Comme chaque année, les dessins font salon au palais Brongniart


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1. Théodore Chasseriau (1819-1856)
Saint Philippe baptisant l’eunuque
de la reine d’Ethiopie
, 1854
Gouache et rehauts d’huile sur pierre noire,
sur papier marouflé sur toile - 80,5 x 36,2 cm
Galerie Normand
Photo : Galerie Normand

L’éternel refrain sur la morosité du marché de l’art n’est plus vraiment de mise en ce début de 2014. Après une foire de Maastricht très active, où les ventes - y compris aux musées - ont été particulièrement nombreuses, le Salon du Dessin était inauguré hier dans une atmosphère qui n’était pas moins bonne. Beaucoup de points rouges fleurissaient sur tous les stands, dont la plupart n’étaient pas là à l’ouverture, signe que les œuvres avaient bien été vendues sur la foire, et non avant.

Pour cette recension, nous avons décidé, un peu arbitrairement, de nous limiter à reproduire quelques feuilles spectaculaires, par leur taille comme par leur traitement. Et à notre habitude, nous ne nous arrêterons pas uniquement aux grands noms mais nous retiendrons également des artistes moins connus.
L’une des plus belles œuvres du salon se trouve à notre avis sur le stand de la galerie Normand. Il s’agit d’une étude préparatoire de Chassériau (ill. 1), dans une technique mixte sur papier marouflé sur toile, pour le décor de la chapelle de l’église Saint-Roch.

Si beaucoup d’exposants se retrouvent d’une année sur l’autre, certains exposent pour la première fois ici. C’est le cas de Nathalie Motte dont le stand est d’une grande qualité et dont on retiendra ici, bien qu’elle l’ait déjà montrée avec un fonds de dessins de cet artiste1, une feuille de Jean-Claude Naigeon Alexandre rend les honneurs à la dépouille de Darius.
La galerie David Tunick, de New York, est également une nouvelle venue, et si elle présente un beau dessin de Van Gogh (La Plaine de la Crau), nous nous distinguerons en lui préférant celui de Charles-Louis Müller représentant André Chénier et préparatoire à son célèbre tableau de Versailles (déposé à Vizille) l’Appel des dernières victimes de la terreur dans la prison Saint Lazare (ill. 2).


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2. Charles-Louis Müller, dit Müller de Paris (1815-1892)
Le poète, André Chénier, vers 1850
Craie noire et rehauts blancs - 61 x 49 cm
David Tunick, Inc.
Photo : David Tunick

La galerie Prouté, quant à elle, expose au Salon, mais aussi dans sa galerie, outre des feuilles plus classiques, cent remarquables dessins d’architecture, publiant à cette occasion un véritable catalogue muséal, rédigé par un spécialiste renommé, Peter Fuhring. Il s’agit ici d’un nouvel exemple de ce que l’on voit souvent : un véritable travail d’histoire de l’art effectué par des marchands. Cette publication va de pair avec les rencontres internationales, colloque qui était organisé dans le cadre du Salon, aujourd’hui hier et aujourd’hui, sur ce même sujet du dessin d’architecture.
On reproduira, parmi ces cent dessins, une feuille impressionnante de Charles de Wailly (ill. 3) pour un Théâtre des Arts ou Opéra jamais réalisé.


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3. Charles De Wailly (1729-1798)
Théâtre des Arts ou Opéra, projeté sur
le terrain des Capucines à Paris, 1797-1798

Plume, encre de Chine, lavis gris,
aquarelle et pierre noire - 47 x 67 cm
Galerie Paul Prouté
Photo : Galerie Paul Prouté
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4. Pierre Puget (1620-1694)
Projet de décoration de la poupe du navire de guerre "La Bouffonne"
Crayon, encre brune - 52,9 cm x 70,3 cm
Galerie Eric Coatelem
Photo : Galerie Eric Coatelem

Des œuvres spectaculaires, le salon en montre beaucoup d’autres et nous ne pouvons faire ici qu’une petite sélection. Ainsi, Éric Coatalem présente un dessin de navire de Pierre Puget (ill. 4) exceptionnel par sa taille, un projet de décoration de poupe. La galerie Terradès montre une grande aquarelle d’Albert Besnard (ill. 5) représentant la Conciergerie, la nuit, avec d’étonnants effets de lumière.
Nous aurions pu également illustrer ici une figure préparatoire pour l’amphithéâtre de l’École des Beaux-Arts par Paul Delaroche (sur le stand de la galerie Aaron) ou le dessin de Rodin sur le stand de Bayser (mais nous avons consacré une brève à son acquisition par le Musée Rodin).


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5. Albert Besnard (1849-1934)
Nocturne (La Conciergerie), 1885
Aquarelle 370 x 550 cm
Galerie Terrades
Photo : Galerie Terrades

Nous reproduirons encore deux grandes feuilles, l’une par Henri Bellery-Desfontaines (ill. 6) sur le stand de la galerie de Matthieu Néouze qui lui aussi participe pour la première fois à ce salon ou, chez Talabardon et Gautier, une œuvre comme nous les aimons : superbe bien qu’elle soit due à un artiste presque inconnu. Il s’agit ici d’Antoine Lebel dont l’indispensable Dictionnaire des pastellistes de Neil Jeffares nous apprend qu’il s’agit d’un peintre de marine occasionnellement portraitiste. Cette œuvre représente un jeune garçon avec un chapeau en clabaud (ill. 7), c’est-à-dire aux bords tombants.


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6. Henri Bellery-Desfontaines (1867-1909)
Esquisse de la partition de Sirgurd, 1894
Aquarelle, gouache et crayons de couleur sur papier
53,5 x 47,5 cm
Galerie Mathieu Néouze
Photo : Mathieu Néouze
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7. Antoine Lebel (1705-1793)
Portrait d’homme au chapeau
Fusain, sanguine et craie blanche - 51,5 x 42 cm,
Signé et daté vers le bas à gauche :
antoine le/bel f.1776 (ou f. 1764)
Galerie Talabardon et Gautier
Photo : Galerie Talabardon et Gautier

Mais notre choix de ne montrer que des dessins de grandes dimensions ne saurait faire évidemment oublier que des œuvres beaucoup plus petites peuvent être des chefs-d’œuvre comme une aquarelle de Lucien Lévy-Dhurmer représentant Beethoven, sur le stand de Vincent Lécuyer. Il faudrait en réalité citer presque tous les stands tant le niveau de ce salon, et particulièrement cette année, est élevé.

Comme pour chaque édition, un musée de province expose des dessins. Il s’agit cette fois du Musée des Beaux-Arts de Nancy qui veut ainsi rendre hommage à la donation de Jacques et Guy Thuillier. C’est, à vrai dire, la seule petite déception. Le choix s’est en effet porté, pour être cohérent avec le thème de cette année, sur des dessins d’architecture, qui ne constituent sans doute pas le point fort de cette collection. On voit beaucoup de feuilles de petits maîtres du XIXe siècle (pas toujours les meilleurs), desservies par un éclairage un peu cru.

Une seule consigne donc à nos lecteurs : ne manquez pas cette nouvelle édition du Salon du Dessin ! Vous avez jusqu’à lundi prochain 31 mars pour visiter ce beau musée éphémère.

Informations pratiques : Palais de la Bourse - Palais Brongniart, place de la Bourse, 75002 Paris. De 12 h 00 à 20 h 30 jusqu’au lundi 31 mars (fermeture à 20 h le 31 mars). Tarifs : 15 € (réduit : 7,50 € pour les étudiants et - de 18 ans).
Site internet.


Didier Rykner, jeudi 27 mars 2014


Notes

1Nous en avions parlé et beaucoup avaient été achetés par des musées.




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