L’escalier de la Bnf et la malédiction du ministère de la Culture


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Jean-Louis Pascal (1837-1920)
Escalier menant au Cabinet des Médailles
Paris, Bibliothèque nationale, site Richelieu
Photo : Didier Rykner

Le poste de ministre de la Culture est-il définitivement réservé à des gens indifférents aux musées et au patrimoine, incapables d’agir ou tout simplement nuls ? La question peut être posée, quand on apprend qu’Aurélie Filippetti a donné finalement l’autorisation à la Bibliothèque nationale de France de détruire l’escalier construit par Jean-Louis Pascal.

Cette histoire, que les lecteurs de La Tribune de l’Art peuvent suivre depuis de nombreuses années (voir les articles), relève du mauvais feuilleton. Dans un premier temps, Frédéric Mitterrand avait décidé de sauver l’escalier. Puis il y avait renoncé, juste avant son départ, comme il l’explique dans son livre de souvenirs sur son passage au ministère de la Culture.
À peine arrivée à ce même ministère, Aurélie Filippetti semblait vouloir prendre le problème à bras-le-corps. Elle avait en effet expliqué en interne qu’on ne pouvait détruire un escalier en bon état pour en reconstruire un autre, surtout quand l’argent manque, et qu’on comprendrait difficilement que le ministère de la Culture protège le patrimoine à Orléans et le détruise à Paris. Le coup d’éclat de la rue des Carmes à Orléans, où elle a réussi à faire protéger deux immeubles, restera donc son seul fait d’arme. Et encore ! Puisqu’il est si facile, d’un trait de plume, de rayer des inventaires un monument inscrit, rien ne l’empêche désormais, ou son successeur, de donner satisfaction à Serge Grouard.

Les renoncements de cette ministre ne se comptent plus, de la halle de Fontainebleau aux Serres d’Auteuil dont elle se désintéresse depuis le début, de l’église d’Abbeville à celle de Gesté, toutes deux détruites sans que le ministère lève le petit doigt ; on peut se demander à son propos ce qu’on disait déjà de Frédéric Mitterrand : « à quoi sert donc le ministre de la culture ? ». Une question qui ne plaisait pas à celui-ci puisque dans son livre il nous répond à propos du château d’Ancenis : « Mais à se rendre sur place, mon petit vieux ! C’est déjà ça. (sic) » Et bien oui, pour Frédéric Mitterrand, un ministre sert à se rendre sur place ! On n’est pas certain qu’Aurélie Filippetti ait même cette utilité puisqu’on ne la rencontre presque jamais dans toutes les occasions où elle pourrait faire preuve de son intérêt pour le patrimoine et les musées.

Mercredi dernier donc, dans une réunion de direction à la Bibliothèque nationale de France, on a pu annoncer triomphalement que la ministre avait enfin donné son accord pour la destruction de cet escalier. Un escalier pourtant protégé au titre des monuments historiques et, il faut le signaler, dont la rampe conserve encore des éléments de celui du XVIIIe siècle construit par Robert de Cotte1.
Tout cela est misérable, lamentable, honteux. Pire encore, cette décision était prise au moment même où le ministère réunissait tous les acteurs de la protection du patrimoine pour un événement qui se déroule tous les deux ans : « les Entretiens du patrimoine et de l’architecture ». Peut-on être plus cynique ou plus méprisant ?

Et c’est ce même ministère qui prétend proposer une nouvelle loi sur le patrimoine, alors qu’il n’est même pas capable de faire respecter ce qui existe. Un ministère sans réel poids politique, dans un gouvernement moribond, qui va se présenter devant un parlement où la majorité des députés, qu’ils soient de gauche ou de droite, n’a qu’une envie, diminuer encore les contraintes qui pèsent sur les élus en affaiblissant autant que faire se peut les lois patrimoniales.
Nous avons pu étudier ce projet de loi sur lequel nous reviendrons prochainement. Il est pétri de bonnes intentions et il propose parfois des améliorations, mais sur bien des points il ouvre la porte à des amendements qui pourraient être catastrophiques. On ne voit pas bien comment le ministère de la Culture pourrait le faire voter dans de bonnes conditions. Il joue à l’apprenti sorcier.

Renauld Donnedieu de Vabres, Christine Albanel, Frédéric Mitterrand et, aujourd’hui, Aurélie Filippetti ? Oui, décidément, ce ministère est maudit !


Didier Rykner, vendredi 22 novembre 2013


Notes

1Et non Gabriel comme nous l’avions écrit par erreur.




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