L’Invention du Passé


Histoires de cœur et d’épée en Europe, 1802-1850
Lyon, Musée des Beaux-Arts, du 19 avril au 21 juillet 2014.

Gothique, mon amour..., 1802-1830.
Bourg-en-Bresse, Musée du Monastère royal de Brou, du 19 avril au 21 septembre 2014.

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1. Fleury Richard (1777-1852)
Valentine de Milan pleurant la mort de son
époux Louis d’Orléans
, 1802
Huile sur toile - 55,1 x 43,2 cm
Saint-Pétersbourg, Musée de l’Ermitage
Photo : Musée de l’Ermitage

Ce siècle avait deux ans… 1802 ne vit pas seulement naître Victor Hugo. Ce fut aussi la date d’apparition de la peinture dite troubadour puisque Valentine de Milan, par Fleury Richard (ill. 1) fut le premier tableau que l’on peut qualifier ainsi. Fort logiquement, il ouvre donc l’exposition que Lyon consacre, non à ce mouvement seulement, mais à la peinture d’histoire « de genre » ou « anecdotique » pendant la première moitié du XIXe siècle.
Mais Lyon n’est pas seule : c’est à un diptyque que nous convie son musée des Beaux-Arts, associé pour l’occasion avec le Monastère royal de Brou. Deux expositions magistrales, complétées de deux catalogues qui ne le sont pas moins. On aura du mal à leur trouver des défauts tant elles témoignent d’un goût très sûr et d’un travail approfondi sur le sujet. Une fois de plus, la province pourrait servir de leçon à certain musée parisien…

Les approches des deux expositions sont différentes mais complémentaires. Lyon propose un parcours chronologique particulièrement clair et didactique, en montrant le développement de cette peinture de genre historique qui commence avec les troubadours donc – y compris Ingres qui toute sa vie peignit des scènes s’y rattachant directement -, se poursuit avec Paul Delaroche et ses émules, sans oublier une intelligente section rappelant que Delacroix et Bonington eux-même sacrifièrent à cette mode en conservant des troubadours le sujet et la taille (souvent petite) mais en proposant un style fort différent, et se termine avec une section passionnante dédiée aux peintres européens influencés – toujours – par Delaroche.
Bourg, qui conserve (comme Lyon) une collection de peintures troubadour, a choisi plutôt un angle iconographique et une période plus courte (1802-1830), insistant sur la découverte du gothique et du moyen-âge, reliant fort intelligemment l’exposition et le cadre qui l’abrite : le monastère royal.



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Bref : la visite de ces deux expositions (dont on pourra avoir un aperçu dans la vidéo ci-dessus) s’impose, en privilégiant l’ordre Lyon-Bourg, plus signifiant1. Nous ne pourrons ici que donner un aperçu de leurs qualités en soulignant quelques points forts, sans volonté excessive de résumer le propos des catalogues dont nous conseillons l’achat.

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2. Fleury Richard (1777-1852)
L’Atelier du peintre, 1803
Huile sur toile - 24,6 x 20,2 cm
Londres, collection particulière
Photo : Didier Rykner

Lyon réussit, grâce à un parcours scandé de sections particulièrement bien choisies, à rendre son discours limpide. « La naissance d’un genre », première partie de la démonstration, restitue donc son dû à Fleury Richard, soit l’invention d’une nouvelle manière. David, dont il fut l’élève, aurait d’ailleurs déclaré, en voyant la Valentine de Milan dans l’atelier2, « Ce n’est pas de la peinture comme tout le monde le fait ! Ça ne ressemble à personne, c’est aussi nouveau d’effet que de couleur ; la figure est charmante et pleine d’expression, et ce rideau vert jeté devant cette fenêtre, fait une illusion complète. Voilà, mon cher, ce qu’il faut terminer, voilà le genre dans lequel vous devez réussir. » Bel hommage, et bel encouragement. Signalons la réapparition à l’occasion de cette exposition d’un délicieux petit tableau intitulé L’Atelier du peintre (ill. 2), en réalité un véritable autoportrait où l’artiste se montre dans un environnement moyenâgeux comme s’il était lui même le héros d’une de ses histoires.
Cette nouvelle manière de peindre présente certaines caractéristiques dont la réunion suffit à dire qu’on est devant une peinture « troubadour », terme qui ne fut inventé que plus tard : petite taille, sujet tiré de l’histoire du Moyen-Âge au sens large (ce terme englobait alors l’époque médiévale comme on l’entend aujourd’hui jusqu’au XVIIe siècle), style minutieux, porcelainé, qui n’est pas sans rappeler la manière de certains peintres de l’âge d’or hollandais.


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3. Pierre Revoil (1776-1842)
Le Tournoi, 1812
Huile sur toile - 133 x 174 cm
Lyon, Musée des Beaux-Arts
Photo : MBA de Lyon

Il ne s’agit cependant que d’un classement pratique qui ne décrit pas toute la complexité de cette époque. La taille, en particulier, n’est pas un critère absolu. Certains tableaux, comme le grand Henriette Lorimier, Jeanne de Navarre conduisant son fils Arthur au tombeau de son père Jean IV, duc de Bretagne (actuellement présenté au Luxembourg dans l’exposition sur Joséphine et dont une esquisse est présentée à Bourg-en-Bresse), ou plusieurs tableaux de Pierre Revoil (ill. 3), ami de Fleury Richard avec qui les relations s’avérèrent compliquées, ne peuvent être qualifiés de « petits ». Ceux-ci sont pourtant indubitablement des tableaux troubadour, comme l’est également Marie-Stuart, reine d’Écosse, recevant sa sentence de mort que vient de ratifier le parlement3 par le fort peu connu Jean-Baptiste Vermay.


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4. Paul Delaroche (1797-1856)
Jeanne d’Arc, malade, est interrogée
dans sa prison par le cardinal de Winchester
, 1824
Huile sur toile - 277 x 217,5 cm
Rouen, Musée des Beaux-Arts
Photo : MBA de Rouen

Les choses se brouillent encore davantage quand on considère les peintures de Paul Delaroche : sa Jeanne d’Arc devant le cardinal de Winchester (ill. 4), ses Enfants d’Édouard, son Cromwell et Charles Ier, tableaux célébrissimes tous trois exposés ici relèvent assurément du genre anecdotique de par leur sujet, mais ils n’ont plus rien de troubadour par leur taille (cette fois-ci décidément trop grande) ou par leur manière, souvent qualifiée à l’époque de « juste milieu » ; on est ici stylistiquement entre Ingres et Delacroix, en tout cas assez loin du style porcelainé des peintres troubadours, dans ce que l’on qualifie désormais de « genre historique ». Mais comme pour brouiller les pistes car toute simplification est abusive, la présence d’une version de L’Assassinat du duc de Guise (le tableau de Chantilly est bien sûr interdit de prêt) peut faire vaciller les convictions. Si le Musée Magnin avait envoyé son Filippo Lippi amoureux de la religieuse, on aurait pu avoir ici un « vrai » tableau troubadour peint par Delaroche. Il n’y a évidemment pas de solution de continuité entre tous ces styles, tous ces peintres, toutes ces manières et la décision des organisateurs de ne pas s’être contentés de la peinture troubadour permet de bien comprendre ce foisonnement artistique. L’exposition aurait d’ailleurs pu montrer d’autres artistes comme Horace Vernet ou Ary Scheffer, curieusement absents, mais heureusement pris en compte dans le catalogue, notamment dans l’essai de Marie-Claude Chaudonneret (« Art et politique », p. 26)


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5. Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867)
Paolo et Francesca, 1819
Huile sur toile - 48 x 39 cm
Angers, Musée des Beaux-Arts
Photo : MBA d’Angers
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6. Marie-Philippe-Coupin de la Couperie (1773-1851)
Les Amours funestes de Paolo Malatesta
et Francesca da Rimini
, 1812
Huile sur toile - 105 x 82 cm
Arenenberg, Musée Napoléon Thurgovie
Photo : Didier Rykner

Ingres lui même, on l’a dit, exécuta des tableaux troubadours. Il y mit bien sûr un peu plus que ce qu’on trouve chez des peintres de moindre envergure, et on retrouve dans certains de ses tableaux son goût pour une stylisation extrême, parfois au delà du naturel. C’est ainsi, par exemple, que Paolo embrassant Francesca (ill. 5) rappelle les déformations que l’on trouve dans Jupiter et Thétis. La comparaison avec le tableau de même sujet de Coupin de la Couperie (ill. 6) est à cet égard passionnante en montrant ce qui sépare les deux artistes. Pourtant, contrairement à ce que l’on pourrait penser, car les deux compositions sont extrêmement proches, le second ne s’est pas inspiré du premier. Au contraire, Ingres reprend le sujet, peint deux ans plus tôt4 et l’« ingrise ».
Cette section permet également au musée de montrer son récent achat du bel Arétin et l’envoyé de Charles-Quint (voir la brève du 24/12/12).


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7. Clémence-Sophie de Sermezy (1767-1850)
Dame conseillant un page, 1824
Pierre de Provence et la belle Maguelonne
Terres cuites - 27 x 28 x 13 cm et 22,4 x 26,4 x 14,3 cm
Paris, Petit Palais et collection particulière
Photo : Didier Rykner
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8. Auguste Couder (1789-1873)
La Mort de Masaccio, 1817
Huile sur toile - 88 x 65 cm
Grenoble, Musée de Grenoble
Photo : Musée de Grenoble

Il faut dire ici un mot de la sculpture, l’un des nombreux mérites de cette exposition étant en effet d’avoir su faire une place à ce médium qui, cela apparaît clairement, connut également une période troubadour, ou au moins de « genre historique ».
Deux statuettes de la Lyonnaise Mme de Sermezy le démontrent amplement (ill. 7). Elle était d’ailleurs amie de Pierre Revoil. D’autres petites statues, en bronze ou en terre cuite, jalonnent le parcours. On notera par exemple les bronzes de Feuchère, Léonard de Vinci et Benvenuto Cellini qui viennent opportunément compléter une section consacrée aux vies d’artistes. Cette partie iconographique constitue une pause dans le développement jusqu’ici plutôt chronologique et monographique (les œuvres d’un même auteur ont souvent été regroupées). La célébration des peintres et des sculpteurs des siècles passés est en effet une constante au XIXe siècle (que l’on pense à ces réunions allégoriques d’artistes célébrées par Delaroche et ses émules ou aux décors des salles de musée – le Salon carré du Louvre). Giotto, Cimabue, Léonard, Titien… ils sont l’objet d’anecdotes plus ou moins exactes que les peintres se plaisent à illustrer, pour montrer soit le génie précoce de l’artiste, soit sa proximité avec les grands de ce monde, soit quelque épisode édifiant. La mort des artistes (ill. 8), unanimement regrettés et portés au panthéon, est également un sujet souvent traité.


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9. Gillot Saint-Èvre (1791-1858)
L’Éducation de Marie Stuart
à la cour de France
, 1836
Huile sur toile - 176 x 134 cm
Versailles, Musée national des châteaux de
Versailles et de Trianon
Photo : Didier Rykner
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10. Joseph-Nicolas Robert-Fleury (1797-1890)
Scène de la Saint-Barthélemy. Assassinat
de Brion, gouverneur du prince de Conti
, 1833
Huile sur toile - 164 x 130 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Didier Rykner

La suite de l’exposition, à l’étage, montre l’influence – souvent grâce à l’estampe - de Paul Delaroche sur la peinture européenne. Celle des Enfants d’Édouard d’abord, dont s’inspirèrent des Polonais (voir l’article qu’avait publié ici Stéphane Paccoud, l’un des deux commissaires de l’exposition), des Allemands (voir notre recension de l’exposition sur l’école de Düsseldorf) ou des Français comme Claudius Jacquand, lyonnais, auteur de tableaux troubadours, qui dans le Gaston de Foix récemment offert au Louvre sous réserve d’usufruit (voir la brève du 6/11/10) montre toute sa dette envers ce tableau.
Après la petite section consacrée à Delacroix et Bonington, la salle suivante poursuit dans cette veine romantique. On y retrouve des tableaux à nouveau proches de Delaroche : encore un Claudius Jacquand, mais aussi des « romantiques » plus orthodoxes comme Alexandre Colin ou Eugène Devéria, Gillot Saint-Èvre (ill. 9), Joseph-Nicolas Robert-Fleury (ill. 10)…


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11. Édouard de Biefve (1808-1880)
Le Compromis des nobles en 1566
Huile sur toile - 149 x 200 cm
Liège, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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12. Viktor Madarász (1830-1917)
La Déploration de László Hunyadi, 1859
(non exposé)
Huile sur toile - 65,3 x 81 cm
Budapest, Magyar Nemzeti Galéria
Photo : D. R. (domaine public)

Les importantes sections consacrées aux peintures européennes constituent un des points très forts de la démonstration. Nous n’avons pas souvenir d’une exposition en France qui montre autant de tableaux d’histoire étrangers de la première moitié du XIXe siècle. Certaines œuvres, pour des raisons de place, n’ayant pu venir à Lyon, sont tout de même incluses dans le catalogue. On découvrira ainsi des peintures d’artistes à peu près inconnus dans notre pays, comme Édouard de Biefve (ill. 11) en Belgique, Simon Opzoomer aux Pays-Bas, Józef Simmler pour la Pologne ou Lorenzo Vallès pour l’Espagne.
Parmi les tableaux les plus frappants, on mentionnera celui de l’Anglais Augustus Egg, La Nuit avant Naseby, avec son bel effet nocturne ou une œuvre hélas non exposée, mais bénéficiant d’une notice, La Déploration de László Hunyadi par Viktor Madarász (ill. 12).
La réputation de certains artistes européens a cependant franchi les frontières. Il en va ainsi du Belge Louis Gallait, dont on voit ici une version des Derniers Honneurs rendus au comte d’Egmont et de Hornes qui rappelle le Cromwell et Charles Ier de Delaroche, l’Italien Francesco Hayez, ce qui donne l’occasion d’admirer l’un des meilleurs achats récents du Louvre, Marie Stuart protestant de son innocence à la lecture de sa condamnation à mort (voir la brève du 13/12/12) ou Federico de Madrazo, auteur du splendide Gonzalve de Cordoue parcourant le champ de bataille de Cérignole, tableau éminemment delarochien mais imprégné aussi de la leçon de Vélazquez (notamment de La Reddition de Breda). Cette section européenne, véritable exposition dans l’exposition, justifierait à elle seule un déplacement à Lyon, comme l’importante section du catalogue, ses notices et ses nombreux essais consacrés à ces écoles nationales rendent indispensable l’achat du catalogue à quiconque est intéressé par la peinture du XIXe siècle.

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13. Charles-Caïus Renoux (1795-1846)
Moines dans une église gothique en ruine
Huile sur toile - 73 x 92 cm
Grenoble, Musée de Grenoble
Photo : Didier Rykner

De Lyon, on se rendra donc ensuite à Bourg-en-Bresse, accessible facilement soit en train, soit par la route, en à peine une heure.
On l’a dit plus haut : la période étudiée est ici plus courte et se concentre essentiellement sur l’art troubadour, en relation avec la redécouverte du gothique. Elle commence donc fort logiquement avec les représentations d’un lieu qui devint presque mythique après sa disparition : le Musée des Monuments français qu’Alexandre Lenoir avait créé dans le couvent des Petits-Augustins (aujourd’hui l’École des Beaux-Arts) avec les sculptures sauvées du vandalisme révolutionnaire. De nombreux artistes le peignirent, soit pour lui-même, soit en en faisant le cadre de scènes historiques. On voit ainsi, de Charles-Marie Bouton, deux tableaux très proches représentant la salle du XIVe siècle, l’un purement descriptif, l’autre où l’on voit Charles VI pris d’une crise de folie sous le regard d’Isabeau de Bavière.
Charles-Marie Bouton, son ami Louis Daguerre, mais aussi Jean-Baptiste Mallet, Charles-Caïus Renoux (ill. 13) ou Auguste de Forbin (ill. 14)… L’exposition de Bourg complète bien celle de Lyon en montrant des artistes qui en sont absents. Parmi ceux-ci, la méconnue Rosalie Caron dont le musée vient d’acquérir deux très beaux tableaux (voir la brève du 3/2/14) présentés à côté d’un troisième (ill. 15), actuellement sur le marché de l’art et pour l’achat duquel une souscription va bientôt être lancée.


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14. Auguste de Forbin (1777-1841)
Vue intérieure du cloître de
Saint-Sauveur à Aix-en-Provence
, 1829
Huile sur toile - 157 x 114 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Didier Rykner
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15. Rosalie Caron (1790- ?)
Mathilde et Malek-Adhel surpris dans le tombeau
de Montmorency par l’archevêque de Tyr
, 1824
Huile sur toile - 130 x 100 cm
Marché de l’art
Photo : D. R. (domaine public)

Le parcours est ici davantage thématique, même s’il est difficile de segmenter ce type de peintures par sujet : Mathilde et Malek-Adhel au tombeau de Montmorency illustre ainsi, avec les deux autres toiles de Rosalie Caron, les histoires d’amour impossibles, mais elle pourrait également se trouver dans la section précédente « Cryptes et tombeaux ». Aucun doute devant ces œuvres : si les peintres viennent souvent de l’atelier de David, on est bien ici dans une veine romantique où prédomine le sentiment, voire le sentimentalisme.
Il est amusant de voir certains thèmes rares être traités par plusieurs artistes. Ainsi de Vert-Vert, histoire d’un perroquet au langage peu châtié rééduqué par les religieuses qui l’ont recueilli, dont on voit ici des versions par Fleury Richard, Claudius Jacquand et l’obscur Jean-Claude Rumeau. Les peintres troubadours savaient donc aussi s’amuser.


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16. Auguste Mathieu (1810-1864)
Le roi François Ier visitant l’église de Brou, 1842
Huile sur toile - 178 x 210 cm
Bourg-en-Bresse, Musée du Monastère royal de Brou
Photo : Musée du Monastère royal de Brou
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17. Alexandre-Louis-Robert Millin du Perreux (1764-1843)
Jeanne d’Arc au château de Loches, 1819
Huile sur toile - 115 x 165 cm
Tours, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner

Cloîtres, couvents, églises… L’architecture médiévale est ici partout présente. L’église de Brou a pu également servir de décor comme on le voit notamment dans un tableau d’Auguste Mathieu montrant François Ier la visitant (ill. 16). Cette œuvre de grande dimension (nous l’avons dit plus haut, la petite taille n’est pas un caractère absolu) est datée de 1842 ce qui montre à quel point le style troubadour se poursuivit longtemps après l’Empire. Deux autres, signées du Milanais Luigi Bisi, montrent avec celle-ci que l’intérieur de l’église n’a guère changé et est particulièrement bien préservé.

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18. Louis-Julien Aulnette du
Vautenet (1786-1853 ou 1863)
Le Retour du pélerin, 1818
Huile sur toile - 46,7 x 38,5 cm
Rennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : MBA de Rennes

Le premier étage délaisse les décors religieux pour le profane. Les châteaux forts sont également une source d’inspiration pour les peintres dont certains tels Turpin de Crissé ou Alexandre-Louis-Robert Millin du Perreux (ill. 17) s’en font presque une spécialité. Il est cependant dommage que Les Adieux de René à sa sœur, tableau de Turpin de Crissé conservé à Chatenay-Malabry dans la maison de Chateaubriand, qui bénéficie d’une notice dans le catalogue, ne soit pas exposé. Il est intéressant à plusieurs titres, montrant à la fois la continuité entre ces peintres et la peinture de paysage du XVIIIe siècle (et ici particulièrement Joseph Vernet), mais aussi la proximité que certains artistes français peuvent avoir avec les romantiques allemands, que montre aussi dans une moindre mesure le Château et donjon de Chaumont de François-Alexandre Pernot.

Le parcours burgien se termine sur des scènes se déroulant dans des intérieurs gothiques – ce qui est l’occasion de montrer encore des artistes peu connus, comme Hubert Potier ou Louis-Julien Aulnette du Vautenet (ill. 18) - mettant en regard des objets d’art avec ceux que l’on voit dans les tableaux. Le goût troubadour est bien déjà néo-gothique, une tendance qui se poursuivit tout au long du siècle. La conclusion sur un beau tableau de l’Italien Luigi Mussini appartenant au Musée du Monastère royal de Brou, évoquant l’école néoplatonicienne de Florence, semble un peu hors sujet, cette œuvre pouvant difficilement être rattachée à l’art troubadour qui forme le sujet de l’exposition de Bourg-en-Bresse. Un propos complémentaire de celui de Lyon, un peu plus réduit mais, comme on l’a vu, non moins passionnant.

Commissaires : Stephen Bann et Stéphane Paccoud (Lyon) ; Magali Briat-Philippe (Bourg-en-Bresse).


Sous la direction de Magali Briat-Philippe, L’invention du passé. Gothique mon amour... 1802-1830. Tome I, Hazan, 2014, 192 p., 29 €. ISBN : 9782754107617.


Sous la direction de Stephen Bann et de Stéphane Paccoud, L’invention du passé. Histoires de cœur et d’épée en Europe, 1802-1850. Tome II, Hazan, 2014, 320 p., 42 €. ISBN : 9782754107600. Signalons que ce catalogue comporte également un CD avec des annexes très utiles dont des notices biographiques sur les artistes, l’inventaire du Fonds Richard et le répertoire des œuvres à sujet historique exposées au Salon parisien entre 1802 et 1850. Notons cependant qu’il manque dans cette liste au moins une œuvre : le Henri de Bourbon au tombeau de Fleurette par Jean-Louis Bezard exposé au Salon de 1840...


Informations pratiques  : Musée des Beaux-Arts de Lyon, 20 place des Terreaux, 69001 Lyon. Tél : 00 33 (0)4 72 10 17 40. Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 10h à 18h, le vendredi de 10h30 à 18h. Tarifs : 9 € (tarif réduit : 6 €). Site du Musée des Beaux-Arts de Lyon
Musée du Monastère royal de Brou, 63 boulevard de Brou 01000 Bourg-en-Bresse. Tél : +33 (0)3 27 22 57 20. Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h. Tarif : 7,50 €.
Site du Monastère royal de Brou
Sur présentation du billet du Musée des Beaux-Arts de Lyon, le visiteur bénéficie d’une réduction sur le billet d’entrée à Brou, et réciproquement.

Autour des expositions :

Exposition : Le passé retrouvé (galerie Descours)

Pour accompagner l’exposition du Musée des Beaux-Arts de Lyon, la galerie Michel Descours, rue Auguste-Comte, montre également, jusqu’au 19 juillet, un important ensemble de peintures troubadours et de genre historique, accompagné d’un catalogue écrit par Mehdi Korchane. Nous n’avons malheureusement pas eu le temps de le voir lors de notre visite à Lyon, mais le catalogue montre un nombre important d’œuvres dont beaucoup auraient pu être accrochées au musée. On signalera, par exemple, trois tableaux de Pierre-Charles Comte, un Lyonnais également bien représenté dans l’exposition, une très jolie toile de Louis Ducis, Le Tasse lisant à la princesse Léonore d’Este, un épisode de La Jérusalem délivrée ou une superbe Religieuse jouant de l’orgue de Claudius Jacquand (ill. 19). Signalons que deux tableaux récemment acquis par le Louvre (le Gaston de Foix du même Jacquand et le Hayez dont nous parlions plus haut) proviennent de la galerie Descours.

Site de la galerie Descours.


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19. Claudius Jacquand (1803-1878)
Religieuse jouant de l’orgue, 1842
Huile sur toile - 40,9 x 32,5 cm
Galerie Michel Descours
Photo : Galerie Michel Descours
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20. Fleury Richard (1777-1852)
Comminge et Adélaïde, 1846
Huile sur toile
Lyon, Musée des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner

Publication : Fleury Richard (1777-1852). Les pinceaux de la mélancolie

Ce livre se base largement sur le fonds Richard offert au Musée des Beaux-Arts de Lyon en 2005, et notamment sur ses Souvenirs inédits rédigés à la fin de sa vie. Le récit de la vie de l’artiste lyonnais se mêle à l’analyse de son œuvre, de sa première (et unique) tentative de grand tableau d’histoire davidien : L’Impératrice Irène de Byzance et son fils Constantin Porphyrogénète, aujourd’hui perdu et connu seulement par un dessin préparatoire, jusqu’à sa dernière œuvre, Comminge et Adélaïde (ill. 20), exposée au Salon de 1846 (montrée à Bourg-en-Bresse), alors que l’artiste avait posé les pinceaux depuis près de vingt ans. On y apprend beaucoup de choses, par exemple qu’en inventant un nouveau style, le peintre hollandais auquel il se réfère est Adriaen van der Werff.
Fort bien écrite et très documentée, cette biographie se lit comme un roman. Patrice Béghain et Gérard Bruyère étudient notamment les relations difficiles entre Richard et Revoil, les deux peintres généralement considérés comme les créateurs du style troubadour (terme que les auteurs trouvent réducteur alors qu’il nous paraît au contraire très bien trouvé) et qui se disputèrent le titre de « père » de l’école lyonnaise.


Patrice Béghain et Gérard Bruyère, Fleury Richard (1777-1852). Les pinceaux de la mélancolie, Éditions Livres EMCC, 2014, 384 p., 35 €. ISBN : 9782357403345.



Didier Rykner, dimanche 11 mai 2014


Notes

1Les catalogues ont choisi l’ordre inverse, celui de Bourg-en-Bresse constituant le tome I, celui de Lyon le tome II.

2Le témoignage est de Fleury Richard lui-même dans ses souvenirs.

3Les auteurs ont choisi à juste titre de conserver les titres donnés par les catalogues des Salons, choix que nous ne retiendrons cependant pas toujours dans cette recension pour éviter de surcharger le texte, les titres étant parfois fort longs.

4La première version d’Ingres date de 1814, le tableau de Coupin de la Couperie de 1812.





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