Les Salons Mauduit sont sur le point de disparaître


18/6/15 - Patrimoine - Nantes, Salons Mauduit - Les Salons Mauduit, cela ne fait désormais aucun doute, vont être détruits, s’ils ne le sont déjà. Le bâtiment qui les contient était encore debout à l’heure où nous publions cette brève (ill. 1), mais celui qui les jouxte a déjà disparu sous les coups des bulldozers (îll. 2), et il semble bien que les démolitions intérieures aient déjà commencé, avec une « dépose soigneuse des sculptures ». Qui a fait ou fera cette dépose ? On n’en saura rien puisque le panneau règlementaire de travaux ne précise le nom d’aucune entreprise spécialisée dans le domaine des monuments historiques.


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1. Entrée des Salons Mauduit à Nantes
État du 18 juin 2015
Photo : Didier Rykner
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2. Travaux de démolition jouxtant les Salons Mauduit à Nantes
État 18 juin 2015
Photo : Didier Rykner

Et quand bien même, c’est toute l’architecture de ces pièces de style paquebot (ill. 3) qui va disparaître, pour être reconstruite « à l’identique » en sous-sol, sur une seule pièce… Imaginons qu’on détruise un tableau pour la repeindre « à l’identique » et on comprendra l’absurdité de ce concept. On comprendra surtout, en voyant les beaux panneaux de vente de « votre futur appartement d’exception » (ill. 4) quelle est la vraie raison de cette destruction.


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3. Grande salle des salons Mauduit
Au fond à gauche, reliefs de Guery et Andrei
Photo : Inventaire région Pays de la Loire
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4. Affiche de vente des « appartements d’exception »
À droite, l’affiche affirme : « le Salon Mauduit sera reconstruit à l’identique »
Photo : Didier Rykner

Cette histoire lamentable montre aussi la façon dont l’État se couche devant les élus locaux, au point qu’on se demande si la France est encore un pays ou déjà une fédération, voire à nouveau une société féodale. À quoi sert un préfet ? À envoyer une lettre au président de Nantes Métropole pour lui dire que l’État était « conscient du plus haut intérêt de cet ensemble d’architecture intérieure et de décors Art déco, datés de 1937. En effet, ces décors forment un ensemble cohérent unique, comprenant des verrières, des rampes, des luminaires, des mosaïques, des fresques en staff, ainsi qu’une oeuvre monumentale en relief due à Jean Dunand ». Mais qu’a fait le préfet, concrètement ? Rien. À quoi sert une DRAC ? À peu près à rien si elle n’est pas soutenue par le préfet et par le ministère de la Culture. À quoi sert le ministère de la Culture ? Parfois à se dresser, à raison, contre un particulier qui maltraite le patrimoine. Mais à rien dès qu’une volonté politique est en jeu. Quand a-t-on vu récemment le ministère de la Culture s’opposer à un élu local puissant ? Cela arrive parfois lorsqu’il s’agit un maire de petite ville (ce fut le cas par exemple pour l’église de Saint-Gemmes-d’Andigné). Jamais ou presque quand l’élu a une once de pouvoir ou quand il s’agit d’un riche particulier du genre Bernard Arnault...
Bien évidemment, Fleur Pellerin à qui nous avions pourtant adressé une lettre ouverte très aimable (voir ici) ne nous a pas répondu. Nous ne nous y attendions pas, cela nous a évité d’être déçu. Et puis, il est probable qu’elle ne nous a pas lu, n’étant pas payée pour cela.

Certes, les Salons Mauduit n’étaient pas protégés. Mais la seule question qui vaille est : le méritaient-ils ? La réponse est oui, sans ambiguïté. Il aurait fallu les classer depuis longtemps, et faute de l’avoir fait à temps, les classer d’office devant la menace. Mais le ministère de la Culture réserve le classement d’office aux faibles, à ceux qui ne peuvent se défendre, c’est tellement plus facile. Et encore : cette possibilité que donne la loi n’est presque jamais utilisée.


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5. Fernand Ménard (1873-1958)
Façade de l’hôtel de la Duchesse Anne
Nantes
État en 2012
Photo : Didier Rykner

Et voilà comment un nouveau chef-d’œuvre de l’Art Déco, après tant d’autres, va disparaître. Les bâtiments nantais de cette époque sont, d’ailleurs, particulièrement malchanceux : il suffit de voir l’état de l’hôtel de la Duchesse Anne, victime d’un incendie en 2004, et dont la belle façade est proche de la ruine (ill. 5).


Didier Rykner, jeudi 18 juin 2015


P.-S.

Les Salons Mauduit ont été effectivement détruits quelques jours après la parution de cet article.





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