Anne Hidalgo et les musées 0.0


Anne Hidalgo et son action désastreuse à la tête de la Mairie de Paris constituent des sujets récurrents de La Tribune de l’Art. Si certains pensent que nous en parlons trop, qu’ils sachent que le jour où elle cessera sa politique contre le patrimoine et les musées (peu probable) ou celui où elle quittera ses fonctions (une perspective hélas bien lointaine) nous arrêterons immédiatement de l’évoquer. Cela ne sera sans doute malheureusement pas demain, d’autant que se profilent d’autres scandales sur lesquels nous sommes en train d’enquêter…

Nous reviendrons cependant dans cet éditorial sur son « budget participatif », un gadget démagogique et populiste consistant à demander aux parisiens de voter pour des projets concernant 5% du budget de la ville (voir aussi notre chronique de La Semaine de l’Art n° 26).
La maire de Paris présente cette première opération comme une grande réussite, avec une participation de 40 745 personnes. Sur 2,25 millions de parisiens : beau succès en effet ! Puisque madame Hidalgo prête tant d’attention à la voix populaire, on se demande pourquoi elle ne prend pas en compte les 59 115 signatures (à ce jour) recueillies par la pétition s’opposant à son scandaleux projet de massacre des Serres d’Auteuil ! En réalité, madame Hidalgo aime le peuple quand il va dans son sens. On peut ainsi rappeler cette réunion publique sur la canopée des Halles, organisée il y a quelques années, où de nombreux riverains avaient posé des questions particulièrement hostiles au projet. À la fin, son micro était resté malencontreusement branché et les centaines de personnes présentes purent l’entendre dire : « De toute façon, ils peuvent dire ce qu’ils veulent, on fera ce qu’on voudra ». Pour Anne Hidalgo, la « concertation » ne vaut que pour ceux qui sont d’accord avec elle1.

Les projets proposés cette année étaient pour une grande part des gadgets démagogiques et inutiles choisis par la ville de Paris elle même, et aucun ne concernait le patrimoine. Seul un d’entre eux pouvait présenter un véritable intérêt2 : la mise en ligne des collections des musées de la Ville de Paris. Mais, d’une part la plupart des musées importants offrent depuis longtemps un tel outil aux internautes, d’autre part, cela fait plusieurs années que ces collections sont théoriquement en ligne puisqu’une base a été lancée il y a près de quatre ans. Certes, à l’origine très pauvre, celle-ci s’est beaucoup enrichie pour les œuvres des musées (mais pas pour les églises puisqu’on ne compte que 65 œuvres avec images). Mais son interrogation est toujours aussi peu ergonomique (voir ce que nous en disions alors) et, surtout, elle reste fréquemment inutilisable pendant des semaines, voire des mois (on aboutit à un message d’erreur). Elle l’était encore aujourd’hui au moment où nous avons commencé la rédaction de cet article, mais elle est accessible alors que nous le publions. Bon courage cependant à ceux qui l’utilisent, qui ne doivent pas être très nombreux puisque ses dysfonctionnements récurrents ne semblent gêner personne. Bref, ce qui devrait être, en 2014, un travail de base des musées parisiens est encore très imparfait, et la mairie de Paris demande aux Parisiens s’il faut le faire. Pourquoi, tant qu’on y est, ne pas leur demander si l’on veut une ville nettoyée (au moins pourraient-ils voter oui, et aurait-on peut-être une chance de la voir propre…) ?

Moins de 2% des Parisiens ont voté, mais pas pour le projet « musées 3.0 », qui n’a donc pas été retenu. Les musées de la Ville de Paris peuvent attendre encore longtemps une base de données performante et complète de leurs collections. Mais ils ont l’habitude : ils attendent aussi des budgets de fonctionnement décents qui leur permettraient d’ouvrir correctement leurs salles, ou des budgets d’acquisition qui leur donneraient les moyens de s’enrichir. À moins qu’Anne Hidalgo et Bruno Julliard ne lancent une souscription pour mettre en place ces « musées 3.0 » ?


Didier Rykner, mardi 7 octobre 2014


Notes

1Une autre anecdote nous a été racontée : alors que la ville avait décidé de détruire le jardin Lalanne qui se trouvait également aux Halles, une réunion avait été organisée suite aux demandes des opposants. Anne Hidalgo a alors déclaré en préambule : « la décision a été prise elle est irrévocable, mais comme nous sommes démocrates, nous vous laissons vous exprimer »...

2Même si, bien entendu, il était appelé d’une manière totalement grotesque : « Musées Parisiens 3.0 ». On aimerait déjà avoir des « musées 2.0 », pour parler branché. Mais avec la Mairie de Paris on a surtout des musées 3 x 0.





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