La salle A de la National Gallery de Londres : un trésor méconnu


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1. Salle A de la National Gallery de Londres
Tableaux hollandais du XVIIe siècle
Photo : Didier Rykner

Le mercredi après-midi, de 14 à 17 h 30 seulement, la « salle A » de la National Gallery de Londres (ill. 1 et 2) est ouverte au public. Peu de gens la visitent, et pourtant. Il s’agit en réalité d’une grande partie des réserves du musée, où environ 700 tableaux sont accrochés à touche-touche, sur des cimaises défraichies1. Mais quels tableaux ! On ne peut parler ici d’œuvres secondaires quand leurs auteurs ont pour nom quelques-uns des plus grands artistes de la peinture européenne, au hasard, et dans le désordre, Edouard Manet (ill. 3), Giambattista et Giandomenico Tiepolo, Frans Hals, Anton Van Dyck, Jacob Jordaens, Guido Reni, Jean-François Millet, Domenico Ghirlandaio, Pinturicchio, Luca Signorelli… Rares sont celles en mauvais état (certaines, hélas, du fait de restaurations pas toujours si anciennes…) ou de facture moyenne. Même si la plupart ont leurs équivalents dans les salles ouvertes quotidiennement, ce qui peut expliquer leur mise à l’écart, tel n’est pas toujours le cas.


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2. Salle A de la National Gallery de Londres
Primitifs italiens
Photo : Didier Rykner
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3. Edouard Manet (1832-1883)
Femme au chat, vers 1880/1882
Huile sur toile - 92,1 x 73 cm
Londres, National Gallery
(dépôt de la Tate Gallery)
Photo : Didier Rykner

On y trouve par exemple un paysage de Jan Lievens, alors que les cimaises de l’étage ne présentent que deux portraits de cet artiste. Si Luca Giordano est en permanence représenté par le grand Hommage à Velázquez, les quinze modelli, la plupart prêtés par Denis Mahon, ne sont visibles que dans cette salle A (ill. 4) ; deux esquisses de Jean-François de Troy sont accessibles sans difficulté alors que son grand Temps dévoilant la Vérité ne l’est que le mercredi après-midi.


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4. Luca Giordano (1634-1705)
La Caverne de l’Eternité
Huile sur toile - 73,5 x 88 cm
Collection Denis Mahon
En prêt à la National Gallery de Londres
Photo : Didier Rykner
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5. Suiveur de Giorgione, début du XVIe siècle
Hommage au Poète
Huile sur panneau - 59,7 x 48,9 cm
Londres, National Gallery
Photo : Didier Rykner

On trouve également dans cette salle un Raphaël, la Madone Mackintosh, mais l’on comprend qu’elle puisse difficilement trouver place dans l’accrochage en raison de son très mauvais état. De même, le Vénus et Adonis de Titien n’est qu’une bonne version d’atelier d’une toile du Prado, dont la présentation à l’étage ne s’impose pas tant les toiles de cet artistes y sont nombreuses. On s’explique plus difficilement en revanche que la Vierge adorant l’enfant et la Vierge à l’enfant de Lorenzo di Credi y soient reléguées, ce peintre majeur n’étant représenté que par la Vierge à l’enfant avec deux anges de Verrochio, à laquelle il a seulement participé comme membre de son atelier. Il est également étonnant que les trois Bartholomeus van der Helst soient tous ici, comme les trois portraits de Pompeo Batoni (seul un tableau allégorique est montré en permanence), ou encore l’unique Giacomo Ceruti conservé par le musée, ou le magnifique Astronome de Ferdinand Bol (un autre portrait par lui est accroché à l’étage). Quant à l’Hommage au Poète autrefois donné à l’atelier de Giorgione (ill. 5), il a été rétrogradé au rang de suiveur de ce peintre. Certains pensent toutefois qu’il pourrait être autographe, et sa qualité est de toute façon remarquable.


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6. Suiveur de Rembrandt (1606-1669)
Homme assis avec un bâton
Huile sur toile - 137,5 x 104,8 cm
Londres, National Gallery
Photo : Didier Rykner
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7. Jan van Goyen (1596-1656)
Pêcheurs relevant un filet, 1640-1645
Huile sur panneau - 37 x 33 cm
Londres, National Gallery
Photo : Didier Rykner

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8. Cima da Conegliano (1459/60-1517/18)
Saint Marc (?) et Saint Sébastien, vers 1500
Huile sur panneaux - 103,2 x 40,6 cm
Londres, National Gallery
Photo : Didier Rykner

Heureux le musée qui peut ainsi se permettre sans dommage de conserver, presque à l’abri des regards, deux Rembrandt (celui-ci et celui-là) ou certains tableaux qui lui étaient attribués, parfois très célèbres autrefois et pas moins beaux depuis qu’ils ont été déclassés (ill. 6), quelque sept Jacob van Ruisdael, cinq Jan van Goyen (ill. 7), deux grands et beaux Backhuyzen, trois Meindert Hobbema, un grand nombre de Philipp Wouwerman, deux Jan Both, trois Nicolas Maes, deux Van Dyck, dix Corot, trois Domenico Beccafumi, un magnifique Sodoma… L’école vénitienne vers 1500 est certes magnifiquement représentée dans les autres salles, mais on pourra voir encore dans celle-ci trois Cima da Conegliano2 (ill. 8), un Gentile Bellini, un Giovanni Bellini, et un Carpaccio. De même, l’école de Léonard de Vinci comprend ici deux Boltraffio, un Giampietrino, le seul Marco d’Oggiono de la collection (même s’il n’est qu’« attribué »)… On signalera enfin le magnifique Nicolo dell’Abbate (ill. 9), naguère montré en permanence, et pour le XVIIIe siècle français (et suisse) des pastels de Perronneau (l’attribution ne fait guère de doute) et de Quentin de La Tour, un Portrait d’homme de Greuze (ill. 10) ainsi qu’un important Liotard.


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9. Niccolò dell’Abate (1509 ou 1512-1571 ?)
La Mort d’Eurydice
Huile sur toile - 189,2 x 237,5 cm
Londres, National Gallery
Photo : Didier Rykner
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10. Jean-Baptiste Greuze (1725-1805)
Portrait d’homme, 1763
Huile sur toile - 64,7 x 54,8 cm
Londres, National Gallery
Photo : Didier Rykner

On arrêtera ici l’énumération. Le principe des réserves visitables devrait être adopté par tous les musées et on peut apprécier que la National Gallery puisse montrer la plus grande partie de ses collections. Il est dommage cependant qu’elle le fasse de manière si parcimonieuse, une demi-journée par semaine. Mais il est vrai que la période, pour les musées anglais, est aux restrictions budgétaires…

English version


Didier Rykner, mardi 22 février 2011


Notes

1Il existe une autre réserve, non visitable.

2Dont une Vierge à l’enfant hélas beaucoup trop nettoyée.




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