Les groupes sculptés des Bains d’Apollon envoyés à Arras et Abu Dhabi


Apollon servi par les nymphes et les Chevaux du soleil, groupes sculptés par François Girardon, Thomas Regnaudin, Gilles Guérin et Gaspard Marsy, font partie des sculptures les plus importantes de Versailles et sans doute de toute l’histoire de l’art français.
Créés à l’origine pour être installés dans la grotte de Téthys, déménagés une fois avant de trouver leur emplacement dans un bosquet remodelé en 1778 par Hubert Robert, ces groupes avaient beaucoup souffert de leur exposition à l’air libre et du vandalisme, comme en témoignait notre article paru le 25 mars 2007.


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1. François Girardon (1628-1715) et
Thomas Regnaudin (1622-1706)
Apollon servi par les Nymphes
Marbre
En 2006, encore en place
Photo : Didier Rykner
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2. François Girardon (1628-1715) et
Thomas Regnaudin (1622-1706)
Apollon servi par les Nymphes
Marbre
Versailles, Musée national du château
Photo : RMN-GP/G. Blot

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3. Gilles Guérin (1611/1612-1678)
Les chevaux du Soleil s’abreuvant
Marbre
Versailles, Musée national du château
Photo : EPV

La décision de les mettre à l’abri ayant finalement été prise, des moulages furent réalisés qui remplacèrent les originaux (voir cet article). Désormais, les Bains d’Apollon allaient pouvoir être présentés aux visiteurs de Versailles et définitivement sauvegardés.
C’était compter sans l’établissement public de Versailles. Celui-ci, présidé par Catherine Pégard, a en effet décidé que ces sculptures étaient désormais des biens meubles, des œuvres de musée comme les autres dont on peut disposer à son bon vouloir. Négligeant leur importance unique pour Versailles et, surtout, la fragilité par nature d’un ensemble de marbres de cette taille, surtout après plus de trois siècles passés à l’extérieur, il a été décidé non seulement de les envoyer pour un an à Arras dans le cadre de l’exposition « Le château de Versailles en 100 chefs-d’œuvre » (tout un programme, nous y reviendrons), mais également au Louvre Abu Dhabi, dès l’ouverture fin 2015, pour y être présentés pendant au moins un an.

L’envoi à Abu Dhabi des Bains d’Apollon est (était désormais) un secret puisque officiellement ce sont les Émiriens qui communiqueront sur cette première exposition et son contenu. Ainsi, Versailles n’a pas voulu répondre à nos questions1, le service de presse nous ayant dit : « [Nous n’avons], pour [notre] part, pas les réponses à vos questions. À [notre] connaissance, c’est l’Agence France-Muséums qui gère la communication sur ce sujet et donnera plus d’informations à la rentrée. » France-Muséums n’a pas pu ou voulu (il est vrai que c’est la période des vacances) nous répondre, et le Louvre nous a répondu par la voix d’Adel Ziane, directeur adjoint de la Communication, qui n’avait pas davantage d’informations, Jean-Luc Martinez ne pouvant être joint.
Que Catherine Pégard n’ait pas la moindre idée de la fragilité d’un tel groupe et du scandale que constituerait son envoi à Abu Dhabi (et à Arras d’ailleurs également), n’a rien d’étonnant. On aimerait en revanche comprendre comment Béatrix Saule, conservatrice du patrimoine et Jean-Luc Martinez, conservateur du patrimoine, peuvent accepter une telle folie. Nos colonnes sont à leur disposition. On leur rappellera, par exemple, que la grotte de Lascaux, trop fragile, ne peut plus être visitée par personne ou presque. Comment continuer à justifier de telles précautions quand un groupe de sculptures d’une importance comparable est aussi mal traité ?

Nos prévisions les plus pessimistes à propos du Louvre Abu Dhabi s’avèrent hélas exactes. Et pourtant, d’après nos informations, il semble bien qu’en l’occurrence cette fois l’agence France-Muséums ne soit pas responsable de ce scandale, la décision ayant été prise au plus haut niveau de Versailles et du Louvre.
On ne peut accepter que les Bains d’Apollon, que l’on a remplacés par une copie pour les protéger, soient ainsi mis en danger par ceux qui ont la charge de les conserver.


Didier Rykner, mardi 5 août 2014


Notes

1Nous avons envoyé notre mail à la fois au service de presse, à Catherine Pégard, et à son secrétariat.





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