Le dépôt légal Internet, une loi de retard


La loi dite DADVSI, si mauvaise sous bien des aspects, aura au moins eu le mérite de prévoir, enfin, le dépôt légal Internet. Alors que l’on vient de fêter les 20 ans du web, cette décision arrive bien tard et de trop nombreux sites ont sombré corps et biens, sans que plus aucune trace n’en reste. Je pense notamment à oraos.com, un site dédié à l’histoire de l’art, auquel j’avais pu collaborer, disparu au bout d’à peine deux ans au moment de l’explosion de la bulle Internet, et dont les nombreux articles parus sont définitivement perdus.

Fort heureusement, La Tribune de l’Art pourra dorénavant et définitivement être conservée grâce au dépôt légal, et consultable en permanence à la BnF, même dans le cas d’une disparition (qu’on espère lointaine). L’indexation dans la Bibliographie d’Histoire de l’Art et le dépôt légal sont ainsi garants de la pérennité des articles de fonds qui y paraissent, ce qui devrait rassurer certains auteurs qui hésitent encore à publier des études d’histoire de l’art sur le web.

Le dépôt légal à la BnF, qui nécessite de se rendre dans ses bâtiments pour consulter les archives de l’Internet, est cependant bien insuffisant. Il s’agit d’une solution du XIXe siècle appliquée à un média du XXIe. Si l’on comprend que les sites encore en activité, soient exclus d’une diffusion plus large, on ne comprend pas bien pourquoi le dépôt légal d’un site disparu, surtout lorsque celui-ci était gratuit pendant son existence, ne pourrait pas être accessible de partout, via par exemple celui de la BnF1. La nouvelle loi n’est évidemment pas suffisante. A terme, il faudra bien concevoir un accès permanent et définitif par Internet aux sites disparus dont le contenu n’est pas accessible par ailleurs. Mais il faudrait pour cela que les hommes politiques aient une vision, et comprennent à quel point ce média est différent des autres. Ce sera pour une prochaine fois.


Didier Rykner, jeudi 31 août 2006


Notes

1Un site américain, Internet Archive, remplit en partie ce rôle, mais la sélection semble faite selon des critères assez obscurs, sans indexation réelle, les illustrations sont souvent absentes et la consultation malaisée. Par ailleurs, les sites ne pouvant être référencés par les moteurs de recherche (pour des raisons techniques qu’il serait trop long de développer ici) ne peuvent pas être archivés. C’était le cas d’Oraos.





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