Deux tableaux troubadours acquis par Bourg-en-Bresse


3/2/14 – Acquisitions – Bourg-en-Bresse, Monastère royal de Brou – D’avril à septembre de cette année, le Musée des Beaux-Arts de Lyon s’associe au Musée de Brou pour présenter une grande rétrospective consacrée aux peintres troubadours. Bourg-en-Bresse, qui conservait déjà un grand nombre d’œuvres relevant de ce courant, vient d’acquérir, l’un par achat (auprès d’Étienne Bréton à Paris) et l’autre par don (des amis du musée) une paire de tableaux peints par Rosalie Caron et représentant Mathilde et Malek-Adhel au tombeau de Montmorency pour le premier et Mathilde surprise dans les jardins de Damiette par Malek-Adhel pour le second.


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2. Rosalie Caron (1790- ?)
Mathilde et Malek-Adhel au tombeau
de Montmorency
, 1814
Huile sur toile - 120 x 100 cm
Bourg-en-Bresse, Monastère royale de Brou
Photo : Saint-Honoré Art Consulting
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1. Rosalie Caron (1790- ?)
Mathilde surprise dans les jardins de
Damiette par Malek-Adhel
, 1817
Huile sur toile - 120 x 100 cm
Bourg-en-Bresse, Monastère royale de Brou
Photo : Saint-Honoré Art Consulting

L’artiste est fort mal connue. Née en 1790, élève de Jean-Baptiste Regnault, elle exposa au Salon à plusieurs reprises entre 1812 et 1833, et on ignore sa date de mort. Le dictionnaire Bellier-Auvray, dont il faut d’ailleurs se méfier car il est souvent approximatif, ne donne pas d’autres informations1.
Ces deux œuvres, quoi qu’il en soit, correspondent parfaitement à la définition du style troubadour : des scènes historiques anecdotiques, souvent tirées de la littérature, peintes d’une manière très fine et porcelainée inspirée des artistes nordiques. Les œuvres sont souvent de petites tailles, celles-ci faisant un peu exception à cette règle puisqu’elles mesurent 1,20 de haut.
Bien qu’exposées à trois ans d’intervalle au Salon (la première en 1814, la seconde au 1817), ces deux toiles de dimensions identiques et dont les compositions se répondent forment des pendants. Le sujet est tiré du roman Mathilde ou Mémoires tirés de l’histoire des croisades publié par Sophie Cottin en 1805.

Le second tableau peint en 1817 précède chronologiquement celui de 1814 dans le déroulé de l’histoire. On y voit Malek-Adhel, frère de Saladin, déclarer sa flamme à Mathilde, sœur de Richard Cœur de Lion, qu’il retient prisonnière à Damiette : « Ô vous, lui dit-il, qui faites de moi un nouvel être, fille du ciel, angélique beauté !... Vous qui surpassez tout ce que j’ai vu de beau en ma vie, qui m’embrasez d’un feu ardent que je n’ose satisfaire, et dont je crains presque de vous parler... Vous qui disposez déjà de ma volonté et de ma vie, où avez-vous pris votre puissance ? ».
Mais Mathilde est promise par son frère, Richard Cœur de Lion à Lusignan. Elle va se recueillir dans le caveau où se trouve le tombeau de Josselin de Montmorency (un autre de ses prétendants, mort pendant le siège de Saint-Jean-d’Acre) et y est rejointe par Malek-Adhel qui ne veut pas se convertir par fidélité à son frère. Cruel dilemme : « Je suis auprès de toi l’ennemi des miens ; toi que ma patrie déteste, toi qui as refusé de reconnaître mon Dieu ; j’y suis par ma volonté, j’y reste par ma faiblesse ; ma conscience crie, s’indigne, je ne l’entends plus, ou je ne l’entends que pour en être déchirée sans fruit Voilà ma position, Malek-Adhel, et tu me demandes ce qui m’agite ! Et tu veux que je retrouve du calme pour t’entendre ? ».
Rosalie Caron illustre avec fidélité ces déclarations enflammées, Mathilde présentant toute la modestie qui sied à la chasteté qu’elle conservera jusqu’à la fin du roman.

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Didier Rykner, mardi 4 février 2014


Notes

1Il ne donne d’ailleurs pas sa date de naissance que nous avons reprise de la fiche fournie par le vendeur mais dont nous ne savons pas la source.





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