Un tableau de Decamps disparu du Louvre retrouvé à Drouot


20/12/16 - Musée - Paris, Musée du Louvre - Decamps ayant été un des artistes les plus copiés du XIXe siècle, le nombre d’œuvres qui lui sont faussement attribuées est considérable, et il en passe de temps en temps en vente à l’hôtel Drouot. C’était l’inverse qui devait arriver demain 21 décembre lors d’une vacation avec catalogue1 organisée par la société Eve : un tableau authentiquement de l’artiste (ill. 1) devait passer comme « École française du XIXe siècle », « portant la signature Decamps » (ce qui, dans le langage des catalogues, signifie que la signature est apocryphe).


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1. Alexandre-Gabriel Decamps (1803-1860)
Le Campement de bohémiens
Huile sur (papier marouflé ?) sur panneau - 18 x 24,8 cm
Retiré de la vente du 21 décembre 2016
Photo : SVV Eve
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2. Photo Braun représentant le tableau d’Alexandre Decamps
disparu du Louvre et venant selon toute vraisemblance
d’être retrouvé dans une vente à Drouot
Paris, Documentation des peintures du Musée du Louvre
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Plus ennuyeux cependant : il semble certain qu’il s’agit d’un tableau appartenant au Musée du Louvre, provenant de la donation Thomy Thiéry, et qui avait disparu entre 1973 et 1977, information qui nous a été signalée par Jacques Ranc, spécialiste de l’artiste2, le récolement du 15 janvier 1977 ne l’ayant pas retrouvé en réserves ! Le catalogue sommaire des peintures du Musée du Louvre et du Musée d’Orsay le précise d’ailleurs : « tableau disparu ». Une photographie Braun que l’on trouve dans la documentation du département des peintures, très précise, montre qu’il s’agit bien de la même œuvre3 (ill. 2). Selon nos informations, un conservateur du Louvre a pu constater sur place qu’il s’agissait sans l’ombre d’un doute du tableau du musée. La SVV Eve, dont nous ne mettons pas la bonne foi en cause, l’a bien entendu retiré de la vente.

Jacques Ranc a tenu à nous préciser qu’il s’agit d’« une des œuvres emblématiques de la manière extrêmement spontanée et vigoureuse de Decamps pour représenter des sujets populaires. Ce type de tableaux a ébloui George Sand et Balzac ».
Il est vrai que l’artiste n’est pas toujours bien considéré alors qu’il était, lors de l’Exposition Universelle de 1855, célébré avec Ingres et Delacroix comme l’un des artistes majeurs de son temps. Le Louvre pourrait d’ailleurs, à cette occasion, ressortir des réserves La Caravane dans le désert qui n’est plus accrochée sur ses cimaises.

Le Campement de bohémiens, qui provient d’une succession comme nous l’a confirmé le commissaire-priseur, doit désormais faire l’objet d’une demande officielle de restitution et retourner au Louvre [Addendum du 21/12 : le ministère de la Culture nous a confirmé que la restitution allait être demandée]. Si le petit Henri III au pied du Christ en croix de la fin du XVIe siècle retrouvé dans des circonstances analogues en 2014 (voir la brève du 14/10/14) a bien regagné le musée, les deux fragments de tableau du Guerchin (voir la brève du 4/6/15), qui n’ont finalement pas été vendus, ne lui ont cependant toujours pas été restitués alors même qu’il ne fait aucun doute qu’ils appartiennent bien au patrimoine public. Le ministère de la Culture n’a en effet entrepris aucune démarche pour les récupérer depuis la demande de restitution amiable, qui date de plus d’un an. Quant au Portement de Croix de Nicolas Tournier, restitué depuis il y a cinq ans, il vient seulement de revenir à Toulouse (voir la brève précédente) !


Didier Rykner, mardi 20 décembre 2016


Notes

1Mais sans qu’aucun expert ne le présente.

2Celui-ci, qui avait également informé le Louvre, avait lui-même été prévenu de cette vente par un jeune amateur, Xavier de Palmaert, qui l’avait repérée sur internet.

3Nous n’avons pu voir le tableau. Celui-ci est indiqué comme peint sur papier marouflé sur panneau, tandis que le catalogue du Louvre indique comme support un panneau. S’il s’agit bien d’un papier collé sur panneau, cette approximation n’est pas étonnante, d’autant que les rédacteurs du catalogue de 1986 n’avaient plus l’œuvre sous la main.





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