Restauration de la chapelle Saint-Martial au Palais des Papes d’Avignon


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1. Restauration en cours de la chapelle Saint-Martial
de Matteo Giovannetti au Palais des Papes d’Avignon
Photo : Didier Rykner

11/3/14 - Restauration - Avignon, Palais des Papes - Depuis plus de dix ans, la chapelle Saint-Martial peinte par Matteo Giovanetti au Palais des Papes était fermée au public. Une restauration était prévue, mais celle-ci a mis un temps certain à commencer, pour d’obscures raisons administratives et budgétaires. Mais qu’est-ce que dix ans comparativement aux près de sept siècles qui se sont écoulés depuis que le peintre italien est venu à Avignon à la demande du pape Clément VI ?
Les travaux sont désormais en cours, grâce à un financement (1 000 000 d’euros) assuré par la ville et l’État, aidé par un mécénat de la Fondation BNP-Paribas (pour 100 000 €). Les restaurateurs sont italiens (société romaine Arkè) et un comité scientifique présidé par Dominique Vingtain, conservatrice du Palais des Papes et du Musée du Petit Palais, réunit plusieurs spécialistes de la période1. Monter sur des échafaudages pour voir de près des peintures murales est toujours un exercice fascinant. Il est d’autant plus émouvant lorsque l’on peut voir resurgir des figures qui étaient entièrement noircies jusqu’à en cacher les qualités.


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2. Matteo Giovannetti (vers 1322-1368)
Détail des fresques de la chapelle Saint-Martial
en cours de restauration
Photo : Didier Rykner
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3. Matteo Giovannetti (vers 1322-1368)
Détail des fresques de la chapelle Saint-Martial
en cours de restauration
Photo : Didier Rykner

Matteo Giovanetti, qui naquit en Italie vers 1300, se forma à Viterbe avant de venir, au début des années 1320, à Orvieto où il connut sans doute Simone Martini puis de se rendre à Assise. On ne connaît cependant pas sa carrière de peintre avant son arrivée à Avignon, en 1343. Son activité à la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon et au Palais des Papes fut importante mais, à l’exception de quelques morceaux isolés, ce dernier édifice ne conserve plus que deux ensembles peints : le décor de la chapelle Saint-Martial et celui de la chapelle Saint-Jean, postérieur de quelques années.
La vie largement légendaire de Saint-Martial est représentée sur plusieurs registres : huit scènes racontant son enfance et sa jeunesse se trouvent sur chacun des voutains, tandis que les murs sont eux-mêmes divisés chacun en deux scènes, l’une supérieure, en forme de lunettes, l’autre, médiane, rectangulaire. Enfin, le bas de la chapelle est orné d’un décor architectural en trompe-l’œil.


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4. Matteo Giovannetti (vers 1322-1368)
Détail des fresques de la chapelle Saint-Martial
en cours de restauration
Photo : Didier Rykner

La technique employée par l’artiste est mixte : fresque et importantes retouches à sec. Si la première a mieux résisté, les peintures à sec sont souvent tombées. On voit parfois certaines formes qui étaient autrefois peintes et dont il ne reste plus que des « fantômes » comme par exemple des oiseaux formant une frise. Les visages étaient souvent entièrement peints à fresque et sont donc souvent mieux conservés. Les travaux consistent d’abord à consolider les enduits qui se boursouflaient à certains endroits et la couche picturale qui menaçait parfois de tomber. Il faut ensuite enlever la couche d’acétate de polyvinyle qui avait été déposée lors d’une précédente restauration qui exerçait une tension sur la couche picturale et l’avait fortement obscurcie. Puis, la dernière étape consiste en un nettoyage de la surface qui s’avérait fortement salie par de nombreux éléments (oxalates de calcium, huile de lin, poussière, crasse…).



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Le résultat est en bien des endroits spectaculaires comme le montrent notre vidéo (pour les abonnés seulement), et la comparaison avec celles prises avant le début de la restauration. La restauration devrait durer en tout un an, mais la réouverture au public, dans des conditions qui restent à définir, ne devrait pas avoir lieu avant le printemps 2015. Il s’agit en effet d’éviter que la trop grande fréquentation (le Palais des Papes reçoit pas moins de 600 000 visiteurs par an) ne soit trop dangereuse pour la conservation.

English version


Didier Rykner, mardi 11 mars 2014


Notes

1Ce comité est composé, outre des représentants de la maîtrise d’ouvrage, de la maîtrise d’œuvre et de la DRAC de Michel Laclotte, de Dominique Thiébaut, d’Isabelle Pallot-Frossart et d’Étienne Anheim.





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