Les ventes de juillet à Londres


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1. Bernardo Bellotto (1721-1780)
Dresde vue de la rive droite de l’Elbe
Huile sur toile - 95,6 x 165,4 cm
Vente Christie’s Londres, 9 juillet 2015
Photo : Christie’s

7/7/15 - Marché de l’art - Londres - Cette année, les ventes de juillet à Londres voient deux vainqueurs pour les tableaux anciens : Christie’s d’une part, qui propose à notre avis le tableau le plus important, une Vue de Dresde par Bernardo Belloto (ill. 1), Sotheby’s d’autre part, dont la vente est assurément la plus belle (Bonham’s est hors course). Il faut dire que la première maison n’a pas eu de chance puisque les sept tableaux de la Beit Foundation ont été retirés. Ils pourront peut-être, finalement, rester en Irlande. Nous avions écrit sur cette affaire (voir l’article) et ce dénouement, incontestablement, nous semblerait satisfaisant s’il se confirmait. Remarquons néanmoins que Sotheby’s propose à la vente quelques chefs-d’œuvre provenant de Castle Howard, encore une grande demeure aristocratique en voie de démantèlement. Incontestablement, le Portrait de jeune garçon de Ferdinand Bol (ill. 2), ou les deux cabinets italiens du XVIIe siècle en pierres dures comme les autres œuvres vendues vont manquer gravement à ce château.


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2. Ferdinand Bol (1616-1680)
Portrait de jeune garçon, dit le fils de l’artiste, 1652
Huile sur toile - 170 x 150 cm
Vente Sotheby’s Londres, 8 juillet 2015
Photo : Sotheby’s
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3. George Romney (1734-1802) et Pompeo Batoni (1708-1787)
Portrait de Lady Monson et Portrit de Lord Monson
Huile sur toiles - 249 x 175,3 cm et 249 x 175,2 cm
Vente Sotheby’s Londres, 8 juillet 2015
Photo : Didier Rykner

Restons donc chez Sotheby’s où l’on peut regretter également la vente en deux lots de pendants représentant John Monson et son épouse (ill. 3). Il est triste de séparer des pendants, encore davantage lorsqu’il s’agit du mari et de la femme, mais dans ce cas, où le portrait du premier est peint par Pompeo Batoni en 1774, en Italie, et celui de la seconde commandé à George Romney après leur mariage, la perte artistique est encore plus grande. La notice du catalogue explique que Romney « pouvait avoir eu à l’esprit » le portrait de Batoni. Ce n’est évidemment pas une hypothèse mais un fait. Représentant le mari et la femme, de même dimension, ils forment une paire évidente et leur séparation rompt une histoire passionnante. Si le Louvre-Abu-Dhabi avait une politique d’acquisition intelligente, il essaierait d’acheter l’un et l’autre et pourrait, en faisant une bonne action, s’assurer une évocation du Grand Tour tout en s’enrichissant à la fois d’un beau portrait très représentatif de Pompeo Batoni et d’un portrait anglais typique. Ces tableaux n’ayant probablement aucune chance d’entrer un jour dans un musée français, il n’y aurait pas de conflit d’intérêt, et tout le monde célébrerait la pertinence des choix de ce musée…


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4. Matthias Stomer (vers 1600-après 1652)
La Dérision du Christ
Huile sur toile - 98 x 148,6 cm
Vente Sotheby’s Londres, 8 juillet 2015
Photo : Sotheby’s
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5. Jan de Bray (vers 1600-après 1652)
Un Joueur de violon accompagné par deux jeunes chanteurs, 1658
Huile sur toile - 111,8 x 99,1 cm
Vente Sotheby’s Londres, 9 juillet 2015
Photo : Sotheby’s

Les tableaux de grande qualité sont donc très nombreux chez Sotheby’s dans les deux ventes, du jour et en soirée. On signalera sans souci d’exhaustivité plusieurs tableaux caravagesques : un intrigant anonyme représentant Un Concert, La Dérision du Christ de Matthias Stomer (ill. 4) ou encore un très beau Jan de Bray, Un Joueur de violon accompagné par deux jeunes chanteurs (ill. 5) estimé seulement 60 à 80 000 livres et qui ferait le bonheur de n’importe quel musée. On notera aussi un ravissant petit Fragonard, Dans les blés, un Ecce Homo d’Andrea Solario, dont plusieurs autres versions sont connues, mais dont la qualité est suffisante pour l’attribuer pleinement à cet artiste, ou encore un (David et Goliath du lombard anonyme proche de Morazzone, le Maître de San Sebastiano Monti (ill. 6).


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6. Le Maître de San Sebastiano Monti
(actif entre 1620 et 1640 environ)
David et Goliath
Huile sur panneau - 40 x 56 cm
Vente Sotheby’s Londres, 9 juillet 2015
Photo : Sotheby’s
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7. Richard Parkes Bonington (1802-1828)
Paysage côtier avec pêcheurs et un bateau échoué
Huile sur toile - 59,7 x 81,3 cm
Vente Christie’s Londres, 9 juillet 2015
Photo : Christie’s

Revenons chez Christie’s où, à part le Bellotto, on remarquera aussi une superbe vue de plage par Richard Parkes Bonington (ill. 7) et un très intéressant – même si dans un état moyen – Christ portant sa croix de Giulio Cesare Procaccini.
La vente de jour, qui concerne traditionnellement les lots considérés comme moins importants, présente tout de même quelques œuvres notables. Nous aimons beaucoup, par exemple, une Vierge en prière attribuée à Pompeo Batoni, probablement pas par ce peintre mais de belle qualité et, surtout, une esquisse attribuée à Corrado Giaquinto (ill. 8), probablement par lui, estimée 15 à 20 000 livres, que nous achèterions immédiatement si nous en avions les moyens.


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8. Attribué à Corrado Giaquinto (1703-1766)
Allégorie de l’Ancien Testament
Huile sur toile - 45,5 x 100,2 cm
Vente Christie’s Londres, 10 juillet 2015
Photo : Christie’s
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9. Giovanni David (1743-1790)
Un Cauchemar
Plume et encre brune, lavis gris et brun,
rehauts de blanc - 23,7 x 30,6 cm
Stephen Ongpin Fine Art
Photo : Stephen Ongpin Fine Art

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10. Espagne, XVIIe siècle
Crucifixion
Huile sur toile - 88,8 x 60,5 cm
Sphinx Fine Art
Photo : Sphinx Fine Art

En même temps que les ventes, la plupart des galeries londoniennes en profitent pour montrer des expositions ou leurs dernières acquisitions. Le parcours vaut réellement d’être suivi dans sa totalité. On appréciera particulièrement deux expositions de dessins chez Stephen Ongpin, où l’on verra un beau rassemblement de feuilles italiennes, dont un impressionnant Cauchemar par Giovanni David (ill. 9), et chez Jean-Luc Baroni, juste à côté, où Emmanuel et Laurie Marty de Cambiaire présentent nombre d’œuvres sur papier de très grande qualité. Chez Benjamin Proust, on pourra admirer deux reliefs en marbre probablement Romains vers 1700, ou chez Sphinx Fine Art une huile sur toile donnée à un anonyme espagnol du XVIIe siècle. Une magnifique peinture qui peut être acquise pour un prix très raisonnable pour une œuvre de cette qualité (26 000 livres). Anonyme ne signifie pas de mauvaise qualité, en revanche cela veut souvent dire d’un prix plus abordable.


Didier Rykner, mardi 7 juillet 2015





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