Restauration du passage Pommeraye à Nantes


18/6/15 - Patrimoine - Nantes, Passage Pommeraye - Construit sous Louis-Philippe à l’initiative d’un homme d’affaire nantais Louis Pommeraye, et de son associé Charles Guilloux, le passage qui porte son nom est un des plus beaux et des plus originaux de tous les passages couverts construits en France au XIXe siècle (ill. 1 et 2).


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1. Passage Pommeraye à Nantes
après restauration
Vue vers la partie basse
Photo : Didier Rykner
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2. Passage Pommeraye à Nantes
après restauration
Vue vers la partie basse
Photo : Didier Rykner

S’il est probable qu’il fut inspiré par les passages parisiens créés à la même époque, les deux architectes Jean-Baptiste Buron et Hyppolite-Louis Durand-Gasselin ont fait preuve d’une créativité et d’une fantaisie tout à fait originale. Installé sur un terrain en pente, ils font de cette contrainte un atout en construisant un magnifique escalier monumental. Le décor est d’un raffinement extrême, multipliant les sculptures allégoriques portant les luminaires (l’éclairage, à l’époque, est au gaz), les décors en stuc d’inspiration, les éléments en fonte, des angelots et rinceaux peints en grisaille, le tout dans un esprit néo-renaissance (ill. 3 et 4).


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3. Passage Pommeraye à Nantes
après restauration
Sculpture allégorique et décor peint
Photo : Didier Rykner
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4. Passage Pommeraye à Nantes
après restauration
Sculptures allégoriques et décor peint et en stuc
Photo : Didier Rykner

Malgré le succès que connaît le passage, tant du point de vue commercial (de nombreuses boutiques s’y installent) que populaire (il s’agit du lieu à la mode), la Société Pommeraye fait faillite en 1849, faute d’une bonne gestion et en raison de la crise économique de 1847 aggravée par la Révolution de 1848.
Au fil du temps, si le passage ne fut pas profondément modifié (sauf par l’adjonction de boutiques sous l’escalier qui réduisit nettement son caractère spectaculaire), de nombreux éléments avaient fini par disparaître ou se dégrader. La restauration, menée par l’achitecte du patrimoine Yves Steff (la galerie est classée monument historique depuis 1976), s’est déroulée sur deux années de 2013 à 20151. Elle a consisté essentiellement à reconstituer l’état d’origine en se basant sur ce qui subsistait assez largement du décor original, et à nettoyer l’ensemble de la galerie. Le résultat nous semble parfaitement réussi.


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5. Lampadaires et bacs à fleurs dessinés
par l’architecte Yves Steff
sur la place Graslin à Nantes
Photo : Didier Rykner

Il est dommage que, sortant de ce passage remarquablement restauré, on découvre que la belle place Graslin, qui date de la fin du XVIIIe siècle, a été affublée récemment (cela date de fin 2013), et par le même architecte Yves Steff (capable, apparemment, du meilleur comme du pire), d’horribles et vulgaires lampadaires verts qui ressemblent à du caoutchouc, accompagnés de bacs à fleurs encore pire, si cela est possible2 (ill. 5). Le mobilier urbain – pots de fleurs, réverbères, panneaux de signalisation, abri bus, sanisettes… sans compter bien sûr les panneaux publicitaires - sont un des fléaux qui défigurent nos villes. On se demande comment les architectes des bâtiments de France peuvent tolérer cela.


Didier Rykner, jeudi 18 juin 2015


Notes

1Le financement total des travaux s’est monté à 4 653 660,95 € TTC (Ville de Nantes : 1 250 000 € TTC, Ministère de la Culture et de la Communication/DRAC des Pays de la Loire : 1 158 000 € TTC, Pommerim : 1 495 000 € TTC.

2Encore n’a-t-on pas vu la place de nuit, ce qui, si l’on en croit la description de cet article de nantes.maville.com doit être du meilleure goût.





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