Chronique Semaine de l’Art n° 26 : Le budget « participatif », mais pas patrimonial d’Anne Hidalgo


Ce texte est la transcription de la chronique de l’émission La Semaine de l’Art n° 26 du 18 septembre 2014.

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Des tipis pour que les enfants fêtent
leurs anniversaires, l’un des grands
projets d’Anne Hidalgo soumis au vote
Photo : Mairie de Paris

L’indifférence, voire le dédain de la Mairie de Paris pour le patrimoine est un point avéré que l’on peut, hélas, constater tous les jours. Anne Hidalgo vient d’en donner un nouveau témoignage avec son fameux « budget participatif » dont elle se gargarise à longueur d’interviews.
Rappelons que son principe consiste à faire voter les Parisiens sur la manière d’employer 5% du budget d’investissement de la ville. Cela représente tout de même sur six ans 426 millions d’euros alors que les associations estiment à 500 millions sur quinze ans le montant qu’il faudrait consacrer au patrimoine religieux parisien pour le restaurer. La sauvegarde des églises n’est donc pas un problème budgétaire, mais une question de volonté.

La maire de Paris se moque bien que les monuments historiques s’écroulent. Les projets qu’elle propose en sont la preuve éclatante s’il en fallait une. Pour cette première édition du « budget participatif », on pourra donc choisir parmi quinze projets qui seront mis en œuvre à partir de 2015. Et parmi eux, pas un seul ne concerne le patrimoine. On nous objectera que l’un d’entre eux touche les musées. Mais il n’est pas question ici de donner aux établissements parisiens l’argent qui leur manque cruellement pour enrichir leurs collections : l’opération, fumeuse s’il en est, permettra de « faire se rencontrer les Parisiens et les œuvres des quatorze musées de leur ville ». Pour « rencontrer » les œuvres, il nous semble qu’il faut peut-être d’abord ouvrir les salles dont beaucoup sont fermées par manque de gardiennage, quand d’autres sont simplement vides, comme au Petit Palais, dans la galerie à droite de l’entrée, afin de pouvoir les louer aux entreprises. Ou encore faudrait-il disposer déjà d’une base de données digne de ce nom : mais celle-ci tombe régulièrement en rade comme c’est le cas actuellement (on parvient à une page qui nous indique : « la ressource est introuvable »). Et même quand cela fonctionne, le catalogue est pour beaucoup de musées d’une extrême pauvreté.
Mais l’important, ce n’est pas que tout cela fonctionne, ou que cela soit réellement utile. L’important, c’est que ce soit « révolutionnaire ». Il s’agira en effet d’« Une façon révolutionnaire de (re)découvrir et de se (ré)approprier les richesses des quatorze musées de la ville de Paris. » Avant de redécouvrir ses richesses, on aimerait d’abord, tout simplement, pouvoir les découvrir.

Tous les autres projets sont à l’avenant : des gadgets coûteux, inutiles, mais festifs ! Avec Anne Hidalgo, nous l’avions déjà signalé, on danse à tous les coins de rue, même si c’est sur des ruines. On aura ainsi des kiosques pour faire la fête (des kiosques dont on espère qu’ils seront mieux restaurés que celui de la place de la Nation), ou on rendra la rue aux enfants qui pourront peut-être aussi fêter leurs anniversaires dans des tipis (sic) offerts par la Mairie de Paris (non, nous n’inventons rien, c’est bien dans les projets). Le jeu est partout, grâce à Anne Hidalgo. Du pain et des jeux, voilà tout ce qu’il faut aux parisiens esbaudis par tant d’audace. Un des projets s’intitule ainsi : « jouer de 7 à 77 ans ». On pourra aussi faire du « sport urbain en liberté » et même, merveille entre les merveilles, les installer dans des « espaces libres sous le métro aérien ». Anne Hidalgo et la mairie de Paris semblent ignorer que cela existe déjà, par exemple sous la ligne 2, et qu’il n’y a pas besoin d’investissements très lourds pour les mettre en fonction : juste les nettoyer et reloger ailleurs les sans domiciles fixes qui y ont élu domicile…

L’art n’est pas oublié, nous sommes un peu injuste, mais il ne s’agit pas, bien entendu, de l’art ancien, réactionnaire et inutile. Aux portes de Paris « Quatre interventions artistiques relieront symboliquement la capitale et les communes voisines aux quatre points cardinaux ». Et pour cela, Anne Hidalgo ose même faire appel aux mânes de Claude-Nicolas Ledoux !
Elle propose également de « dynamiser et embellir l’espace public par des interventions artistiques ». On s’inquiète un peu car pour l’instant, la Mairie de Paris a davantage enlaidi l’espace public qu’elle ne l’a embelli. Quant à le « dynamiser », on ne sait pas trop ce que cela veut dire. On découvre qu’il s’agit de restaurer des œuvres récemment créées et de passer deux nouvelles commandes. Pourquoi pas, mais cela serait moins discutable si les œuvres patrimoniales étaient traitées au moins d’une manière équivalente.
Nous passerons, enfin, sur les « jardins sur les murs » ou « les piscines éphémères », typique des obsessions ludiques et végétales de la Mairie de Paris. Enfin, une obsession végétale qui s’arrête aux Serres d’Auteuil…


Didier Rykner, lundi 22 septembre 2014





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