Des inondations au Louvre classées « secret défense »


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Nicolas Poussin (1594-1665)
L’Hiver, 1660-1664
Huile sur toile - 118 x 160 cm
Paris, Musée du Louvre
Un des quatre tableaux des Saisons dont trois
ont été endommagés par l’inondation (mais on
ne saura pas lesquels, ni quels sont les dommage)
Photo : Domaine Public
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L’an dernier, les journées du patrimoine étaient consacrées au thème « Patrimoine et citoyenneté » (voir l’article). Au même moment, alors que nous croisions la DRAC du Centre-Val-de-Loire et que nous nous étonnions auprès d’elle de n’avoir reçu aucune réponse à propos de nos interrogations sur la construction d’une nouvelle aile au Musée des Beaux-Arts de Tours (depuis heureusement abandonnée), celle-ci nous avait répondu : « Je ne peux pas vous parler à ce sujet, il faut attendre que tout soit terminé » (voir cet article).

Cette attitude de mépris d’une fonctionnaire démontrait, s’il le fallait, qu’en réalité les relations du ministère de la Culture et des institutions qui lui sont rattachées avec la « citoyenneté » sont très épisodiques. Une journaliste spécialisée dans le nucléaire qui, exceptionnellement, m’interrogeait pour un sujet « patrimoine », s’étonnait que le secret soit bien plus grand dans le milieu de la culture que dans celui de l’énergie nucléaire ! On en a des exemples tous les jours, notamment en cas de sinistres.

Certains directeurs de musées semblent considérer que les œuvres leur appartiennent, et qu’il ne faut surtout rien révéler des accidents qui peuvent leur arriver. Cela n’est pas nouveau. Si nous ne trouvons pas l’information par nous même, personne n’en saura rien. Hier, nous avons ainsi appris que la Bibliothèque nationale avait été victime, une fois de plus, d’une inondation due aux pluies torrentielles qui se sont abattues sur Paris (voir la brève du 10/7/17). Une centaine de manuscrits médiévaux ont été touchés. Y-a-t-il eu un communiqué de la BnF ? A-t-on invité les journalistes à venir constater les dégâts ? A-t-on fait un bilan public de ce sinistre ? Non, bien entendu. Notre information n’a pas été encore reprise par d’autres journaux, et les citoyens qui pourraient être intéressés par celle-ci et qui ne liraient pas La Tribune de l’Art n’en sauront rien. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ne disons rien, on ne sait jamais, on pourrait nous demander des comptes.

Le Louvre n’est pas plus transparent, il l’est même encore moins. Si la Bibliothèque nationale a répondu à nos demandes, le Louvre est muet depuis que nous l’avons interrogé sur l’étendue réelle des dommages causés par la même tempête. Ceux-ci ne semblent pourtant pas anodins. D’après nos informations - que nous n’avons donc pas pu vérifier auprès de la direction du musée qui garde le silence, mais que nous avons pu recouper via plusieurs sources - trois des tableaux des Saisons de Nicolas Poussin ont été endommagés par l’eau, une peinture de Jean-François de Troy également. Les réserves des antiquités égyptiennes et orientales ont été inondées, heureusement sans dommage pour les œuvres, tandis que des faux plafonds des salles de l’Orient méditerranéen dans l’Empire romain, refaites en 2012 (!), se sont effondrés et que des tissus coptes ont été mouillés. Les toiles françaises dans la salle des Sept Cheminées ont été enlevées en raison des infiltrations. Toutes ces informations sont incomplètes car le Louvre estime manifestement que cela ne regarde pas le public.

Cette attitude de rétention des informations de la part de la Présidence du Louvre et des directeurs de départements est tout simplement insupportable. Les œuvres du Louvre n’appartiennent pas à Jean-Luc Martinez, elles appartiennent à tous les Français. Le président-directeur a notamment pour rôle de les conserver pour les transmettre aux générations suivantes. Lorsqu’il échoue dans cette mission, nous avons le droit de savoir ce qui a été endommagé, et quelle est la gravité de la situation. Il est possible que la responsabilité du Louvre ne soit pas engagée face à des averses qui ont manifestement battu tous les records. Mais que penser du secret que celui-ci voudrait pouvoir garder sur ces événements ? Un conservateur que nous avons interrogé nous a simplement répondu qu’il n’avait pas l’autorisation de dire quoi que ce soit sur ce sujet, preuve que des consignes en ce sens leur ont été données par leur direction. Il s’agit donc d’une politique menée sciemment.

Cela est inacceptable, et des explications devront être fournies. Nous avons le droit de connaître les dommages subis par les collections du Louvre.


Didier Rykner, mardi 11 juillet 2017





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