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Le mobilier du château de Saint-Ouen passe du château d’Haroué au château de Maisons


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1. François Gérard, dit baron Gérard (1770-1837)
Portrait du roi Louis XVIII dans son
cabinet de travail aux Tuileries
, 1823.
Huile sur toile - 406 x 380 cm
Photo : Benjamin Gavaudo – CMN
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13/7/17 - Restaurations, acquisitions - Maisons-Laffitte, château de Maisons - On se souvient du scandale qu’avait provoqué la mise en vente d’une partie du mobilier du château d’Haroué le 15 juin 2015 (voir les articles du 18 mai, du 11 juin, et la brève du 5 juin). Afin d’éviter leur dispersion, l’État avait alors acheté certaines des œuvres que la princesse de Beauvau-Craon souhaitait mettre aux enchères. Il était déjà intervenu entre 2005 et 2007 pour classer trésors nationaux puis acquérir un certain nombre d’objets conservés dans ce même château, et les avait exceptionnellement laissés en dépôt sur place alors qu’il s’agit d’une demeure privée.

C’est ainsi tout un ensemble cohérent et relativement rare d’objets d’art et de meubles d’époque Restauration qui, entre 2007 et 2016, a été préservé pour les collections publiques1. Ces œuvres ont été conçues à l’origine pour le château de Saint-Ouen, avant de passer en héritage au château d’Haroué en 18692.
Le Ministère de la Culture les a confiées au Centre des Monuments Nationaux afin qu’elles soient étudiées, restaurées et présentées au public. Elles sont actuellement déployées au château de Maisons - écrin certes anachronique, mais de nature équivalente au cadre originel -, pour une durée de quatre ans environ. Présentées en l’état, les pièces qui le nécessitent seront progressivement restaurées, en partie sous les yeux des visiteurs.

Le château de Saint-Ouen fut construit entre 1819 et 1823 par Jean-Jacques Marie Huvé, à la demande de Louis XVIII, sur ses fonds privés. Si cette demeure fut édifiée en mémoire de la déclaration de Saint-Ouen, signée le 2 mai 1814, qui garantissait les libertés et les droits acquis sous la Révolution, elle était aussi destinée à la favorite du roi, Zoé Victoire Talon de Baschi, comtesse du Cayla, qui la racheta en 1822. Le bâtiment est désormais inscrit et les salles du rez-de-chaussée classées au titre des Monuments historiques ; il accueille aujourd’hui un conservatoire municipal de musique. Le maire de Saint-Ouen semble favorable au retour du mobilier au château pour lequel il a été conçu, il faudrait alors envisager un déménagement du conservatoire et donner un nouveau rôle davantage muséal ou patrimonial au monument. Une convention entre la Ville et le CMN devrait être signée dans les prochains mois.

Parmi les pièces actuellement exposées au château de Maisons, l’une des œuvres majeures est sans doute le Portrait du roi Louis XVIII dans son cabinet de travail aux Tuileries, peint par le Baron Gérard en 1823 (ill. 1). Comme le précise avec une certaine grandiloquence le livret du Salon de 1824 où il a été exposé, Louis XVIII est représenté « au moment de son arrivée en 1814, méditant sur la charte qu’il va donner aux Français ». La toile, qui trônait dans le grand salon de Saint-Ouen, n’est pas un portrait d’apparat du roi en costume de sacre, comme Gérard a pu le faire ; elle le met en scène simplement assis à sa table de travail - une table de bois blanc très modeste qu’il avait utilisée pendant ses années d’exil -, dans une pièce où le spectateur semble également se trouver. Il est vêtu d’un uniforme militaire sur lequel il arbore les décorations de l’ancienne monarchie - le cordon bleu de l’ordre du Saint-Esprit, ainsi que l’ordre de Saint-Louis qu’il a lui-même rétabli - mais aussi celle de la France nouvelle - la Légion d’honneur. Une copie de la composition réalisée par Michel Marigny est conservée à Versailles.


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2. François Gérard, dit baron Gérard (1770-1837)
Les Saisons. L’Automne et le Printemps, 1823
Chaque toile - 297 x 150 cm
PHoto : Benjamin Gavaudo – CMN
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3. Vue des panneaux des saisons
L’Hiver et l’Etat
installé dans le château de Maisons
Photo : Benjamin Gavaudo – CMN
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Du même peintre, une série de tableaux étonnants déclinant les quatre saisons (ill. 2 et 3) ornait la salle de Billard. Conçus comme des trompe-l’œil, ils devaient donner l’impression que la pièce avait des fenêtres supplémentaires : un velum semble en effet cacher le ciel en partie, suspendu au-dessus d’un rebord de marbre sur lequel est posé un vase de fleurs, entouré de quelques animaux. Sur chaque velum, une scène pastorale peut-être inspirée d’Horace évoque l’une des saison. Gérard aurait conservé dans son atelier des bozzetti ou des ricordi de ces compositions, qui ne sont pas localisés, tandis que des dessins conservés au Louvre pourraient être des ébauches de certains détails. L’artiste a sans doute collaboré avec des spécialistes de fleurs : il était proche en effet de Pierre-Joseph Redouté et de Jean-François Van Daele dont le style semble assez proche des bouquets ici représentés.


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4. Pierre Antoine Bellangé (1757-1827)
Mobilier provenant de la chambre de Madame du Cayla
présenté au château de Maisons
Acajou, garniture de soie brochée jaune
Photo : Benjamin Gavaudo – CMN
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5. Mobilier du cabinet gothique
présenté au château de Maison
Louis-Alexandre Bellangé (1796-1861)
s 4 chaises et 4 fauteuils, vers 1825-1827,
Chêne, noyer ébène massif, velours rouge violet, laiton,
Jean-Jacques-Marie Huvé (1783-1852),
Lucien-François Feuchère (vers 1760-vers 1841)
Pendule, 1825,
bronze doré, verres de couleurs, marbre jaune de Sienne,
Lucien-François Feuchère (vers 1760-vers 1841).
Lustre à huit lumières, bronze doré et métal
Photo : Benjamin Gavaudo – CMN
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On verra aussi le mobilier de la chambre de Madame du Cayla, en acajou, garni de soie brochée jaune (ill. 4). Table de toilette, bergères, fauteuils, canapé, écrans de cheminée ou encore chaises aux dossiers en forme de gondole... Certains de ces meubles portent l’estampille de Pierre-Antoine Bellangé. Reçu maître menuisier en 1788, celui-ci réalisa plusieurs meubles pour la Maison de l’Empereur, puis sous la Restauration, bénéficia du titre de fournisseur breveté en 1817 ce qui lui permit de recevoir des commandes royales. Il s’associa en 1820 avec son fils aîné, Louis-Alexandre (1796-1861), qui lui succéda complètement en 18253.

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6. Jean-Marie Pigalle (1792-1857)
Buste de Madame du Cayla , 1826
Marbre - 77 x 60 x 30 cm
Photo : Benjamin Gavaudo – CMN
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C’est ce dernier qui confectionna, vers 1825-1827, le cabinet gothique pour le premier étage du château de Saint-Ouen (ill. 5). Quelques pièces de cet ensemble (incomplet aujourd’hui) furent présentées à l’exposition des produits de l’industrie de 1827. Bellangé mêle les références, à la fois médiévales et orientales. Le sombre ébène rehaussé de laiton et le velours rouge des fauteuils contrastent avec le bronze doré du lustre et du pendule, au style clairement néogothique, réalisés par Feuchère, d’après les dessins de Jean-Jacques Marie Huvée pour le pendule.
Pierre Philippe Thomire fut quant à lui chargé des torchères et des candélabres répartis dans plusieurs pièces, ornés de feuilles d’acanthe et de lotus, avec des pieds en forme de pattes de lion (ill. 4).

Pour finir, un buste de Madame du Cayla est dû à Jean-Marie Pigalle (sans lien avec Jean-Baptiste Pigalle). Sa coiffure à rouleaux est typique des années 1820, alors qu’elle est vêtue d’un drapé à l’antique (ill. 6). On aurait aimé voir, également, le beau portrait de la comtesse avec ses enfants par François Gérard, qui avait été retiré de la vente de 2015, classé Monument Historique en 2016 et qui se trouve encore à Haroué.
Un autre portrait peint par Adèle Hoguer sur porcelaine, était sous instance de classement, il n’a finalement pas été classé. Il ne semble pas néanmoins figurer dans les inventaires de Saint-Ouen et l’identité du modèle n’est pas certaine.

Ainsi, le château d’Haroué se vide petit à petit, et encore récemment de l’épée du grand écuyer de Lorraine (voir la brève du 26/6/17. Il reste à savoir ce que deviendront les quelques objets d’art qui s’y trouvent encore, qu’ils aient ou non un rapport avec le château de Saint-Ouen. On pense notamment aux tapisseries sur l’Histoire d’Alexandre d’après Le Brun, qui avaient fait l’objet d’une dation en 1988, et qui ont été laissées en dépôt chez la princesse de Beauvau-Craon. Elles ont certes un lien avec l’histoire d’Haroué, mais elles appartiennent désormais au domaine public.
Quant au château de Maisons, sa façade a fait récemment l’objet d’une restauration, et ses collections ont été enrichies ; une actualité sur laquelle nous reviendrons.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, jeudi 13 juillet 2017


Notes

1Ont été classés trésors nationaux en 2005, acquis en mars 2007 et classés au titre des monuments historiques en 2015 les tableaux du Baron Gérard, le Portrait du roi Louis XVIII dans son cabinet de travail aux Tuileries et les Quatre Saisons, le mobilier du cabinet gothique également. En 2016, le mobilier de la chambre de Madame du Cayla, des candélabres provenant de différentes pièces et un buste de Madame du Cayla ont été également acquis et classés au titre des monuments historiques.

2En 1869, la fille de Madame du Cayla, Valentine (1806-1885), veuve depuis 1861 d’Edmond- Henry-Étienne-Victurnien de Beauvau, prince de Craon (1795-1861), transporte la plupart du mobilier et des œuvres d’art du château de Saint-Ouen au château d’Haroué.

3Sur la famille Bellangé, lire Sylvain Cordier, Bellangé ébénistes. Une histoire du goût au XIXe siècle, Paris, Mare & Martin, 2012, 672 p., 139,00 €. ISBN : 979-10-92054-00-2.





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