Paris, capitale mondiale de l’art ?


Ce texte est la transcription de la chronique de l’émission La Semaine de l’Art du 23 octobre qui n’a malheureusement pas été enregistrée. Sa lecture est réservée aux abonnés.

« Paris s’affirme comme la capitale mondiale de l’art » : voici le fier communiqué qu’a envoyé Anne Hidalgo vendredi dernier, pour expliquer que « Paris rayonne comme nulle autre ville au monde ». Une affirmation reprise à l’envi par la presse pour souligner l’ouverture simultanée du Musée Picasso, de l’Hôtel de la Monnaie et de la Fondation Vuitton. Pour un peu, on pourrait croire que la Mairie de Paris a financé tous ces projets alors qu’elle n’est responsable d’aucun.
Pour le Musée Picasso, sa participation s’est résumée à autoriser l’édification d’une pergola de métal dans le jardin, construction depuis heureusement disparue. Pour l’hôtel de la Monnaie, on chercherait en vain ce qu’a fait la municipalité. Quant à la Fondation LVMH, l’apport de la Mairie de Paris s’est limité à permettre à Bernard Arnault de se libérer des contraintes légales qui empêchaient théoriquement la construction d’un monument aussi haut dans le bois de Boulogne sur une parcelle classée espace vert inconstructible.

Revenons un instant sur cet événement dont les louanges ont été chantées par l’intégralité de la presse (à l’exception peut-être du Canard Enchaîné). Il faut dire, nous l’avons rappelé ici à propos de la Samaritaine, que LVMH est le principal pourvoyeur de publicité pour les journaux français. Ça impressionne toujours et il serait malvenu de lui faire de la peine…
Je n’ai pas encore visité le bâtiment de Franck Gehry. Il s’agit d’art contemporain et nous n’avons donc, fort logiquement, pas reçu d’invitation. Mais les photos parues dans la presse ainsi que ce que nous en ont rapporté les amis qui ont pu le voir laissent penser que la réussite architecturale est réelle.
Est-ce une raison pour oublier les conditions dans lesquelles celle-ci a pu se faire ? Les passe-droits donnés par la ville pour ne pas respecter le PLU ? Et le vote d’un cavalier législatif pour autoriser in fine sa construction ? La fin justifie-t-elle de tels moyens et à quoi sert la législation lorsqu’elle peut être triturée pour complaire aux puissants ? Voilà des questions qui méritaient au moins d’être posées. Mais cela aurait sans doute déplu à Bernard Arnault : attention aux budgets publicitaires !

Oui, Paris est bien la capitale mondiale de l’art : aucune ville n’a une offre de musées et d’expositions aussi importantes. Il y a beaucoup moins d’expositions dans les musées londoniens ou new yorkais qu’il n’y en a à Paris, au point parfois qu’il est à peu près impossible de tout voir. A cela s’ajoute que la capitale française est l’une des plus belles villes du monde et qu’elle attire à ce titre des millions de touristes.
Mais on ne peut à la fois proclamer que Paris est la capitale mondiale de l’art et s’efforcer méthodiquement de détruire son histoire et son charme. On ne peut proclamer que Paris est la capitale mondiale de l’art et laisser se dégrader à ce point le Pont des Arts qui désormais associe les tags aux cadenas. On ne peut proclamer que Paris est la capitale mondiale de l’art et vouloir la transformer en une mégalopole comme on en trouve un peu partout, en laissant construire tout et n’importe quoi. On ne peut proclamer que Paris est la capitale mondiale de l’art et laisser s’écrouler ses églises. On ne peut proclamer que Paris est la capitale mondiale de l’art et diminuer sans cesse les budgets de ses musées…
Oui, madame Hidalgo, Paris est la capitale mondiale de l’art. J’allais dire malgré vous.


Didier Rykner, mercredi 29 octobre 2014





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Chroniques : Chronique Semaine de l’Art n° 28 : Des DRAC impuissantes ?

Article suivant dans Chroniques : Chronique Semaine de l’Art n° 29 : Paris et les expositions