Les associations inquiètes des dangers pour le patrimoine de la loi sur la transition énergétique


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Exemple donné par une brochure du
ministère de la Culture d’une isolation
par l’extérieur et de son résultat

4/11/14 - Patrimoine - France - Toutes les associations nationales de protection du patrimoine viennent de publier un communiqué commun pour alerter l’opinion publique sur une disposition désastreuse de la loi sur la transition énergétique, déjà votée par l’Assemblée nationale et qui doit prochainement être examinée par le Sénat. Si elle était adoptée définitivement, elle signerait la destruction à terme de 90% du patrimoine bâti ancien.

Nous préparons un texte détaillé sur cette affaire gravissime [Addendum 19/5/15 : nous n’avons finalement jamais écrit cet article, car nous pensions ce danger écarté. Voir cependant ici.], mais il est important d’en parler dès maintenant et de diffuser le plus largement l’information sur cet article de la loi dont on ne peut pas croire qu’il soit adopté en l’état.
Nous développerons dans ce prochain article toutes les raisons qui rendent cet amendement proprement insensé. Mais pour résumer ce qu’expliquent les associations (il faut absolument lire leur communiqué), la loi prévoit qu’il sera impossible de « s’opposer à la mise en œuvre d’une isolation en saillie des façades et par surélévation des toitures des constructions existantes ». Seuls les monuments classés et inscrits seraient épargnés, mais pas ceux inclus dans les sites inscrits et classés, dans les zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP), dans les Aires de Mise en Valeur de l’Architecture et du patrimoine (AVAP), aux abords de Monuments Historiques, ni les immeubles labellisés patrimoine du XXe siècle, pas davantage sur les sites inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco... Et quand bien même ce serait le cas, on sait qu’une grande partie des édifices anciens de France ne sont ni protégés, ni situés dans une de ces zones.

Il existe pourtant une solution simple qui permettrait de limiter les dégâts : exclure de cette loi tous les bâtiments construits avant 1948 et, a minima ceux construits après cette date et portant le label « patrimoine du XXe siècle ».
On aimerait entendre rapidement la ministre de la Culture sur cette question essentielle. Ses services sont pourtant bien au courant des catastrophes que cela entrainerait : on trouve ainsi par exemple sur internet une fiche technique rédigée par le STAP (Service territorial de l’architecture et du patrimoine) en juillet 2013 sur l’isolation des bâtiments qui explique que : « La pose d’une isolation thermique extérieure dénature et appauvrit la qualité architecturale du bâti ancien, car elle rigidifie la façade et entraîne la disparation des éléments architecturaux composant la façade (encadrements, pierres d’angle, corniche). Ce procédé n’est donc pas adapté au bâti ancien. » Et ils l’illustrent par des photos avant-après (ill.) d’une telle opération menée sur deux maisons pourtant très banales. Un résultat édifiant.
Imaginons notre pays dont toutes les façades et les toitures ressembleraient à ça. C’est cet avenir cauchemardesque (et suicidaire pour notre pays, sa beauté et son attractivité) qu’a voté en première lecture l’Assemblée nationale.


Didier Rykner, mardi 4 novembre 2014





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