Aile Cligman : la commission nationale des secteurs sauvegardés court-circuitée


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Jardin du Musée des Beaux-Arts de Tours
menacé par la construction de l’aile Cligman
Photo : Didier Rykner

Pour la construction d’une nouvelle aile au Musée des Beaux-Arts de Tours, il faut aller vite. C’est la consigne qui semble prévaloir au niveau de la DRAC du Centre, sans que personne au niveau national ne trouve rien à y redire, d’autant que, selon nos informations - confirmant ainsi celles de La Tribune de Tours qui l’a déjà écrit - le président de la République lui-même serait intervenu pour soutenir le projet de Léon Cligman dont les relations semblent très haut placées.
La commission locale du secteur sauvegardé est convoquée le 8 septembre prochain, à 15 h, par le maire de Tours Serge Babary. Elle doit examiner le projet de modification du plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) qui permettrait cette opération. Inutile de dire que les dés sont pipés et que le bon sens n’a aucune chance de prévaloir. La commission est en effet constituée aux deux tiers de représentants de l’État et de représentants de la mairie, tous aux ordres. La procédure est entièrement biaisée. Comment l’architecte des bâtiments de France (retenons son nom, il s’agit de Franck Charnassé) ou le directeur régional des Affaires Culturelles (Sylvie Le Clech) peuvent-ils donner, en conscience, leur autorisation à ces travaux ? Que le ministère de la Culture1 se prête à cette monstrueuse opération est absolument révoltant.

Plus grave encore : pour réussir leur coup, la DRAC et la mairie veulent court-circuiter la commission nationale des secteurs sauvegardés. Même si le poids des élus et de l’administration y est également très fort, celle-ci est moins soumise aux pressions locales et le résultat ne serait pas forcément aussi facile à obtenir. Ils prétendent donc qu’il ne s’agit que d’une simple « modification » du plan de sauvegarde et de mise en valeur, ce qui les dispense de l’obligation de passer par la commission nationale. Mais ce tour de prestidigitation est un peu trop visible. Le code du patrimoine prévoit en effet qu’une modification « ne porte pas atteinte à [l’]économie générale [du plan de sauvegarde] », sinon il s’agit d’une révision. Comment peut-on prétendre que construire un bâtiment de 1100 m2 et deux niveaux, à cet emplacement, au cœur du vieux Tours, sur un bâtiment classé2 n’est qu’un aménagement et qu’il ne change pas fondamentalement la nature du secteur sauvegardé, qui n’aura plus de sauvegardé que le nom.

À quoi sert un secteur sauvegardé, s’il peut être en partie vandalisé sans autre forme de procès et sans suivre la procédure normale ? À quoi sert l’architecte des bâtiments de France s’il n’est pas là pour protéger le patrimoine mais pour se plier aux ordres de sa hiérarchie ? À quoi sert la loi patrimoine qui vient d’être votée ? À quoi sert le ministère de la Culture ? Une fois de plus, à rien. Fort heureusement, les associations de protection du patrimoine veuillent et cette belle mécanique pourrait bien facilement dérailler. Il ne faut en revanche pas trop compter sur l’enquête publique dont on sait que son avis - d’ailleurs consultatif - n’est généralement là que pour conforter les élus dans leurs projets.

Il reste que l’échéancier du projet tel que l’imagine la ville de Tours laisse rêveur, et prouve que ses promoteurs considèrent que tous les protagonistes ont déjà donné leur accord. Le permis de construire a été déposé en juin, et il est déjà prévu que l’enquête publique commence en octobre pour ne durer qu’un mois ! L’avis du préfet doit être donné à la mi-décembre (chacun sait qu’il sera positif, celui-ci étant favorable au projet), ainsi que celui du ministère de l’Environnement (au titre des sites classés). Le début du chantier est prévu en mars 2017. Rarement on aura vu une telle célérité pour vandaliser un des lieux les plus protégés de France.


Didier Rykner, jeudi 1er septembre 2016


Notes

1Nous avons contacté la DRAC et le ministère de la Culture à Paris, qui n’ont pas répondu à nos questions.

2Le bâtiment n’est pas seulement aux abords de l’ancien évêché, il le modifie puisqu’il s’y rattache directement.





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