Actualité du Musée Condé : restaurations, expositions


6/7/15 - Restaurations, expositions - Chantilly, Musée Condé - Tout n’est que faste et fête à Chantilly où une exposition d’arts graphiques déploie des costumes d’apparat et de spectacle du XVIIe siècle, tandis que plusieurs campagnes de restauration rendent leur splendeur à des pièces du château.
L’exposition tout d’abord, présente le contenu inédit d’un portefeuille acquis par le duc d’Aumale en 1854 : vingt-trois dessins de Jacques Bellange et trente-quatre estampes de Jean Berain, deux artistes du Grand Siècle - l’un l’inaugure, l’autre le clôt – qui furent peintres et décorateurs - l’un à la cour des ducs de Lorraine, l’autre à la cour de Louis XIV.


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1. Jacques Bellange (?, vers 1595- ?, 1616)
La Pucelle à la palme, 1600-1606
Plume, encre noire, lavis gris et beige
aquarelle rehauts d’argent - 42,2 x 30,8 cm
Chantilly, Musée Condé
Photo : RMN-GP/ T. Ollivier
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2. Jean Bérain (1640-1711)
Costume du Soleil pour l’acte IV de Phaéton, 1683
Eau-forte, aquarelle, rehauts d’or et d’argent - 38 x 27 cm
Chantilly, Musée Condé
Photo : RMN-GP/ T. Ollivier

Les dessins de Bellange réalisés à la plume, à l’encre noire, au lavis, et à l’aquarelle avec des rehauts d’argent, déclinent une série de personnages en costumes, superbes : dames, pages, cavaliers, la plupart portent des masques et semblent esquisser des pas de danse (ill. 1). Ils évoquent les fêtes organisées en Lorraine pour le mariage d’Henri de Bar et de Marguerite de Gonzague en 1606, au cours desquelles les invités assistèrent à un ballet - douze dames masquées arrivées sur un char - et participèrent à des réjouissances sportives et chevaleresques, le carrousel et le combat à pied.
Toutes les feuilles, rapprochées de celles de Bellange conservées au Louvre, sont d’un format, d’une technique et d’une inspiration identiques. Leur fonction reste mystérieuse : ces dessins n’ont rien des croquis annotés destinés aux tailleurs, mais décrivent pourtant avec précision les différents costumes, au point que ceux-ci pourraient être confectionnés. Ont-ils alors servi de maquettes ? Ils ne semblent pas avoir été manipulés. Ont-ils pour rôle de fixer le souvenir brillant de ce mariage ? Rien n’est sûr. Il n’est pas non plus certain que Bellange ait lui-même réalisé les rehauts et les lavis de couleur, ce qui n’enlève rien à leur beauté. Toutes ces questions sont abordées dans le catalogue qui accompagne l’exposition.

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3. Chambre de Monsieur Le Prince, après restauration
Chantilly, Musée Condé
Photo : Musée Condé

Jean Bérain incarne quant à lui la suprématie de la France dans la création de costumes d’opéras, de ballets et de théâtre. Il était avec Gissey - dont il reprend certains modèles - dessinateur pour les Menus Plaisirs du roi. Toutes les estampes présentées à Chantilly, rehaussées d’aquarelle, d’or et d’argent, décrivent des costumes de personnages qu’il créa à partir de 1673 pour les opéras - de Lully avant tout - donnés à Paris, Versailles et Saint-Germain en Laye. Ici Céphée roi d’Éthiopie, pour Persée (1682) ; là Minos pour Proserpine (1680), plus loin c’est le costume du Soleil pour l’acte IV de Phaéton (1683) (ill. 2).
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent à Chantilly qui a servi d’écrin, cette année pour la première fois, à « la journée des plantes » (auparavant organisée à Courson dans l’Essonne) et propose dans le Cabinet des Livres, une exposition sur les fleurs de Louis-Henri de Bourbon-Condé ; plus connu pour son rôle de ministre de Louis XV que pour sa passion pour les bulbes, le prince les collectionna pourtant avec passion.

Au-delà des « fastes de la cour » le Musée Condé retrouve l’éclat de ses ors et la fraîcheur de ses peintures au fil des campagnes de restaurations entreprises depuis plusieurs années (voir la brève du 9/4/14) : dans les Grands Appartements, c’est au tour de la Chambre de Monsieur le Prince de récupérer ses boiseries blanc et or, conçues par l’architecte Jean Aubert vers 1720 pour le duc de Bourbon (ill. 3). Encrassées, elles ont été nettoyées et s’harmonisent à nouveau avec les peintures de Christophe Huet (1735) bien que celles-ci - restaurées en 2007 (voir la brève du 12/2/07) - n’aient pas été réalisées pour cette pièce mais installées au XIXe, lorsque le château fut réaménagé après les dégâts de la Révolution. La chambre n’a plus son mobilier d’origine, mais une prestigieuse commode de Riesener comble les manques, commandée pour la chambre de Louis XVI à Versailles (1774) (et restaurée en 2008).
Quant aux appartements privés, ils ont été en partie restaurés (voir la brève du 1/3/10), ils le seront en totalité grâce à une nouvelle campagne qui commencera en 2016. Il est aussi prévu de restaurer les salles sur le Jardin de la Volière pour en faire un Cabinet d’Arts Graphiques où seront présentés par roulement les dessins, estampes et photographies anciennes de la collection (ouverture prévue en 2017).


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4. Grande galerie de peintures du Musée Condé
Après restauration
Photo : Didier Rykner
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5. La verrière supérieure et le plafond vitré restaurés
Chantilly, Musée Condé
Photo : Musée Condé

Mais c’est surtout la Grande Galerie de peintures (ill. 4), point d’orgue du Musée Condé, qui a occupé les restaurateurs ces derniers mois : construite par Honoré Daumet pour le duc d’Aumale en 1875, elle n’avait jamais été rénovée. La campagne, marquée par des choix mesurés et de vraies découvertes, a duré plus de deux ans (de janvier 2014 à avril 2015) mais la galerie - c’est un exploit - n’a été fermée au public que cinq mois (entre novembre 2014 et avril 2015). Cinq mois durant lesquels une quarantaine d’œuvres sur les 85 qui y sont habituellement présentées, sont restées visibles, exposées dans la galerie de Psyché et la galerie des Cerfs.
La grande galerie a toujours été éclairée par une lumière naturelle zénithale. Or le plafond vitré surmonté d’une autre verrière laissait passer des fuites les jours de pluie. Le problème est désormais résolu par un double vitrage isolant, et anti-UV. La structure métallique du XIXe siècle, assemblée par rivetage a été vérifiée (ill. 5). L’ajout d’un éclairage artificiel permet enfin d’assurer une lumière suffisante en hiver. Le parquet n’a bien évidemment pas été remplacé mais restauré et renforcé. Quant aux murs tendus de toile Binant, ils n’ont pas été repeints mais seulement dépoussiérés afin de préserver leur couleur d’origine.


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5. Charles-Raphaël Maréchal de Metz (1825-1888)
Voussure de la Grande galerie de peinture, après restauration
Chantilly, Musée Condé
Photo : Didier Rykner
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6. Charles-Raphaël Maréchal de Metz (1825-1888)
Voussure de la Grande galerie de peinture, après restauration
Chantilly, Musée Condé
Photo : Didier Rykner

Les décors des voussures - cordons, frise de lauriers dorés, éléments en stuc et en carton-pierre, qui avaient été préfabriqués en atelier - ont été nettoyés. Les sept médaillons illustrant les Arts et les Saisons, placés sur la voussure de la galerie en 1881 on été identifiés grâce à leur nettoyage : le monogramme qu’on lisait « RM » était en réalité « CRM », pour Charles-Raphaël Maréchal de Metz (ill. 5 et 6), fils du plus connu Charles-Laurent Maréchal de Metz. L’artiste avait travaillé pour l’hôtel particulier du duc d’Aumale à Paris, d’où proviennent ces peintures. La rotonde décorée par Paul Baudry a elle aussi été nettoyée (ill. 7).


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7. Paul Baudry
Décor de la rotonde du Musée Condé, après restauration
Photo : Didier Rykner
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8. Jacques-André-Joseph Aved (1702-1766)
Portrait d’homme
Huile sur toile - 72 x 61 cm
Chantilly, Musée Condé
Photo : Didier Rykner

Cette restauration étant un chantier des Monuments historiques - dirigé par l’architecte en chef Pierre-Antoine Gatier- l’État prend en charge la moitié du budget via la Drac, tandis que la Fondation de Chantilly et l’Institut de France assurent l’autre moitié.
Cependant, l’enveloppe ne comprend pas la restauration des peintures accrochées dans la galerie, aussi a-t-il fallu trouver des fonds supplémentaires : l’Association des Amis à largement participé aussi que les American Friends de Chantilly : Sur les 85 tableaux exposés, 27 ont reçu une restauration fondamentale, 45 avaient déjà été restaurés précédemment. Les restaurateurs ont allégé les vernis jaunis, enlevé d’anciens repeint, réintégré des lacunes, les cadres également ont été restaurés. Parmi les surprises, le Portrait d’homme en habit gris attribué à Aved a retrouvé son catogan qu’un repeint cachait (ill. 8).
A noter que le Musée Condé sous la houlette de Nicole Garnier et de Marina Rouyer continue la numérisation de ses collections, consultables sur son site, une base de données qui n’était pas encore signalée dans notre liste des sites d’histoire de l’art.

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0. Le Pas de Tir avant restauration
Chantilly, Domaine du château
Photo : Musée Condé

Dans le parc, le visiteur pourra passer par la Maison de Sylvie et le Jeu de l’oie grandeur nature - le seul que l’on conserve aujourd’hui - et parcourir ses différentes stations (le puits, le pont, la prison), avant de se rendre jusqu’au Pas de tir qui est actuellement en cour de restauration (ill. 8). Cette petite maison de bois date des années 1830-1848 ; elle servait à ranger les armes, près de la cible, et comporte un décor d’écorces d’arbre pour le moins surprenant.

Informations pratiques : Château de Chantilly, 60500 Chantilly. Tél : +33 (0)3 44 27 31 80. Ouvert tous les jours du 29 mars au 2 novembre, de 10h à 18h. Tarif : 16 € (réduit : 9,5 €).

« Fastes de cour, de Bellange à Bérain », du 13 mai au 13 août 2015.

« Œillets, Tulipes, Anémones. Les fleurs du Grand Condé », du 13 mai au 13 août 2015.

Paulette Choné et Jérôme de La Gorce, Fastes de cour au XVIIe siècle. Costumes de Bellange et de Berain, Monelle Hayot, 2015, 266 p., 49 €. ISBN : 9782903824945.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mardi 7 juillet 2015





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