Tours : la Commission nationale des secteurs sauvegardés dit non à l’aile Cligman


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Projet d’aile Cligman dans le jardin du Musée
des Beaux-Arts de Tours
© Bodin et associés architectes

13/11/16 - Patrimoine - Tours, Musée des Beaux-Arts - En ces temps où les mauvaises nouvelles s’accumulent, il n’est pas négligeable de pouvoir en donner une bonne, même si celle-ci n’est qu’une pièce d’un dossier complexe qui voit, une fois de plus, le « ministère de la Culture » se placer du côté des destructeurs du patrimoine.
Nous voulons parler du dossier de l’extension du Musée des Beaux-Arts de Tours. Il n’est pas indifférent en effet que la Commission nationale des secteurs sauvegardés, que l’on voulait court-circuiter (voir l’article) mais qui a finalement été consultée devant les multiples protestations, vienne de rendre (le 10 novembre), à l’unanimité, un vœu négatif pour ce projet. Cette commission est composée d’élus et de personnalités qualifiées. Il n’y a pas ici de représentants de l’État en tant que tels, ceux qui y sont nommés le sont à titre personnel, en tant que personnalités qualifiées. Que pas une voix ne se soit ici élevée pour défendre ce projet indéfendable est donc assez remarquable, surtout lorsque l’on considère la manière dont se sont déroulées la Commission locale du secteur sauvegardée (le 8 septembre) et la Commission départementale de la nature, des paysages et des sites1 (le 9 septembre) qui ont toutes deux approuvé, à une large majorité, le projet vandale.

La lecture du compte rendu de la réunion du 9 septembre (le seul que nous ayons pu nous procurer) est édifiante. On y voit un architecte des bâtiments de France, Franck Charnassé, déclarer que ce projet « à la fois par son implantation, ses gabarits et ses matériaux est de nature à s’intégrer au site » ! Profitons-en pour donner ici la seule vue du projet tel qu’il a été publié par Sites et Monuments, ce qui permettra d’admirer avec quelle délicatesse ce bâtiment qui « reprend d’une manière actuelle des paramètres architecturaux qui sont liés à l’architecture du 18ème siècle » (sic, nouvelle affirmation de M. Charnassé) va se coller à la façade du Musée des Beaux-Arts, comment il contribuera à défigurer le jardin à la française sur lequel il voudrait s’édifier et la manière dont il cachera les terrasses du XVIIIe siècle qui épousent la forme de la muraille gallo-romaine…

Qu’une Directrice régionale des affaires culturelles soutienne un tel projet et qu’un ABF le défende, voilà qui doit scandaliser. On se réjouit au moins que l’association Patrimoine Environnement ait, grâce au vote négatif de son président en commission nationale des secteurs sauvegardés, eut l’occasion de préciser une position jusque là pour le moins ambiguë. Car on trouve encore sur son site un article vantant les mérites du projet tandis que son délégué régional et départemental défendait vigoureusement celui-ci dans la Commission départementale de la nature, des paysages et des sites, concluant que « l’association qu’il représente est favorable à ce projet ». Il est heureux qu’il ait été finalement désavoué.

Rappelons néanmoins que l’avis de la Commission supérieur des secteurs sauvegardés n’est que consultatif. Faut-il encore faire confiance au « ministère de la Culture » dans son état actuel (voir l’article) ? Rien n’est moins sûr, hélas.


Didier Rykner, dimanche 13 novembre 2016


Notes

1Où se trouvent, en revanche, des représentants de l’État et des représentants des collectivités territoriales concernées.





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