Nomination au Louvre : il faut de la transparence !


Pourquoi en France le choix des directeurs de grands musées s’effectue-t-il dans une opacité si grande ? Alors que la moindre nomination d’un conservateur nécessite théoriquement un appel à candidature et une procédure précise, rien de tel dès qu’il s’agit d’un établissement public où la désignation se fait dans le flou et en apparence l’arbitraire le plus complet. Ceci donne presque à chaque fois matière à un psychodrame, sauf lors des renouvellements.

Le départ d’Henri Loyrette du Louvre a, semble-t-il, surpris beaucoup de monde, y compris au ministère de la Culture. Alors que la nomination de Guy Cogeval pour un nouveau mandat n’était pas forcément acquise, le ministère n’a pas voulu faire face à un changement simultané dans les deux plus grands musées parisiens et le président d’Orsay a été renouvelé pour trois ans.
L’idée de porter Martine Aubry à la tête du Louvre, qui avait bien été envisagée, a été rapidement écartée par crainte du scandale. Il est désormais certain que ce sera effectivement un(e) conservateur(trice) qui sera nommé(e) dans quelques jours à la tête du Louvre. Ce qui devrait a priori nous satisfaire, d’autant que les candidats étaient tous, à notre avis, légitimes pour cette fonction1.

Malgré le manque de transparence inouï de ce type de nomination, nous avons pu suivre, via un grand nombre de sources (les informations se recoupant) la procédure de désignation qui devrait s’achever vendredi 22 mars, jour où Henri Loyrette sera reçu par le président de la République.
Plusieurs choses sont étonnantes et même quelque peu choquantes. La première : la ministre de la Culture voulait, dès le départ, que le président soit une présidente. Cette manière de mettre en place ce qui pourrait s’apparenter à un système de quotas a un côté parfaitement sexiste et d’ailleurs à la limite de la légalité (même s’il n’est pas affiché publiquement). On doit choisir à un poste le ou la meilleur(e) candidat(e), pas la meilleure candidate. Il aurait été plus honnête à la limite de ne pas auditionner les candidats masculins.
Il n’y a par ailleurs eu aucun appel à candidature (ce qui est habituel mais regrettable), aucune lettre de candidature demandée aux postulants (chacun ayant en revanche proposé un projet) et personne n’a été informé officiellement de la liste des candidats. Les rendez-vous ont été purement informels, la décision se prenant en petit comité au sein du cabinet de la ministre de la Culture, en liaison avec l’Elysée.
Plus troublant encore : il était envisagé encore récemment (nous ne savons pas si cette hypothèse est encore d’actualité) de nommer un président-directeur qui serait assisté de ce que l’on pourrait appeler un « directeur des collections » choisi au sein des chefs de département du Louvre, afin de mieux faire passer en interne la nomination d’une personnalité extérieure. La mise en œuvre de cette idée serait extrêmement dangereuse. D’abord parce que le Louvre a besoin d’un vrai patron, ensuite parce que cela laisserait grande ouverte la voie à une modification de statut qui permettrait, la prochaine fois, de nommer un énarque à la tête du musée. La présidence du Louvre ne se partage pas.

La femme de César ne doit pas être soupçonnée, et le président du Louvre pas davantage. Sa désignation devrait être transparente et, quelle que soit celui ou celle qui sera choisi(e), il faut qu’il le soit sur des critères indiscutables : compétence scientifique, charisme et aura internationale.


Didier Rykner, mercredi 20 mars 2013


Notes

1Ceux-ci, par ordre alphabétique et à notre connaissance, étaient : Nathalie Bondil, Laurence des Cars, Philippe Costamagna, Michel Hilaire, Laurent Le Bon, Sophie Macariou, Jean-Luc Martinez, Vincent Pomarède, Sylvie Ramond, Laurent Salomé.





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