Les ventes de janvier à New York


Les ventes de janvier à New York constituent un des moments forts du marché de l’art mondial pour l’art ancien, pendant lequel on peut croiser un grand nombre de collectionneurs, marchands et conservateurs. Dans le domaine du dessin ancien et XIXe a lieu une « semaine » pendant laquelle de nombreuses galeries exposent ou louent leurs locaux à des confrères qui organisent des accrochages. Cet événement ne peut cependant pas lutter avec le Salon du Dessin, les œuvres n’étant pas toutes d’une qualité exceptionnelle (même si l’on trouve tout de même beaucoup de belles feuilles) et la dispersion des galeries rendant le périple parfois long et fatigant.


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1. Johann Heinrich Füssli (1741-1825)
La Psychostasie d’Achille et Memnon (recto)
Plume, encre brune et lavis blanc - 60,3 x 48,2 cm
Vente Christie’s New York, 29 janvier 2015
Photo : Christie’s
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2. Jacques-Louis David (1748-1825)
La Mort de Socrate
Crayon, lavis d’encre brune - 27,8 x 41,6 cm
Vente Christie’s New York, 29 janvier 2015
Photo : Christie’s

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3. Theodoor Rombouts (1597-1637)
Joyeuse compagnie
Huile sur toile - 238,7 x 170,6 cm
Vente Christie’s New York, 28 janvier 2015
Photo : Christie’s

Chez Christie’s, la vente la plus intéressante est celle de dessins anciens. On y voit notamment plusieurs Füssli d’une même provenance, dont La Psychostasie d’Achille et Memnon (ill. 1), une étude préparatoire de David pour le La Mort de Socrate (ill. 2) ou une grande feuille de Rubens d’après des figures de Michel-Ange à la chapelle Sixtine.
La vacation de peinture n’est pas aussi brillante même si quelques tableaux méritent d’être cités, notamment une Joyeuse compagnie, scène de taverne de Theodoor Rombouts (ill. 3), un Guido Reni, Le Martyre de Sainte Apollonie (ill. 4) et une toile caravagesque de Matthias Stomer, Le Martyre de Saint Barthélemy redécouverte et encore « dans son jus ».

La « vedette » de la vente est un curieux tableau, Garçon pelant un fruit donné à Caravage sans l’ombre d’une hésitation malgré sa médiocre qualité. On se demande comment cet artiste, l’un des plus grands de la peinture occidentale, a pu peindre cette figure, et la plupart des visiteurs avec qui nous en avons parlé se posaient la même question. Une lecture attentive du catalogue, qui cite de nombreux auteurs, laisse planer une ambiguïté sur certains avis. Ainsi, Keith Christiansen considère cette œuvre comme « parmi les meilleures versions existantes » de la composition, mais n’en conclut rien sur son autographie, soulignant même que le tableau proche appartenant à la reine d’Angleterre est la version la plus convaincante qu’il connaisse (ce qui ne signifie pas davantage, si l’on sait lire, qu’il le reconnaît comme de Caravage, ce qu’il nous a d’ailleurs confirmé). Quant à Mina Gregori, qui l’accepte pleinement comme de l’artiste, on sait qu’elle est généreuse dans ses attributions. Il suffit de se rendre au Metropolitan Museum pour voir plusieurs tableaux du maître, difficilement comparables avec celui-ci qui serait d’après Christie’s le plus ancien connu.


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4. Guido Reni (1575-1642)
Le Martyre de Sainte Apollonie
Huile sur cuivre - 44,1 x 33,6 cm
Vente Christie’s New York, 28 janvier 2015
Photo : Christie’s
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5. Benedetto Gennari (1633-1715)
David avec la tête de Goliath
Huile sur toile - 127,3 x 98,9 cm
Vente Christie’s New York, 28 janvier 2015
Photo : Christie’s

On signalera également deux œuvres baroques italiennes d’artistes plus secondaires, mais de qualité : un Benedetto Gennari, David avec la tête de Goliath (ill. 5), presque aussi beau qu’un Guerchin, et un opulent Luca Ferrari, peintre actif à Modène (ill. 6).


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6. Luca Ferrari (1605-1654)
Agamemnon refusant la rançon de Chryses pour sa fille Chryseis
Huile sur toile - 130,1 x 140,3 cm
Vente Christie’s New York, 28 janvier 2015
Photo : Christie’s
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7. Willem Danielsz. van Tetrode (vers 1525-1580)
Figure d’Écorché, vers 1562-1567
Bronze - H. 43,5 cm
Vente Christie’s New York, 27 janvier 2015
repoussée au 27 janvier 2015
Photo : Christie’s

Chez Christie’s, on pourra aussi admirer la remarquable collection Abbott Guggenheim de petits bronzes de la Renaissance dont l’une des pièces maîtresses est une Figure d’écorché de Willem Danielsz. van Tetrode (ill. 7). En raison des conditions météorologiques qui bloquent en partie New York, la vente a été reportée du 27 janvier au 28 janvier à midi.


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8. Giovanni Paolo Panini (1691-1765)
Vue de l’intérieur du Panthéon
Huile sur toile - 119 x 98,4 cm
Vente Sotheby’s New York, 28 janvier 2015
Photo : Sotheby’s
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9. Guido Reni (1575-1642)
Buste du Christ
Huile sur toile - 78,7 x 67 cm
Vente Sotheby’s New York, 28 janvier 2015
Photo : Sotheby’s

L’ensemble de peintures présenté par Sotheby’s est d’un excellent niveau, qu’il s’agisse de grands noms ou d’artistes plus confidentiels. Parmi les premiers, on remarquera, placée en vedette, une Vue de l’intérieur du Panthéon de Giovanni Paolo Panini (ill. 8), deux figures de Christ de Guido Reni, l’une particulièrement frappante (ill. 9). Parmi les seconds, on notera une très belle toile de Bernardino Mei, un artiste toujours surprenant et qui manque au Louvre (ill. 10) ou une rare toile d’une artiste portugaise du XVIIe siècle parmi les plus célèbres, Josefa de Ayala e Cabrera, ou Josefa de Óbidos, représentant La Madeleine pénitente réconfortée par des anges (ill. 11).


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10. Bernardino Mei (1612-1676)
Allégorie de la Justice, 1656
Huile sur toile - 114,3 x 155 cm
Vente Sotheby’s New York, 28 janvier 2015
Photo : Sotheby’s
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11. Josefa de Óbidos (1630-1684)
La Madeleine réconfortée par les anges, 1679
Huile sur cuivre - 34 x 42 cm
Vente Sotheby’s New York, 28 janvier 2015
Photo : Sotheby’s

On pourrait également citer de nombreux autres tableaux dans cette vente assez riche, comme plusieurs œuvres des Coypel : Noël (ill. 12), Antoine, Charles-Antoine, et Noël-Nicolas, tous sont représentés par des toiles remarquables, au moins pour les trois premiers d’entre eux. À propos de l’Allégorie de la Musique d’Antoine Coypel (ill. 13), on peut cependant s’interroger sur la provenance récente de l’œuvre, un élément d’un plafond commandé par Charles Perrault pour le Cabinet des Beaux-Arts de son hôtel parisien. Est-il venu de France récemment ? Si tel était le cas, on pourrait s’étonner que cette œuvre - estimée il est vrai extrêmement cher - ait pu sortir de notre pays sans être classée trésor national.


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12. Noël Coypel (1628-1707)
Le Christ au Mont des Oliviers
Huile sur cuivre - 50 x 40 cm
Vente Sotheby’s New York, 28 janvier 2015
Photo : Sotheby’s
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13. Antoine Coypel (1661-1722)
Allégorie de la Musique
Huile sur cuivre - 98 x 152 cm
Vente Sotheby’s New York, 28 janvier 2015
Photo : Sotheby’s

Comme chez Christie’s néanmoins, on s’interroge parfois sur quelques attributions surprenantes. C’est le cas par exemple, pour les dessins, de celle à Rubens d’un Putto aux trois crayons. Au premier abord, l’œuvre semble française, du début du XVIIIe siècle. Elle préparerait pourtant une figure d’un tableau du Louvre. Mais ce putto se trouve sur le bord de la toile, et le dessin reproduit justement cette bordure1, ce qui est curieux pour un original de Rubens, mais serait moins étonnant s’il s’agissait d’une copie. Il est dommage que la photo du catalogue soit coupée sur la gauche, ce qui ne permet pas de voir ce trait vertical. La mollesse du modelé est également assez peu fréquente chez Rubens.


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14. Albert Besnard (1849-1934)
Vue de la Conciergerie, la nuit, 1885
Aquarelle
Galerie Éric Gillis
Photo : Galerie Éric Gillis
Photo : Sotheby’s
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15. Moritz van Schwind (1804-1871)
La Madeleine réconfortée par les anges, vers 1849-50
Crayon, aquarelle, rehauts de blanc - 22 x 28 cm
Galerie C. G. Boerner
Photo : Galerie C. G. Boerner

Les conditions météorologiques à New York, même si elles sont loin de constituer la « tempête du siècle » annoncée par le maire Bill de Blasio, nous ont tout de même empêché de voir à temps pour cet article toutes les galeries présentant des dessins anciens à l’occasion de la Drawings Week.
Parmi celles que nous avons pu voir, on signalera celle du Belge Eric Gillis qui expose pour la première fois à New York en y faisant grande sensation, avec plusieurs remarquables dessins symbolistes dont des feuilles d’un artiste rare, Charles Doudelet, mais aussi un Seurat et un portrait d’Ingres. Nous reproduisons ici une autre très belle œuvre, une aquarelle de Paris par Albert Besnard (ill. 14).


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16. Denys Calvaert (vers 1540-1619)
Cléopâtre
Pierre noire, craie blanche - 27,1 x 29,1 cm
Galerie Mark Brady
Photo : Galerie Mark Brady
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17. Cornelis Schut (1597-1655)
Le Couronnement de la Vierge
Galerie Laura Pêcheur
Photo : Galerie Laura Pêcheur

Chez C. G. Boerner, une aquarelle de Moritz Schwind (ill. 15) nous a particulièrement séduit et chez Marc Brady une étude préparatoire pour Cléopâtre (ill. 16). Enfin, nous terminons cette recension trop brève et partielle en signalant qu’une Française expose également à New York, Laura Pêcheur, avec notamment plusieurs feuilles de Cornelis Schut, de même provenance que l’ensemble qui était passé en vente à Drouot, mais que leur propriétaire n’avait pas vendu à l’époque, dont deux très belles études pour un couronnement de la Vierge (ill. 17).


Didier Rykner, mardi 27 janvier 2015


Notes

1Il semble collé anciennement sur un autre papier, à moins qu’il ne s’agisse d’un trait au crayon vertical.





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