill. 1 et 2) ; l’autre pour « étude » : la réduction en bronze du Louis XIV de Girardon (ill. 3 et 4). On pouvait s’interroger : comment un meuble qui venait d’être installé avait-il déjà besoin d’être restauré, et quelle étude devait-on mener sur ce bronze ?


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3. D’après Françosi Girardon (1628-1715)
Louis XIV en empereur romain, début XVIIIe
Bronze - 61 x 90 x 27,5 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN-GP/T. Ollivier
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4. Cartel du bronze d’après Girardon
16 août 2014
Photo : Didier Rykner

Le Louis XIV, en réalité, n’a pas du tout été retiré pour « étude », ou alors il faudrait préciser pour étude des dégâts qu’il a subi ! En effet, il y a quelques jours le pied de la console a lâché, celle-ci s’est effondrée entraînant le bronze dans sa chute.


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5. La console et le bronze avant l’accident
Photo : RMN-GP/O. Ouadah (détail)
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6. Ancien emplacement de la console et du bronze
16 août 2014
Photo : Didier Rykner

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7. Console effondrée, le 26 juillet
2014 à 16 h 20
Photo : Éric Tarcelin

Cet accident était sans doute évitable. On connaissait déjà la faiblesse du pied de la console qui était précisée dans le dossier de l’œuvre (celle-ci s’était une première fois effondrée en 1974). Mais devant le retard du chantier, comme nous l’avions écrit, tout a été fait trop rapidement. Et donc, parfois, mal.
Mais le point le plus contestable - un accident est toujours possible, le risque zéro n’existant pas - c’est la manière dont le Louvre cache systématiquement ce genre d’affaire, préférant mentir au public (« enlevé pour "étude" ») plutôt que de communiquer sur la réalité des faits. Il est légitime de savoir dans quel état se trouvent ces œuvres, et quel type de restauration elles vont subir. Malgré les vacances et le long week-end, la communication du Louvre a répondu à nos questions : la console est en cours de restauration et, fort heureusement, son marbre et le bronze n’auraient subi aucun dommage, ce dernier devant bientôt être à nouveau exposé.
Le Louvre est d’abord au service du public. Il n’a pas pour mission de cacher ce qui se peut arriver à des collections qui appartiennent à tous. Nul doute que si nous n’avions pas publié cet article, seules quelques personnes du musée auraient été au courant.

Mise à jour 16 août 2014 : grâce à Éric Tarcelin, un lecteur présent au Louvre le jour de l’accident (il s’agit donc du 26 juillet), nous pouvons publier ici une photo prise juste après (ill. 7).

Nouvelle mise à jour 16 août 2014 : : en 2008, au Metropolitan Museum de New York, un relief en terre cuite vernissée d’Andrea della Robia était tombé et s’était brisé. Aussitôt, un communiqué de presse avait été publié par le musée pour faire part de cet accident...


Didier Rykner, samedi 16 août 2014


Notes

1Nous avons été interviewé un jour par une journaliste qui était plutôt spécialisée dans le nucléaire. Elle nous avait affirmé, stupéfaite, que ce milieu était bien plus transparent que celui des musées.

2Contrairement à ce qui nous avait été promis, aucun cartel ne distingue clairement le faux du vrai.





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