Coypel et Tournières, deux acquisitions de peintures françaises par Caen


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1. Robert Le Vrac Tournières (1628-1707)
Autoportrait avec Pierre de La Roche,
mousquetaire du roi
, 1704
Huile sur panneau - 42,2 x 33,3 cm
Caen, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Caen

16/7/14 Acquisitions - Caen, Musée des Beaux-Arts - Le Musée des Beaux-Arts fait ses courses au Metropolitan Museum, ou c’est tout comme. Lors de la vente Christie’s du 30 janvier 2014, il a acquis un Autoportrait avec Pierre de la Roche de Robert Le Vrac Tournières (ill. 1), peintre né et mort à Caen, qui appartenait au Metropolitan qui s’en est dessaisi lors d’une opération de deaccessioning. Ce musée, qui achète beaucoup et souvent très bien, vend également de nombreuses œuvres selon des critères qui nous échappent souvent (voir la brève du 26/5/12). Ce tableau, de belle qualité, est assez représentatif de ce peintre, collaborateur de Hyacinthe Rigaud et qui se fit, comme ce dernier, une spécialité du portrait ; seul autoportrait connu de Le Vrac Tournières, exposé au Salon de 1704, il avait un sens pour le Metropolitan qui désormais ne possède plus aucune toile de lui et qui l’a vendu pour seulement 37 500 $ (prix hors frais de vente). Son achat par Caen se justifie pleinement. Le musée conservait déjà quatre tableaux de l’enfant du pays : (Moïse exposé sur les eaux, un Portrait allégorique de femme, le Portrait de l’orfèvre Nicolas de Launay et de sa famille, le Portrait de Monsieur Le Bourguignon Duperré) et un dessin (Étude de femme nue)

Comme l’écrit Eddy Tassel dans le catalogue de la petite exposition Le Vrac Tournières que Caen consacre actuellement à l’artiste, celui-ci s’inspire du Hollandais Gérard Dou. On voit le peintre, devant une architecture de fantaisie, en compagnie de Pierre de la Roche, mousquetaire du roi. Le Vrac Tournières tient sa palette à la main, tandis que son carnet à dessin et les attributs du mousquetaire (son armure, son heaume, ses armes...) sont disposés sur le rebord de la niche dans laquelle tous les deux se tiennent et qui surplombe un relief antique. Le cadre présent derrière Pierre de la Roche pourrait faire penser qu’on est en fait devant son portrait peint par l’artiste, véritable tableau dans le tableau, si un détail en particulier (le rideau qui passe devant le cadre et derrière l’homme d’arme) ne venait lever la réelle ambiguïté. Il s’agit donc d’une composition beaucoup plus complexe que ce qu’elle semble au premier regard.


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2. Noël Coypel (1628-1707)
Le combat d’Hercule et d’Achéloüs
Huile sur toile - 72,5 x 91,5 cm
Caen, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Caen
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3. Noël Coypel (1628-1707)
Le combat d’Hercule et d’Achéloüs
Huile sur toile - 118 x 193 cm
Versailles, Musée national du château et des Trianon
Photo : RMN-GP/D. Arnaudet/G. Blot

Le second tableau acquis par Caen, auprès d’un particulier, est une esquisse de Noël Coypel (ill. 2) le fondateur de la célèbre dynastie de peintres, préparatoire à l’un des huit tableaux de l’histoire d’Hercule. Cette série1 fut commandée en 1688 mais sans doute peinte autour de 1700. Cinq toiles furent exposées en 1699, et cinq encore en 1704, dont trois déjà montrées en 1699 et seulement deux nouvelles, peut-être peintes après les autres. Deux seulement furent installées à Trianon, en 1705-1706.
Le Combat d’Hercule et d’Achéloüs (ill. 3), l’œuvre définitive préparée par cette esquisse, fait partie des trois tableaux exposés à la fois en 1699 et en 1704. Bien qu’il n’ait pas fait partie des deux anciennement placés à Trianon, il y est désormais déposé par le Louvre, avec les sept autres qu’Antoine Schnapper a pu retrouver, pour certains dans différents musées (et même un sur le marché de l’art qui a pu être acquis en 1962) sous une autre attribution.
L’esquisse et l’œuvre définitive présentent surtout des différences dans le cadrage, la dernière étant plus resserrée sur l’action, les armes et les palmes du premier plan disparaissant, ainsi que les sculptures qui surplombent l’architecture.

Ces deux œuvres constituent les derniers enrichissements du musée sous la direction de Patrick Ramade, puisque celui-ci prendra sa retraite au mois de septembre. C’est l’occasion de rendre hommage à un conservateur qui a régulièrement réussi à faire de belles acquisitions grâce, notamment, à une fine connaissance du marché de l’art (en sachant par exemple acheter, pour un prix d’ailleurs très raisonnable, dans une vente aux enchères new-yorkaise)2.


Didier Rykner, mercredi 16 juillet 2014


Notes

1Nous tirons toutes nos informations de l’ouvrage d’Antoine Schnapper, Tableaux pour le Trianon de marbre, réédité par Nicolas Milovanovic en 2010 aux éditions de la RMN. L’œuvre acquise par Caen y est d’ailleurs reproduite en couleur (fig. 13).

2Fort heureusement, Patrick Ramade ne quitte pas l’histoire de l’art, ni d’ailleurs tout à fait le Musée des Beaux-Arts de Caen puisqu’il sera au printemps 2015 le commissaire d’une exposition de dessins italiens baroques conservés dans les collections françaises, suite de celle de 2011 dédiée aux feuilles de la Renaissance (voir l’article.





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