Tout ça pour ça...


JPEG - 72 ko
James Abbott McNeill Whistler (1834-1903)
Arrangement en gris et noir n°1, dit aussi
Portrait de la mère de l’artiste
Huile sur toile - 144,3 x 162,5 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : RMN-GP/J.-G. Berizzi

La liste des œuvres « prêtées » par le Louvre à Abu Dhabi (il est étrange que le terme exact « louées » ne soit jamais utilisé ; pudeur sans doute) vient d’être dévoilée et nous la mettons en lien ici.
Nous avions déjà révélé en exclusivité les envois qui nous paraissent réellement scandaleux : La Belle Ferronnière de Léonard de Vinci, le groupe d’Apollon servi par les Nymphes de François Girardon, Le Fifre de Manet (quinzième déplacement en quinze ans !)… On en compte d’autres, en particulier La mère de l’Artiste de Whistler, une icône du Musée d’Orsay que les touristes américains viennent voir en priorité.
Ce qui frappe également, c’est le nombre d’œuvres fragiles en raison de leur taille et/ou de leur matériau. C’est ainsi le cas d’une Femme debout de Giacometti, haute de 2,75 m et large de seulement 32 cm, ce qui la rend particulièrement difficile à transporter.

S’agissant, contrairement au Louvre-Lens, d’objets envoyés par divers musées (13 au total), il est cependant vrai que l’effet de déshabillage du Louvre est moins visible.
Mais si l’on rajoute ces œuvres à celles déjà acquises par le Louvre Abu-Dhabi, on voit bien qu’il s’agit d’un échantillonnage traversant quelques milliers d’années que l’on aurait pu choisir complètement différent. Rien de scientifique là dedans, rien même de pédagogique : un rassemblement d’œuvres sans logique n’a jamais fait une exposition, il n’a même jamais fait un musée. Les vraies collections ont des points forts, des ensembles qui témoignent de leur histoire. Il ne s’agit ici que d’une accumulation vendue contre de l’argent. Il n’y a aucune âme.

Tout ça pour ça, aimerait-on dire, si l’envoi dans une région du monde encore plus instable qu’elle ne l’était il y a sept ans, à la signature du contrat de location, ne constituait pas un risque supplémentaire pour les œuvres des musées français.


Didier Rykner, dimanche 12 octobre 2014





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Éditorial : Anne Hidalgo et les musées 0.0

Article suivant dans Éditorial : Les Zzz réinterrogent les fondamentaux de l’espace public au Panthéon