Journées du Patrimoine : l’avenir du passé antérieur et vice versa


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Sans rire, le thème des journées du patrimoine qui se tiendront les 19 et 20 septembre prochains est… le XXIe siècle. Place aux jeunes ! Les vieux croulants - on parle de monuments - sont des rabat-joie qui radotent et ressassent le passé. Désormais on veut voir un « geste architectural ». Et tant pis pour l’étymologie de « patrimoine » qui signifie « héritage du père » : tout le monde a le droit d’avoir un complexe d’Œdipe.

Lors de la conférence de presse qu’elle a tenue ce matin, la Ministre de la Culture a refusé d’entrer dans la querelle des Anciens et des Modernes, et d’opposer patrimoine et création contemporaine. Malraux lui-même n’a-t-il pas protégé l’architecture de Le Corbusier du vivant même de l’architecte ? Certes. Mais André Malraux s’est aussi occupé de la protection du patrimoine architectural et historique de la France, lui.
Fleur Pellerin persiste et rappelle que le patrimoine de notre pays « n’est pas que témoin du passé  » – diantre non, quelle horreur - « mais il a, au contraire, un présent ». Pour avoir un présent, encore faut-il être debout. Et pour avoir de l’avenir, encore faut-il être classé Monument historique. Les exemples d’églises détruites sont pléthore, on peut aussi parler des Salons Mauduit de Nantes et de bien d’autres affaires dont La Tribune de l’Art se fait régulièrement l’écho... Mais après tout, c’est l’avantage du patrimoine du XXIe siècle : non seulement il y a moins de livres à lire pour en connaître l’histoire, mais la restauration coûte moins cher. Surtout lorsque le bâtiment n’est pas encore construit. On l’imagine, c’est encore mieux !

« Dire que le patrimoine a un présent, c’est aussi évoquer le moment où le bâti se bâtit, où le geste architectural se dessine, où l’avenir se construit  ». Comme la poésie, on n’a pas besoin de comprendre pour trouver ça beau. La suite arrache même une larme : « Il faut s’efforcer de regarder le présent avec l’œil de l’avenir ». Et pourquoi pas faire du futur antérieur un plus-que-parfait ?
Et Fleur Pellerin de citer à nouveau Malraux : « Dans notre civilisation, l’avenir ne s’oppose pas au passé : il le ressuscite  ». Et Fleur Pellerin de corriger Malraux : L’avenir ressuscite le passé... « Je dirais plutôt qu’il le réinvente ». Hélas. Pourrait-on cesser de réinventer le passé et se contenter de le protéger, tel qu’il est ?
Il faut tout de même reconnaître qu’elle est assez douée pour réinventer, notamment l’Histoire, affirmant, au sujet des Rembrandt Rothschild, qu’après avoir refusé de signer l’interdiction de sortie du territoire, elle avait aussitôt contacté le Rijksmuseum pour trouver une solution de partenariat1.

L’’essentiel finalement, c’est de partager un « désir de culture » et de vaincre ce « sentiment d’illégitimité » qu’éprouvent certains Français lorsqu’ils entrent dans des lieux culturels. Un sentiment que Fleur Pellerin doit éprouver souvent depuis son arrivée au Ministère. En témoigne la vidéo dans laquelle elle fait visiter son bureau et qui se passe de commentaire.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mardi 15 septembre 2015


Notes

1Remarquons que cette histoire réinventée - La Tribune de l’Art qui a révélé l’affaire est bien placée pour savoir qu’il s’agit d’une fable - est également racontée par Jean-Luc Martinez sur BFM TV (voir à 11’55")...





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