PLU de Saint-Cloud : les menaces sur la ville


JPEG - 219.8 ko
1. Bureaux de la Colline, 1972
Saint-Cloud
Architecte : Noël Le Maresquier
Photo : Didier Rykner

La révision du Plan Local d’Urbanisme de la ville de Saint-Cloud a déjà fait couler beaucoup d’encre. Nous l’avions évoquée notamment dans la première émission de Patrimoine en question(s). Les périls qui pèsent sur le parc de Saint-Cloud (voir ici) et sur la caserne des gardes de Charles X (voir l’article) - dont une demande de protection sera examinée prochainement par la Commission régionale du patrimoine et des sites - sont directement liés à ce dossier.

Mais beaucoup d’autres édifices sont également menacés par ce nouveau PLU qui semble revenir en partie à l’urbanisme des années 1970, celui-là même qui a déjà vu la ville défigurée définitivement, au pied même du parc, par les immondes bureaux de la Colline1 (ill. 1).
Nous avons donc choisi quelques exemples d’immeubles particulièrement remarquables qui, à court ou moyen terme, vont disparaître si la politique de la mairie n’est pas contrée par les procédures judiciaires qu’ont commencé à engager les associations à défaut d’une intervention ferme du ministère de la Culture.

Pour densifier fortement l’urbanisme dans une ville qui est encore très riche en jardins et en belles maisons, la mairie joue d’une tactique gagnante à tout coup. La transformation d’une zone en classement UA prévue dans le PLU permet en effet de bâtir des immeubles de plusieurs étages là où il était naguère difficile voire impossible de construire. L’opération est financièrement intéressante, et les promoteurs peuvent donc se permettre, pour accélérer les projets, de proposer à certains propriétaires d’acheter leur bien au double, voire au triple de la valeur qu’elles avaient avant la modification du zonage. Ceux-ci font face à un dilemme souvent très vite résolu. S’ils ne cèdent pas, alors que d’autres vendent autour de chez eux, ils risquent à terme l’expropriation, pour un prix moindre. S’ils vendent à quelqu’un d’autre au prix du marché, il y a toutes les chances que ce soit leur acheteur qui bénéficie de la soudaine plus-value.


JPEG - 245.1 ko
5. Villa Grandval
Saint-Cloud
Photo : D. R.
JPEG - 185 ko
3. Panneau de vente Vinci
Saint-Cloud
Photo : Didier Rykner

Or, le PLU prévoit plusieurs passages en zones UA sans protection suffisante des jardins ou du bâti remarquable. Le boulevard de la République compte parmi les lieux les plus menacés. Un périmètre opérationnel a déjà été délégué à l’Établissement public foncier des Hauts-de-Seine (EPF 92), à l’angle de ce boulevard et de la rue Coutureau. Les opérations sont ainsi confiées par la mairie à un organisme départemental qui prend en charge l’ensemble du dossier et peut, in fine, obtenir l’autorisation d’exproprier.
Une très belle maison, la Villa Grandval (ill. 2), est d’ores et déjà condamnée, et le permis de démolir signé. Elle appartient désormais à la société Vinci, la même qui s’achète des brevets de patrimoine à Versailles grâce à du mécénat de compétence et qui est particulièrement active à Saint-Cloud (ill. 3). Ancienne propriété d’un compagnon de la Libération, elle est surtout une très belle demeure Art Déco comme cela apparaît sur les photos2.


JPEG - 233.9 ko
4. Villa dite L’Alouette
Boulevard de la République
Photo : Didier Rykner
JPEG - 135 ko
5. Théâtre pour enfant, vers 1880 ?
Villa dite L’Alouette
Saint-Cloud
Photo : Didier Rykner

Une autre maison menacée, sur le boulevard de la République, est également une villa construite dans les années 1930 (ill. 4), entourée d’un grand jardin où un séquoia a été planté en 1871 pour célébrer la libération des Prussiens. Cet arbre devrait être protégé puisque la ville de Saint-Cloud a signé en 2005 (avec le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy), le « Guide de gestion de l’arbre des Hauts-de-Seine » ; la mairie s’engageait ainsi à intégrer ses dispositions dans tous les documents d’urbanisme, PLU compris. Ce qui n’a, évidemment, pas été fait. Et ce guide a d’ailleurs fort curieusement disparu des archives de la mairie de Saint-Cloud. Nous le reproduisons ici-même, en publiant par ailleurs la lettre d’engagement du ministre et du maire. Inutile de dire que beaucoup d’autres arbres remarquables sont, eux aussi, condamnés.
La zone UA inclut le séquoia, et sa limite passe entre lui et la maison. Cela signifie à terme la disparition de cet arbre historique, mais aussi celle du théâtre pour enfants (ill. 5) datant de la fin du XIXe siècle. La maison, qui aura perdu son environnement, ne pourra résister très longtemps à la pression immobilière.
Une grande partie du boulevard de la République sera ainsi lotie, les immeubles arrivant au ras du trottoir pour permettre l’installation de commerces. Ce qui fait encore le charme de ce quartier aura entièrement disparu. Nous publions ici une étude effectuée à la demande des associations. Elle confirme le grand intérêt historique et urbanistique de ce boulevard.

La ville prétend protéger le patrimoine. Curieusement, pourtant, alors qu’elle reconnaît que Saint-Cloud possède 320 « constructions ou éléments de construction remarquables » (les associations avancent le chiffre de 350), seuls 23 ont été inclus dans le PLU3, un grand nombre étant donc remarquables, mais considérés comme non remarquables, un concept assez curieux. Éric Seynave, maire adjoint de Saint-Cloud en charge de l’urbanisme, nous a expliqué qu’après s’être informé auprès d’autres villes élaborant un PLU, il a reçu le conseil suivant : « n’ayez pas un nombre trop important de maisons remarquables car cela devient ingérable ». Une trentaine serait le bon chiffre (d’ailleurs ici réduit à 23). On imagine ce que serait un urbanisme malthusien qui déciderait ainsi, une fois pour toute, qu’on n’impose la conservation que d’une trentaine de bâtiments, quelle que soit la ville ! On verra, dans le petit film qui complète cet article (voir plus bas), quelques-unes des maisons menacées ou déjà condamnées, parmi lesquelles l’une des plus belles est incontestablement celle située au 26, rue Dailly (ill. 6). Elle se trouve à proximité d’un programme immobilier qui va - un parmi d’autres - occulter une des belles vues que les rues de Saint-Cloud réservent sur Paris. Cet immeuble mériterait incontestablement une inscription comme monument historique, et il se trouve d’ailleurs sur la liste des « bâtiments remarquables » ; il sera tout de même détruit puis reconstruit ! Selon Éric Seynave, cette maison est « dans un état épouvantable », elle « frise l’état de péril » et « tous les techniciens consultés disent qu’il n’y a aucun moyen de la consolider ». On connait cet argument qui prétend qu’un bâtiment est irrestaurable afin de pouvoir le détruire. Nous avons demandé à recevoir les « avis des techniciens consultés », évidemment en vain. Pour Éric Seynave, reconstruire une maison après l’avoir détruite, c’est la conserver.


JPEG - 191.5 ko
6. Immeuble d’époque Napoléon III
26, rue Dailly
Saint-Cloud
Photo : Didier Rykner
JPEG - 162.3 ko
7. Parc des Tourneroches
Saint-Cloud
Photo : Didier Rykner

Le Collectif Cœur de Seine, qui regroupe pas moins d’une quinzaine d’associations locales et nationales de défense du patrimoine, est très actif dans ce dossier. Il a lancé une pétition qui porte à la fois sur la protection du parc de Saint-Cloud, la caserne Sully et la ville elle-même. Elle ne peut être signée en ligne, mais le formulaire peut être téléchargé sur son site.
Comme dans beaucoup d’autres dossiers de ce genre, Frédéric Mitterrand a brillé par son inaction. Les récentes décisions d’Aurélie Filippetti, qui témoigne d’un changement radical de l’attitude du ministère, pourraient laisser espérer une évolution de l’attitude du ministère.

Concluons sur une évidence : il n’est pas question ici de nier à une ville comme Saint-Cloud la possibilité de construire. Mais l’urbanisme est un art et ne peut se développer de manière anarchique, sans tenir suffisamment compte des éléments remarquables du patrimoine de la ville, qu’il soit architectural ou naturel.


Le P.L.U. menace la ville de Saint-Cloud par latribunedelart


Didier Rykner, lundi 17 septembre 2012


Notes

1Dû à l’architecte Noël Le Maresquier. Un nom dont il faut se souvenir.

2Nous n’avons pu ni la voir, ni la visiter.

3Certains de ceux retenus sont pourtant fort banals et n’ont guère d’intérêt, sinon de permettre un effet d’annonce et de ne pas poser problème puisque de toute façon il n’est pas intéressant ou pas possible de les détruire.





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Patrimoine : Interview d’Alexandre Gady, président de la S.P.P.E.F.

Article suivant dans Patrimoine : PLU : les approximations de la mairie de Saint-Cloud